FoNTANA, Doc. Vat., p. 79 et suiv
PROGRÈS ET EXTINGTIOxN DE LA REFORME.
tions hérétiques; le 20 du même mois, un avis analogue était adressé au nonce à Naples. Le 17 janvier 1524, deux lettres étaient envoyées à l'évêque de Trente et à son vicaire leur prescrivant de brûler les livres hérétiques qui, d'après des rapports adressés au Saint-Siège, venaient d'être introduits secrètement dans la ville. Le même jour, ordre est donné au nonce à Naples de faire procéder à l'arrestation d'un prédicateur qui « sous l'habit religieux portait un cœur diabolique ». Le 18 janvier 1524, l'évêque Altobello, gouverneur de Bologne, était pressé de terminer le plus vite possible le procès de trois hérétiques de la Mirandole. A la vérité, les coupables avaient déjà réussi à s'échapper tous les trois; il ne s'agissait donc plus que d'un jugement par contumace K
Le 25 janvier 1524, le nonce à Venise reçoit mission de s'informer si à Vérone et à Brescia les libraires vendaient des livres hérétiques; s'il en découvrait, il devait les détruire et châtier les marchands. 11 est certain que les livres luthériens entraient en quantité. Charles le Bon, duc de Savoie, se plaignait que ses États en étaient infectés. Les Loci communes de Mélanchton étaient lus partout.
En février 1524, les prédicateurs de la petite ville de Crème où le nombre des protestants s'accroissait de jour en jour, reçurent l'ordre du patriarche de Venise et du nonce de prêcher durant
1. Le 3 novembre 1524, le Saint-Siège envoie à Bologne un nouveau bref, relatif à cette alTaire.
le carême uniquement contre les doctrines nouvelles; interdiction fut faite de posséder ou de lire des livres hérétiques.
L'année suivante une ordonnance pontificale détendit la publication d'aucun livre soit en latin, soit en italien sans autorisation préalable du maître du palais apostolique, conformément à une décision du concile du Latran et à la bulle « Inter sollicitudines » du 4 mai 1515 qui n'avaient jamais été respectées ^
Survint le sac de Rome en 1527. Outre qu'il paralysa un temps et affaiblit pendant plusieurs années l'autorité pontificale, cet événement répandit à Rome les idées luthériennes, car beaucoup des soldats de l'armée impériale étaient d'ardents disciples de Luther. Quelques-uns même s'animèrent au combat et ensuite au carnage en pensant défendre sa cause; on célébra Luther jusque sous les murs du château Saint-Ange oii était enfernié le pape; les cérémonies du culte catholique furent tournées ouvertement en dérision, les reliques profanées, les églises souillées, les prélats traités avec le dernier mépris. Or les Allemands demeurèrent près de huit mois dans la ville. L'hérésie fut également propagée à Naples par les soldats allemands qui y furent conduits quand ils quittèrent Rome.
Clément VII, revenu dans sa capitale, continua la lutte contre les abus d'une part, contre les pro-
1. Salvatore Bongi, Annali... Rome, 1890, vol. I, p. 33. Tacchi- Venturi, p. 310.
grès de la Réforme d'autre part. C'était alors dans les couvents et dans les monastères que l'hérésie sévissait surtout. Dans la bulle « Cum sicut » du 15 janvier 1530, le pape déplore les progrès de « l'hérésie pestilente de Luther tant parmi les personnes du siècle que parmi les prêtres et les moines » et, rappelant que « l'hérésie arienne qui ne fut qu'une étincelle à Alexandrie, alluma dans le reste du monde un effroyable incendie », il déclare qu'il y a lieu de prendre toutes les mesures nécessaires. C'est pourquoi il recommande aux inquisiteurs de faire diligence même à l'égard des réguliers de tous les ordres et de rechercher ceux qui s'abandonnent aux doctrines luthériennes et ceux qui lisent des livres luthériens ; les inquisiteurs pouvaient accueillir ceux dont la résipiscence était avérée et les absoudre. Les évêques et les archevêques devaient leur prêter un concours absolu. On put croire un moment que cet effort aboutirait.
« La réforme du clergé progresse, écrit Jacobo Lanceo, envoyé du duc de Savoie à Rome, à la date du 7 septembre 1530, et dans peu de temps un édit va être publié qui obligera les prêtres à s'occuper d'autre chose que de femmes, de banquets, de jeux et de luxe^ » En réalité, les choses allaient comme devant; les moines prêchaient et pensaient hérétiquement et, comme les prêtres, continuaient à mener une vie de désordre.
\. Turin, Archivio di Stato, sez. I, Leti. Amh. da Roma^ Mazzo I.
Le 20 août 1530, un moine dominicain, Battista de Crema, lequel prêchait à Guastalla, est rappelé au devoir. Le 19 juin 1531, le pape donne des instructions pour qu'on arrête et qu'on fasse son procès à un frère mineur, Martino de Trévise, suspect d'hérésie. Le 5 juillet 1531, il se plaint que dans la plupart des monastères les moines enfreignent la clôture, se montrent dans les tavernes et autres lieux peu convenables à leur caractère et causent du scandale^ De 1529 à 1534, le Saint-Siège multiplie les rappels à la discipline, les expulsions, les dispersions dans d'autres maisons des membres de communautés suspectées. Les perquisitions et les enquêtes se suivent contre les clarisses, les bénédictines, les dominicaines, et autres congrégations féminines en Savoie, en Vénétie, à Bologne, à Ancône, à Bénévent, à Trévise^.
En 1533, le 16 février, le Saint-Siège insiste auprès du nonce à Venise pour qu'il sévisse contre ceux qui répandent des livres hérétiques^. Il rappelle que ceux-là seuls ont droit de les lire qui veulent en prendre connaissance ad effectum illa imjmgnandi. Des récompenses étaient même attribuées aux auteurs de ces réfutations^.
Mais tous ces efforts étaient vains à cause du
\. FoNTANA, Doc. Vat.y p. 112 et suiv.