Pastor, Geschichte der Pàpste, vol. V, p
voulait êtie préparée, de commencer par réformer la ville de Rome, la cour pontificale et tous ceux qui la composaient. « Quand notre maison sera propre, disait le pape, il. nous sera bien plus facile de nettoyer celles des autres. » La commission fut composée de cinq cardinaux, Piccolomini, Ghinucci, Simonetta, Cesi et Sanseverino, et de trois archevêques résidents à Rome. Piccolomini devait sa désignation au fait qu'il était doyen du sacré collège; Sanseverino avait été élu par Clément VII pendant qu'il était prisonnier au château Saint- Ange et le bruit avait couru qu'il avait acheté sa nomination; Paul III lui devait en partie d'être pape; l'appui qu'il donna aux capucins dont il était le cardinal protecteur, indique qu'il n'était pas hostile à des mesures restrictives du luxe du clergé; Ghinucci avait été initié aux affaires pendant sa nonciature en Angleterre ; il y avait appris à connaître les revendications des protestants et leurs doctrines; il était préfet de la Signature, haute charge dont l'avait investi Clément VII; Paul III venait de le nommer cardinal; Simonetta s'était occupé de l'affaire du divorce d'Henri VIII; plus qu'aucun autre il était compétent en matière de bénéfices et il composa sur ce sujet un traité qui fut publié en 1588; Cesi était protonotaire et avait participé aux délibérations du concile du Latran.
Les pouvoirs que Paul III conféra à cette commission étaient fort étendus; elle devait, non seulement proposer mais imposer des réformes
en invoquant au besoin l'appui du bras séculier. Toutefois les obstacles qu'il lui fallait surmonter étaient grands; les prélats pourvus et c'était la majeure partie du clergé, ne pouvaient manquer de tout mettre en œuvre pour faire échouer ses efforts. Beaucoup doutaient du succès. Le cardinal Sadoleto écrivait à Contarini, le 13 mars 1536 : « Il n'y a pas d'espoir qu'on puisse remédier au mal; les vices et les passions de ce temps ne sauraient comprendre la loyauté et la sagesse qui t'animent. »
Tout d'abord cependant on put bien augurer de ractivité et de l'énergie des commissaires; dès le 11 février 1536 paraissait une ordonnance sur la réforme du haut et du bas clergé édictant des règlements sur Thabit ecclésiastique, imposant la lecture du bréviaire et déterminant les conditions que seraient obligés de remplir les prêtres qu'on ordonnerait désormais; tout prêtre romain devait exercer personnellement son ministère ou payer son remplaçant. I>éfense était faite aux prêtres de fréquenter des personnes suspectes, de se montrer dans des salles de jeux, d'aller dans les auberges, de blasphémer, de manger gras les jours déjeune... L'influence du cardinal Contarini dont les membres de la commission subissaient l'ascendant, paraît dans ces décisions et c'est contre lui que la cabale hostile aux réformes dirigea tout premièrement son effort. Paul III, pour montrer qu'il ne tenait aucim compta àes attaques dont il était l'objet, lui donna un appartement au Vatican
et le désigna comme un des futurs présidents du concile.
Le pape s'attaquait parallèlement aux adversaires du Saint-Siège. Par la bulle « Consueverunt Romani» (Incoena domini), en date du 13 avril 1536 Il portait l'anathème contre les divers hérétiques' cathares, patarins, pauvres de Lyon, vaudois.' fraticelles, hussites... et partisans de Luther de même que contre les corsaires et les sarrasins. Le 2 juin 1536, il publiait la bulle « Ad Dominici gregis cura » convoquant le concile qui devait se réunir à Mantoue le 23 mai 1537. L'objet en était, expliquait le pape, d'amener une réforme morale de la chrétienté. . afin de mettre un terme aux luttes intestines des chrétiens et aux menées des mfidelesi ». On fit comprendre au pape qu'un programme aussi vaste ne pourrait être étudié et mené à bien par le concile qu'autant que le travail aurait ete préalablement préparé; en conséquence, une nouvelle commission, sorte de concile au pet, pied, fut réunie par le pape vers le mois d octobre. Contarini en faisait partie ainsi que Aleandro, qui connaissait à merveille pour les avoir beaucoup pratiqués, les protestants d'Allemagne; elle comptait en outre Carafa. Giberti. Guidiccioni. qui allait devenir cardinal, tous animes des mêmes idées que Contarini. Ce fut lui qui présida les délibérations lesquelles devaient rester secrètes. Sadoleto prononça le discours
t»ONTIFIGAT DE PAUL IIL 2t
d'ouverture ï et il n'y épargna pas la conduite du Saint-Siège. « En tirant profit de la religion, ditii, les papes ont indisposé les princes et les peuples ; en ne réformant pas un clergé dégénéré, ils ont déconsidéré la Curie et diminué l'autorité de l'Eglise »; et il attribue à la colère de Dieu la catastrophe de 1527. « L'Allemagne et l'Angleterre sont perdues, ajoutait-il, et l'Italie ""est irritée; on y déteste moines et prêtres. » Il fallait, concluait-il, rendre au clergé son honneur; au cardinalat, sa dignité; à la papauté, son prestige.
