‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 177 sur 470 · Archiv. Vat. Arm., 41, vol. IX, n · texte numérisé non relu

Archiv. Vat. Arm., 41, vol. IX, n

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La bulle a Ex démenti » du 7 avril 1539, constatait que, malgré les dispositions de Léon X et de Clément VII, nombre de carmes, oublieux de leurs devoirs religieux, abandonnaient leurs couvents, soit sous le prétexte qu'ils avaient été contraints très jeunes à prendre l'habit, soit que leur penchant les entraînât; quelques-uns entraient dans d'autres couvents, souvent en y apportant leurs biens, la plupart se mêlaient à la vie du siècle et rejetaient définitivement le froc. Et Paul III interdisait qu'il en fût désormais ainsi.

Le 14 juin 1539, le pape commande au cardinal Pisano de ramener dans la bonne voie, certaines nonnes des diocèses de Padoue et de ïrévise lesquelles, y compris les abbesses, ayant « secoué le frein de la pudicité », menaient une vie étrangère à la religion, introduisaient dans la clôture des personnes suspectes et donnaient un scandaleux et dangereux exemple. Cependant neuf ans plus tard, en 1548, l'évêque de Lavello puis de Bologne, Tommaso Stella, écrivait au cardinal Cervini pour lui signaler le désordre dans lequel vivaient les moines et les moinesses du diocèse de Trévise^

Les tergiversations du pouvoir pontifical, les empêchements opposés à toute espèce de réforme, la scandaleuse conduite du clergé en général profitaient à la cause protestante. L'hérésie gagnait du terrain. A Rome, en février 1549, cinq moines

1. Florence, Archivio di Stato, Carte Cerviniane, filza 43, c. 120.

prêchaient avec succès et sans aucun empêchement en faveur de la Réforme. L'un deux, l^allavicino, qui ne déguisait guère ses opinions, enthousiasmait la foule et déjà certaines gens frivoles s'inquiétaient, voyant que les esprits se tournaient de plus en plus vers les choses sérieuses ^ Mainardo accusé d'hérésie se faisait absoudre par Paul III et venait prêcher à Rome. Loyola, qui trouvait son orthodoxie douteuse et craignait surtout pour le Saint-Siège l'effet de ses paroles enflammées, le dénonça mais faillit être pris sérieusement à partie par les Romains. A Modène, Grillenzone réunissait clans « l'auberge des Lettres » tous ceux que séduisaient les idées importées d'outre-monts; la fermentation y était grande comme dans toute la région avoisinante. A Naples, Valdès, Vermiglio, Flaminio, soit par la prédication, soit par leurs entretiens familiers, augmentaient de jour en jour le nombre de ceux qui souhaitaientun changement. AMilan, Celio Secondo

1. Le 18 novembre 1534, à Rome, le frère Jean Pachart, aUemand de l'ordre des prédicateurs, fut interrogé dans le cabinet d'un notaire, comme cela se pratiquait souvent, à propos d*un autre Allemand, Jean Anghelart, accusé d'être luthérien et apostat. Il expliqua qu'il le connaissait depuis près de trente ans, qu'il faisait partie de l'ordre des prêcheurs et qu'il avait souvent célébré la messe; en Tannée 1525, lors des soulèvements agraires suscités en Allemagne par • la rage luthérienne » il avait embrassé les opinions nouvelles, s'était habillé d'un costume séculier et « adonné aux arts laïques », ayant fait le métier de forgeron. On l'avait vu se promener dans les rues de Rome, professant ouvertement ses opinions, refusant de célébrer la messe et de retourner dans son monastère. Personne ne l'avait inquiété. Un serrurier, Foche, Allemand lui aussi, dépose dans le même sens. InvestigationeSt vol. VIII, (pi. 258.

enseignait librement. A Viadana, on discutait sur les images saintes, sur le jeûne, sur la confession, sur le libre arbitre. A Ferrare, Renée de France luttait avec adresse et souvent avec succès pour protéger les hérétiques, calvinistes ou luthériens, qui accouraient de toutes p< rts chercher un refuge auprès d'elle ; l'Académie avait pris nettement position. Il en était de même à Florence, en- Savoie, en Vénétie. Rien ne semblait plus devoir arrêter le flot montant.

La propagande par les livres devenait plus intense. Mélanchton écrivait en 1540 que des librairies entières de livres hérétiques passaient en Italie; il en entrait par la Savoie, venant de Genève et de Lyon, par la Vénétie, venant d'Allemagne, par le Milanais, venant de Suisse. On dut faire surveiller les ports du royaume de Naples. En outre, il s'en imprimait journellement en Italie. C'est vers ce temps que parut le Pasquin en extase et le Beneficio. A Rome, à Florence, les librairies se déclaraient ruinés si on interdisait le commerce des ouvrages protestants. La polémique religieuse devenait plus vive ; les controversistes catholiques entraient en scène, mais ils étaient moins nombreux, moins persuasifs, semblet-il, que leurs adversaires. D'ailleurs, il faut le dire, leur rôle était parfois difficile. Jamais, on l'a vu, les fautes du clergé n'avaient été plus criantes et n'avaient offert plus de prise aux critiques.

Les passions s'exaltaient. Les hésitants comme Vérgerio se tournaient définitivement du côté des

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réformateurs; les convaincus comme Ochino, s'exilaient.

Ce n'est pas que la papauté ne fît rien pour intimider les hérétiques. Dès les prenûers temps de son pontificat, Paul III avait envoyé de formelles instructions dans ce sens aussi bien aux membres de son clergé qu'aux pouvoia's civils. Le 20 décembre 1534, l'archevêque de Bologne, Gio. Maria del Monte, lui donnait l'assurance qu'il poursuivrait de tout son pouvoir les hérétiques, les schismatiques et autres rebelles à l'Église^

Le 19 janvier 1535, la duchesse de Savoie ayant demandé le secours du Saint-Siège contre l'hérésie, Paul III donna pouvoir au dominicain Girolamo de Turin, inquisiteur, de poursuivre en cette qualité, même les prédicateurs de l'ordre des pères prêcheurs qui seraient suspects à ses yeux; l'archevêque de Turin devait le seconder. Une correction apportée à la minute de cette lettre montre de quel mystère étaient entourés tous les actes de l'Inquisition; le rédacteur avait écrit: Dilecla in Christo fllia nobilis mulier Beatrix ducissa Sabaudiœ nobis nuper exponi fecit\ ces mots furent remplacés par sicut accepimus afin que l'auteur de cette révélation demeurât inconnu bien que son rang dût la mettre à l'abri de toute crainte de ce chef, à ce qu'il semble"^.

Le 9 juin 1535, le pape ordonnait à l'évêque de Castres résident à Vicence, de hâter le procès de

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