FoNTANA, Doc. Vat.y p
PONTIFICAT DE PAUL III ^ (13 octobre 1534-10 novembre 1549).
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A la mort du pape Clément VII, l'élection du cardinal Alessandro Farnèse s'imposa; après un jour seulement de conclave, le 13 octobre 1534, il fut élu au premier tour a par inspiration » et au second tour par un scrutin à bulletins ouverts. Peu s'en était fallu d'ailleurs qu'il n'eût succédé douze ans auparavant à Léon X.
Après un pape incertain vint un pape qu'on imaginait énergique. Le désir de donner l'autorité suprême à un pontife capable d'enrayer les progrès de la Réforme et résolu à mettre fin aux scandales de l'Eglise, intervint-il dans le choix des cardinaux? C'est ce qu'il est malaisé de déterminer. Bien d'autres causes le désignaient au sacré collège.
Son ascendant était grand; il avait une haute
PONTIFICAT DE PAUL III (13 octobre 1534-10 novembre 1549).
l'kVÈQUE NAGGHJANTI. — LA JUSTIFICATION.
A la mort du pape Clément VII, l'élection du cardinal Alessandro Farnèse s'imposa; après un jour seulement de conclave, le 13 octobre 1534, il fut élu au premier tour a par inspiration i> et au second tour par un scrutin à bulletins ouverts. Peu s'en était fallu d'ailleurs qu'il n'eût succédé douze ans auparavant à Léon X.
Après un pape incertain vint un pape qu'on imaginait énergique. Le désir de donner l'autorité suprême à un pontife capable d'enrayer les progrès de la Réforme et résolu à mettre fin aux scandales de l'Eglise, intervint-il dans le choix des cardinaux? C'est ce qu'il est malaisé de déterminer. Bien d'autres causes le désignaient au sacré collège.
Son ascendant était grand; il avait une haute
situation personnelle, un esprit supérieur, l'intelligence et la pratique des affaires. D'un caractère au fond violent et emporté dont l'âge avait accru l'irritabilité loin de Tatténuer, orgueilleux malgré l'origine scandaleuse de sa prospérité, il avait su se donner les apparences de l'affabilité et de la cordialité et s'était fait beaucoup d'amis et de créatures.
Nul ne s'avisa, sans doute, tant on était accoutumé aux irrégularités dans la conduite du clergé, que sa vie entière était une justification éclatante des accusations protestantes contre l'Église de Rome.
Son élection au cardinalat, en 1493, alors qu'il n'avait que vingt-cinq ans, était due aux complaisances de sa sœur Giulia pour le pape Alexandre VI Borgia; il avait mené une vie de grand seigneur libertin; étant cardinal et ordonné prêtre, il avait eu d'une femme nommée Kufina, un fils qui fut le fameux Pier Luigi puis, d'une autre femme, deux fils et deux filles dont il assura l'établissement; ses banquets avaient émerveillé la ville; ses chasses étaient demeurées fameuses ; la domesticité de son palais comprenait plus de trois cents personnes. Pape, il eut cinquante-six camériers au lieu de vingt-quatre qu'entretenaient ses prédécesseurs. Son népotisme ne connut pas de bornes. « Il a tant de tendresse envers les siens et son sang, écrivait le Vénitien Soriano, qu'on ne pourrait imaginer un homme qui en ait plus; il comble ses neveux et ses enfants. » Ainsi Pier Luigi reçut.
dès que son père fut pape, 500 ducats par mois; sa femme en eut 100 et ce fut pour lui obtenir le duché de Parme que Paul III s'engagea dans une interminable lutte avec l'empereur Charles-Quinte
Lorsqu'il monta sur le trône pontifical, il était âgé de soixante-sept ans et il y en avait quarante et un qu'il était cardinal. De petite stature, le nez long, les lèvres épaisses, la barbe tombant sur la poitrine, il avait le regard perçant, du charme et une grande dignité dans le maintien^.
Rome se réjouit de son élection ; depuis Martin V, aucun Romain n'avait occupé le trône de Saint Pierre et Farnèse était presque un Romain, étant né à Viterbe.