Et le pape déclarait dans un consistoire tenu le 13 novembre 1536 « qu'une réforme était nécessaire à tous les degrés de la hiérarchie ecclésiastique » et qu'elle devait être accomplie avant la réunion du concile. Il s'engageait à la faire aboutir si les membres de la commission lui en indiquaient les moyens. Le mois suivant, le 22 décembre 1536, il faisait une promotion de cardinaux comprenant trois des membres de la commission et des prélats très convaincus qu'il fallait remédier aux abus, Sadoleto, Carafa, Pôle, Rodolfo Pio^
Ces encouragements hâtèrent les travaux de la commission qui avait achevé son rapport à la fin de février 1537. Ce rapport portait le titre de Concilium diiectorum cardinalium et aliorum prae-
2. C'était, en grande partie, le personnel et l'esprit de la congrégation du Divino Amore, les amis de Vittork Golonna.
latorum de emendfndn ecelesia S. D, N. Paulo IH petente conscriptum et exhibitum. On lui donna le nom de Concilium aureum en raison de son excellence *.
Se conformant au désir manifesté par le pape, les commissaires lui faisaient sans ambages un exposé des tares de l'Eglise, de leurs causes et des remèdes qu'on pouvait y apporter. Les abus y sont classés par groupes. Le premier groupe contient les abus qui avaient pour origine la mauvaise attribution des bénéfices, expectatives, annates, commendes. . . « Tout le mal vient, disaient les rédacteurs du Concilium, de ceux qui prétendent que le pape n'est pas seulement le fidèle dispensateur des grâces mais qu'il en dispose souverainement en sorte qu'il peut les vendre sans être coupable de simonie, comme il peut, au surplus, faire tout ce qui lui plaît. » Et le Concitium énumère les mesures de précautions qui empêcheraient désormais le renouvellement de ces abus. La première consistait à nommer avec plus de discernement les évéques et les prêtres car les ordinations trop facilement conférées amenaient la déconsidération du clergé et la décadence du culte; seul l'évêque devait avoir le droit d'ordonner; dans chaque diocèse, trois prélats surveilleraient le recrutement. Il en serait de même pour la collation des béné-
1. Publié, comme on verra, à Cologne en 1538; petit in-18 de 32 pages suivi de deux épîtres de Contàrini, au pape, l'une De Potestale Pontificis in usu clavhiviy l'autre In Composilionibus Epistola. En tout 6% pages.
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fices qui avait été faite trop souvent sans tenir compte de l'indignité des bénéficiaires; les étrangers ne pourraient plus obtenir de bénéfices en Italie ni réciproquement les Italiwis à Fétranger. Le cumul serait interdit et Ton n'aurait plus recours» pour tourner lea lois cananiqu^s, aux artifices dont on s'était servi jusqu'ak>rs. La» cardinaux n'accepteraient plus d'évèchés effectifs.
Le deuxième groupe d'abus comprenait ceux qui naissaient de la non-résidence des évêques et des curés. « De grandes punitions devraient être infligées, disaient les cardinaux commissaires, à ceux qui abandonnent leurs diocèses ou leurs paroisses. »
Le troisième groupe est relatif aux abus causés par les ecclésiastiques qui aidaient les coupables à éviter leur châtiment en leur permettant d'en appeler d'une juridiction à une autre; par exemple on en avait vu qui soustrayaient un coupable à la juridiction du pénitencier en l'autorisant à faire appel au dataire...
Les abus des moines forment le quatrième groupe ; pour y mettre un terme, les commissaires recommandent de les rappeler à l'observation de leur règle sous menaces de graves punitions; les couvents des nonnes seraient, placés sous l'autorité immédiate des évêques.
