‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 145 sur 470 · Rime Sacre, Sonnet CXXXVII · texte numérisé non relu

Rime Sacre, Sonnet CXXXVII

COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME

Le Saint-Siège la considéra comme hérétique, cela est incontestable, mais seulement vers la fin de sa vie ; elle passa alors pour une dangereuse propagatrice des idées nouvelles et les couvents où elle avait séjourné, de même que les personnes qui l'avaient fréquentée, devinrent suspects.

Elle admira Valdès; elle fut en correspondance avec Marguerite de Navarre; elle eut pour confidentes Giulia Gonzagaet Gaterina Gibo ; Garnesecchi fut de son intimité; il lui avait été présenté par le cardinal Palmieri en 1534; vingt-six ans plus tard, il se rappelait encore avec délice ces entretiens où Ton discutait entre esprits également sincères et bien intentionnés, sur la providence, sur la grâce, sur la prédestination et sur Thumilité que l'on louait « comme la base de toute vertu ». « Je l'ai connue et honorée comme il convenait à sa grande vertu », disait encore Garnesecchi.

Gependant Vittoria Golonna ne peut être rangée parmi les protestantes italiennes ; elle est un exemple de ces âmes très franches, très simples qui, dans leur grand désir d'empêcher la ruine du catholicisme, agissaient de concert avec ceux qui en rêvaient l'anéantissement et prenaient dans les deux partis ce qui convenait le mieux à leurs aspirations et à leurs tendances*. Les cas de ce genre étaient fréquents; ceux qui ont voulu faire de Vittoria Golonna une adversaire du Saint-Siège, une luthérienne, se méprennent tout autant que

1. Bartolomeo Fontana, Nuovi Documenti vaticani sulla Fede e suUa Pietà di Vit, Colonna, Rome, 1888.

VITTORIA COLONNA

ceux qui nient son penchant aux idées nouvelles. « La marquise, dit Garnesecchi, attribuait la justification en grande partie à la grâce et à la foi. Dans ses actes et dans toute sa conduite, elle faisait beaucoup de cas des œuvres, distribuant d'abondantes aumônes selon le conseil que lui avait donné le cardinal (Pôle) auquel elle croyait comme à un oracle ; elle agissait d'une part comme si la foi seule avait pu la sauver, d'autre part, comme si son salut dépendait uniquement des œuvres; un jour, elle me rapporta qu'ayant demandé au cardinal son opinion sur la justification, elle ne put en obtenir aucun éclaircissement. » Et il ajouta qu'un de ses sonnets tendrait à faire croire qu'elle admettait la prédestination absolument.

Les sonnets spirituels de Vittoria Golonna qui furent publiés à part à Venise en 1546, sont au nombre de deux cent sept ; elle composa également un Capitolo en terza rima ayant pour titre // trionfo del Cristo. Sa foi profonde ne lui inspira que des vers médiocres; ils n ont m élan, ni élévation; chose curieuse, on n'y sent nullement l'intensité des sentiments qui l'animaient. Ses vers à la mémoire de son époux ont tout autre allure.

Ces sonnets ont le tour que voici :

Quand la mer orageuse s'élève et entoure De son impétueuse fureur un ferme écueil, Si elle le trouve inébranlable, son orgueil Se brise et l'onde retombe sur elle-même

Telle je suis, si contre moi la profonde

Eau mondaine s'irrite comme contre un écueil.

COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME

Je lève les yeux au ciel et je la dépouille D'autant mieux de sa rigueur qu'elle est plus forte,

Et, si alors, le vent du désir

Tente un nouvel assaut, je cours au rivage

Et d'un câble tressé d'amour et de foi,

J'attache ma nef à ce à quoi je me fie, A la pierre vive de Jésus, de telle sorte Qu'à mon gré, je puis regagner le port.

Si, avec les armes célestes, j'avais vaincu Et moi-môme et mes sens et la raison humaine, J'irais d'un autre cœur, haute et lointaine. Hors de ce monde et de ses honneurs fallacieux.

Sur les ailes de la foi, ma pensée ceinte D'un espoir désormais point caduque ni vain, Sortirait de cette vallée malsaine, Par la vraie vertu, élevée et emportée.

J'ai l'œil fixé sur le but meilleur

De notre course, mais je ne vole pas encore

Sur le droit chemin, assurée et légère.

J'aperçois les signes avant-coureurs du soleil,

Je découvre l'aurore, mais par les détours sacrés [encore.

Aux demeures divines, à la vraie lumière je n'entre pas

D'obscur brillant, de faux vrai,

D'inique juste, d'ennemi héritier,

Hardi par amour, fort par foi.

Impérieux à la guerre, humble dans la paix,

C'est ce que peut accomplir la face vivante de l'Éternel, Quand elle gouverne le haut siège De la toute-puissance, et elle fait une riche proie Du trésor qui plaît aux sens débiles.

Elle ouvre la chaude et éternelle lumière Entourée de rayons, éclairant tout autour Nos brumes et fondant la glace.

VITTORIA COLONNA. 331

Et tandis qu'elle enflamme et éclaire, On chemine tranquille en cette clarté Qui montre les lacs cachés.

Page 1