Au concile du Latran, il s'était montré partisan des réformes ; dès son élection, il parut disposé à agir en ce sens. Nommé le 13 octobre, il réunissait le 17 les cardinaux en congrégation^, pour leur communiquer ses desseins qui étaient de pacifier l'Eglise, de réunir un concile et de corriger les abus. Le 12 novembre 1534, il tint son premier consistoire dans lequel il affirma de nouveau son désir de réformer l'Église en commençant par la cour et les cardinaux. Cependant il se mit d'abord à
1. Sanuto, Diarii, vol. XXVII, col. 471. Cortesio, De Cardinalatu, pae&im. E. Albbri. Ser. Il, vol. CXI, p. 314. Le P. Fedele Savio, Corso di Storia, Turin, 1892, vol. XI, p. 169. G. de Novaes. Elementi délia St, de summi Pontefîci, Rome, 1822, vol. VII, p. 51,
2. D'après son contemporain, le moine Augustin Onofrio Panvinio, Historia délie vite de Sommi Pontifici, Venise, 1612, p. 886 et 598.
3. Il ne pouvait être tenu de consistoire qu'après que le souverain pontife avait été couronné.
suivre les erres des papes précédents eu ce qu'elles avaient de plus critiquable; il donna la pourpre au fils de Pier Luigi qui avait quatorze ans et au fils de sa fille Costanza, Guido Ascanio Sforza, qui en avait dix-sept (18 décembre 1534). En sorte que Vittoria Colonna pouvait lui dire :
« Est-ce là, Saint-Père, la réforme que vous comptez faire? »
Toutefois, cette satisfaction accordée à ce qu'il supposait être ses devoirs de famille, Paul III porta ensuite son choix sur des prélats de haute valeur.
Paul m allait se trouver, dès le commencement de son pontificat, devant une situation qui devenait chaque jour plus alarmante. Le protestantisme faisait de rapides progrès car l'opinion publique l'accueillait avec une faveur croissante. Ochino prêchait à Sienne au milieu d'une foule enthousiaste; il ne s'était pas encore détaché de l'Église mais ses accusations n'en étaient pas moins virulentes; ses doctrines s'éloignaient de plus en plus de Torthodoxie. Le Sommario paraissait et l'on sait quel en fut le retentissement et l'influence.
Paul III vit-il l'étendue du danger? La répression violente lui répugnait car c'était un délicat. En revanche, il se proposa, avec un grand sens politique, de couper le mal dans la racine en extirpant les scandales et en opérant des réformes; toutefois l'énergie lui manqua pour mener à bien une entreprise aussi ardue. Et puis sa longue expérience lui faisait trop voir toutes les consé-
quences possibles de ses actes pour qu'il pût prendre sur lui de former des décisions graves. Dans de fréquents consistoires il s'occupait, il est vrai, des réformes^; le 16 janvier 1535, il étudia les modifications à apporter dans l'habillement des membres du clergé qui différait de moins en moins de celui des laïcs; il entreprit aussi, chose plus importante, la transformation de la cour pontificale. Le 19, il manifesta son désir d'arriver promptement à des résultats, mais il ne tarda pas à s'apercevoir qu'une telle œuvre ne pouvait être menée à bien que si la réalisation en était confiée à un petit nombre d'hommes compétents et décidés. Au reste Gasparo Contarini qu'il fit cardinal le 30 mai 1535 et qui préparait un traité sur la réforme de l'Église : Be emendenda Ecclesia, que le pape lui avait commandé, le poussait dans cette voie^. Déjà, le 9 juin 1535, le consistoire avait pris la décision de ne pas s'attarder à élaborer une bulle de réforme générale mais de procéder à des réformes partielles, de chercher à améliorer graduellement les mœurs du clergé et d'en modifier le recrutement'^ Le 27 août parut enfin la bulle « Sublimis Deus » datée du 23, qui instituait la commission de réforme. Elle portait en substance que le pape, ayant dessein d'assembler un concile, avait résolu auparavant, car une pareille entreprise
1. Pastor, Geschichte der Pâpste, Fribourg, 1909, vol. V chap. II.
2. Du/s Epis toise.,, de emendenda Ecclesia Paulo III ipso jubente... anno 1538, Cologne, 1538.