Les abus ou plutôt les scandales du cinquième groupe sont ceux causés par l'enseignement des universités; les philosophes y font profession d*imp4été, disaient les cardinaux; les enfants sont
initiés aux idées les plus perverses, on leur fait lire les Colloques d'Erasme « où Ion trouve beaucoup de raisonnements qui poussent à l'impiété les âmes grossières .. La publication et l'impression des livres contenant des doctrines malsaines, causes elles aussi de scandale, devaient être étroitement surveillées.
Le sixième groupe a trait aux abus qui naissaient du mauvais choix des prêtres.
Le septième traitait de la simonie et de ses conséquences ; des falsifications de testament, des limites du droit de tester imposées aux clercs.
« bamt-Père, disaient encore les cardinaux tous les étrangers sont scandalisés quand, entrant dans Samt.Pierre, ils voient célébrer la messe par des prêtres sales et ignorants, vêtus d'habits sacerdotaux SI déguenillés qu'on ne pourrait les porter dans une pauvre maison. Tu as pris le nom de Paul, imite la charité de Paul. Nous espérons que tu as ete élu pour ramener dans nos cœurs le nom du Christ oublié du peuple et de nous, prêtres. » fee résumant, les commissaires recommandaient au pape d'empêcher que désormais « on tirât profit des clés » car le Christ avait ordonné : « gratis accepistis et gratis date » ; ils lui recommandaient en outre ne pas conférer l'épiscopat aux cardinaux, dabohr certains ordres, d'imposer à Rome la décence aux prélats et de choisir des prêtres c( dignes de leur ministère et capables de l'exercer et non pas trop jeunes, ignorants et sans moralité ». Les neuf membres signèrent ce « conseil » dans
l'ordre de leurs préséances; les suggestions qu'il contenait représentaient bien le sentiment de chacun d'entre eux comme de tous ceux qui souhaitaient le redressement des griefs formulés contre l'Église romaine.
Qui avait tenu la plume? On a vu dans le Concilium le style et la façon du cardinal Carafa; c'était « de sa farine », disait-on. Contarini y collabora sûrement puisque ses idées s y trouvaient exprimées; au surplus, c'était lui qui avait inspiré au pape sa conduite en cette circonstance.
Le Concilium fut présenté au souverain pontife au cours d'un consistoire solennel qui se tint, le 9 mars 1537, au Vatican dans la vieille salle dite du « perroquet vert » où tant d'événements s'étaient déjà accomplis ; la plupart des cardinaux y assistèrent; Contarini donna lecture du texte, Sadoleto ajouta un commentaire, Aleandro demanda imprudemment qu'un exemplaire en fût remis à chacun des cardinaux afin qu'ils puissent l'étudier et y proposer des modifications avant que la rédaction définitive en fût fixée; il était indispensable en effet que le texte en fût revisé de près puisque ce rapport devait servir de base aux délibérations du concile dont l'ouverture était fixée au 23 mai.
Mais, le 12 [avril 1537, le pape renvoyait en novembre l'ouverture du concile et, comprenant que si l'élaboration d'un programme complet de réformes avait été relativement facile, l'application n'en pouvait être^que^ malaisée, il chargeait
uue aauvâlle commissian composée de Carala, Contarini, Sinionetta et Ghinucci, de préparer dans le détail les mesures à prendre. Cependant Contarini était rempli d'espoir; le 12 mai 1537 il écrivait à Pôle : « Le pape a commencé l'œuvre de réforme... presque tous les cardinaux en sont partisans, j'ai grand espoir de voir nos efforts aboutir. »
La commission s'attaqua premièrement à la ce daterie ». C'était trancher dans le vif. La daterie était le tribunal qui était chargé d'octroyer, dare^ les dispenses, les absolutions, les autorisations de mariage, les bénéfices, les annates, les pensions, les coadjuto reries...; confondu quelque temps avec la Chancellerie, ce service avait dû en être détaché ; il était le plus important et de beaucoup le plus productif de la Curie ; en corriger le fonctionnement eût été supprimer d'un coup la plupart des pratiques abusives qui étaient reprochées au Saint-Siège, mais en même temps tarir la source la plus abondante de ses bénéfices. Tout de suite les difficultés matérielles se présentèrent comme il advient inévitablement quand on passe des vues générales aux réalisations pratiques. Ce tribunal, à cause de son rôle même, employait un grand nombre de personnes (plus de mille au xviii* siècle); ne convenait-il pas que leur travail fût payé par ceux qui en profitaient? Dans quelle mesure? Ne fallait-il pas payer aussi la valeur spirituelle de la grâce obtenue? Mais alors on rouvrait la porte à tous les abus. Les adversaires du projet et de
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toute réforme faisaient remarquer au pape que, en modifiant le régime de la daterie, il reconnaissait que les réclamations des réformistes étaient fondées et que cette concession serait exploitée par eux comme un aveu; qu'en outre il condamnait les errements de ses prédécesseurs. A quoi Contarini répliquait que l'on ne pouvait défendre toutes les actions de la papauté et que s'amender était le meilleur moyen d'acquérir un bon renom.
On en était là et la réforme semblait déjà quelque peu compromise lorsqu'un événement survint qui la fit sombrer. On apprit que le Concilium aureum venait d'être divulgué; des exemplaires, imprimés à Milan et même à Rome, circulaient dans le pays; on en envoyait en Allemagne; Morone en avait reçu un à Prague ; dès le mois de mars 1538 il s'en vendait partout en Italie.
Comment aurait-on pu, au reste, espérer qu'un
document de cette importance, copié sans doute à
une cinquantaine d'exemplaires, resterait secret^?
Quelle arme entre les mains des adversaires du
Saint-Siège !
Les protestants d'Allemagne avaient aussitôt traduit et répandu le texte du Concilium dont ils exploitèrent les aveux ; le Strasbourgeois Johannes
1. Il y avait à ce moment quarante-quatre cardinaux. En effet trente-cinq cardinaux participèrent au conclave de Paul III, lien nomma vir^gt jusqu'en 1537, mais il en était alors mort onze, il en restait donc quarante-quatre. Il faut ajouter aux copies qui leur furent remises individuellement, un certain nombre de copies supplémentaires. On arrive donc bien au chiffre approximatif de cinquante.
LA RJÉFORME EN ITALIE. — II. q
Sturm le publia avec une préface adressée aux cardinaux dans laquelle il les engageait à redresser hardiment les abus; Luther en donna une édition allemande avec des commentaires d'une violence extrême à l'adresse du pape, de l'Eglise et de la religion catholique ^
Cependant la commission poursuivit ses travaux; il fallait, outre la daterie, modifier dans son organisation et son fonctionnement la chancellerie, la pénitencerie, la rote, les tribunaux ecclésiastiques; les quatre commissaires ne pouvaient suffire à la tache, Paul III en nomma au printemps de l'année 1539 quatre autres, Ridolfî, De Cupis, Gampeggio. Cesarini; la commission ainsi accrue se partagea en quatre sous-commissions. Dans un consistoire tenu le 15 mars 1539, le pape avait insisté sur la nécessité d'aboutir promptement en vue du concile mais la question des a compositions^ » était difficile à régler; il s'agis-
1. De Plolis écrivait de Rome au cardinal Gonzaga, à la date du 24 juin 1538 que le jour même où il lui avait envoyé un exemplaire du Concilium (3 juin) ordre avait été donné par le gouverneur au libraire qui les possédait de n'en plus vendre, mais cet ordre était arrivé quand la plupart des exemplaires étaient déjà écoulés. D'ailleurs Plotis ajoutait qu'une nouvelle édition venait de paraître à Milan. Solmi. Bull. Senese di St. Pallia, 1908, p. 32.
2. Quand, à la mort d'un prélat, on ne pouvait, pour cause de guerre ou autre, réunir ceux de qui dépendait la nomination de son successeur, son supérieur « recommandait l'église à quelque ecclésiastique qui devait en défendre les intérêts sans recevoir de ce fait aucun avantage personnel. Il arriva que ces administrateurs provisoires devenaient commendataires de fait et qu'on ne s'occupait plus de pourvoir l'église d'un titulaire. Ces - cures nominales » transformées en « béné-
sait de supprimer une des principales ressources du Saint-Siège; Contarini soutenait que le pape, en tant que pape, ne devait rien faire pour de l'argent, mais ses collègues ne partageaient pas complètement son avis ; ils ne voulaient pas trop appauvrir l'Eglise et estimaient que c( le prêtre doit vivre de Fautel ». La commission ne put parvenir à trouver une solution; cet échec n'empêchait pas pourtant qu'on s'occupât des autres « tribunaux » et que Carafa ne continuât sa campagne; il aurait voulu, par exemple, qu'on s'abstînt désormais d'attribuer deux diocèses à un même prélat; lui-même avait jadis renoncé à celui de Chieti et à celui de Brindisi. Or le pape venait d'accorder l'évêché de Narni à son neveu Sforza qui occupait déjà ceux de Parme et de Corneto. De telles concessions aux anciennes habitudes ne pouvaient que rendre vaine l'entreprise dont il avait chargé la commission de réforme. Aussi son ardeur s'était-elle ralentie; au commencement de l'année 1540, elle n'avait encore pris aucune décision; l'hostilité augmentait autour d'elle; les fonctionnaires de la Curie, les cardinaux qui sen-
fices gratuits » furent souvent conférées à des personnes étrangères ou à des cardinaux. Telles étaient les compositions.
Les • compositions » dont disposait la daterie sont énumérées dans un rapport daté de juin 1546 :
commendes pour les monastères, les prieurés, les couvents, coadjutoreries avec future succession, translations de pensions, réserves,
dispenses pour les mariages, pensions..,.
Avch, Vat. Ann. VI, vol. XXXIV, col. 82.
taient leurs revenus menacés alors que le coùt de la vie augmentait^ tous ceux qui profitaient des abus, cabalaient, s'efforçaient de faire échouer les essais de réforme, jetaient le ridicule sur les commissaires; on les traitait de « chiétins » à cause de l'évêque de Ghieti, Carafa, qu'on regardait comme leur inspirateur'^.
D'autre part les nonces insistaient auprès du pape pour qu'on fît quelque chose et Paul III, qui avait de la diplomatie, cherchait à contenter chacun et à ne pas arriver à une crise; le 21 avril 1540, il faisait inscrire dans les procèsverbaux de l'assemblée consistoriale que sa volonté était que Ton terminât l'affaire de la réforme de la Curie et des tribunaux, et, le 6 août, il fut déclaré officiellement que la réforme de la pénitencerie était terminée. Pour ce qui était de la Chancellerie, on fit une enquête approfondie, on rechercha les ordonnances anciennes, on examina le rôle des fonctionnaires du haut en bas de la hiérarchie ; la besogne parut si compliquée que le pape porta de huit à douze le nombre des commissaires; en même temps il permettait à
1. Gomme il a été dit (!'• partie, p. 136) la valeur de l'argent baissait depuis 1520; les monnaies d'argent, le grosso, le testone valaient 10 p. 100 de moins.
Pallavicini raconte qu'au seul bruit de la réunion possible d'un concile les charges vénales tombèrent pour ainsi dire à rien. Cité par G. Monod dans Revue Historique, année 1916, marsavril, p. 285.
2. On avait, de même, appelé théatins les « clercs réguliers » parce que le même Garafa avait contribué à leur fondation et que Ghieti portait jadis le nom de Theate.
ceux qui étaient atteints par ces mesures d'exposer leurs doléances et ils profitèrent largement de l'autorisation.
Il ne semble pas qu'en ce qui concernait les indulgences, la commission ait réussi même partiellement; elle se heurta à d'insurmontables difficultés.
La réforme de la prédication fut moins ardue; Contarini rédigea des instructions pour les prédicateurs dans lesquelles il leur recommandait moins d'emphase, moins de recherche, une simplicité plus évangélique et plus à la portée de la majeure partie de leur auditoire.
La commission n'osa sans doute pas prendre de parti au sujet de l'obligation à la résidence qui touchait à tant d'intérêts divers mais le pape, à qui il n'échappait pas que le crédit de l'Église ou tout au moins du clergé, ne pouvait être relevé que par la présence des évêques et des curés au milieu de leurs ouailles, prit l'affaire en main. Le 13 décembre 1540, il convoqua plus de quatrevingts archevêques et évêques et les mit en devoir de regagner leurs diocèses. La plupart protestèrent. La commission examina leurs réclamations et passa outre; le 11 février un délai de vingt jours leur fut accordé pour gagner leur résidence, ils n'en tinrent pas compte; le 22 novembre et le 9 décembre, le pape insista, en consistoire, pour obtenir le règlement de cette question. Mais bien des cardinaux y étaient opposés. Enfin la bulle réglant la question de résidence et dont le cardinal
Ridolfî avait élaboré le texte, fut approuvée et signée mais, contre l'attente générale, elle ne fut point publiée et les papes suivants durent plus d'une fois rappeler aux prélats leur devoir de résidence jusqu'au jour où le concile de Trente eut à s'occuper de cette question.
En 1541, Paul III interdit l'abus des excommunications^
Plusieurs commissaires moururent vers ce temps, Ghinucci en juillet 1541, Aleandro le 1" février 4542, Cesarini le 13 février, Gontarini le l**^ septembre, Laurerio un peu plus tard. Paul III pourvut à leur remplacement et, parmi les nouveaux commissaires désigna Sadoleto, mais la disparition des initiateurs ne laissa pas de rendre moins active et moins énergique l'action de la commission.
Le 12 mai 1542, la bulle de réforme du personnel de la Curie avait été approuvée en consistoire'2 et le 14 juillet 1542 les cardinaux Garafa, de Gupis et Ridolfî reçurent pleins pouvoirs pour l'appliquer; Garafa remplit même son office avec tant de zèle que Paul III dut intervenir pour le modérer.
Le 2 juin 1542 eut lieu une promotion de
1. Ce ne fut toutefois qu'à la fin du concile de Trente qu'un décret fut promulgué à ce sujet; encore y est-il à peine parlé de Tabus des excommunications. Pallavicino, vol. II, p. 1018.
2. Le 22 décembre 1534, le pape avait établi par la bulle « Provide considerans • la liste de ceux des serviteurs du Saint- Siège qui auraient le droit de revendiquer le titre et les privilèges des « familiers et commensaux habituels • du souverain pontife.
cardinaux uniquement italiens; sur huit élus, trois étaient des partisans d'une réforme, à savoir Morone qui fut emprisonné par Paul lY comme complice des hérétiques, Tommaso Badia, confesseur de Gontarini, et Gregorio Gortese, humaniste distingué, esprit littéraire très ouvert aux idées nouvelles.
En novembre 1542, le vicaire général Filippo Archinto fut chargé par Paul III de l'épuration et de la réforme du clergé romain; la réforme de la Pénitencerie semblait en bonne voie.
Mais les questions de personnes venaient sans cesse à la traverse ; la crainte de pousser dans le parti de l'opposition, c'est-à-dire vers le protestantisme ceux dont les intérêts se trouvaient lésés par les réformes, rendait circonspects non seulement le pape qui l'était par nature, mais aussi ceux-là mêmes qui, au début, s'étaient montrés les plus fougueux partisans de la suppression des abus et d'une réforme intérieure de l'Eglise.
Paul III, d'autre part, multiplia les brefs destinés à ramener les moines et les nonnes à une discipline morale qui, on l'a vu, leur faisait gravement défaut. Dès le 9 novembre 1534, il écrivait à l'évêque de Bologne, Alessandro Gampeggio, plus tard cardinal, que des personnes dignes de foi l'avaient informé de la conduite scandaleuse des nonnes du couvent de S. Gaterina que le pape Glément VII avait déjà dû expulser de leur couvent et qui y étaient rentrées de force, en chassant l'abbesse et les nonnes par lesquelles elles avaient
été remplacées et dont la vie était exemplaire. L'évêque était en conséquence chargé de chasser une seconde fois les a intruses » sans le fracas d'un procès et simplement après vérification des faits.
Le 25 janvier 1535, le pape réformait par une huile l'ordre entier des clarisses tant en Italie qu'au dehors. A la suite, dit-il, des guerres, des épidémies et d'autres calamités publiques, cet ordre si austère était tombé dans une grande dissolution; il convenait donc d'en faire sortir les nonnes et les abbesses corrompues, de fermer dans les couvents les fenêtres par des grilles, de modifier les parloirs, de telle façon que les religieuses fussent désormais empêchées de commettre des fautes « non seulement en esprit mais par le corps »^
Le même jour, Paul III dut prendre à l'égard des nonnes du couvent S. Christina de Bologne des mesures aussi rigoureuses qu'envers celles du couvent S. Gaterina. Expulsées comme elles, elles étaient revenues et menaient une vie scandaleuse, mais pour celles-ci le pape charge le moine visiteur camaldule auquel il confie le soin d'exécuter ses ordres, de les répartir séparément une par une ou deux par deux dans des couvents de règle et de maintien plus sévères. En marge du bref se lit l'annotation suivante : « Sa Sainteté a accordé qu'on élimine enfin de ce couvent toutes