Usque ad bellorum sedationem
VOL Ir'' "'"• "*"' "• ^"- P*--"^'"". ™'- I. P- SOO. Raynaldus, 3. En octobre 1546, huit archevêques, trente-huit évêoues
valeur des mots, à trop insister sur les détails, on finit par embrouiller les questions les plus simples et par égarer la discussion ainsi que s'en plaignit plus d'une fois Tun des présidents du concile, le cardinal Del Monte, le futur Jules III. C'est ce qui arriva, par exemple, à propos de l'obligation ^e la résidence, on le verra plus loin. Les Pères du concile n'avaient pas impunément derrière eux cinq siècles de scolastique.
L'une des premières questions qu'on aborda, fut celle de la Justification (séance du 21 juin 1546); les présidents la mirent en délibération immédiatement après qu'eut été voté le « décret » sur le péché originel; elle était, en effet, le corollaire de cette première décision et, en outre, il importait d'établir dès l'abord la doctrine que l'Église devait imposer à ce sujet car la Justification était, comme le disait plus tard Cervini, « le tronc d'où partaient d'un côté toutes le» erreurs des hérétiques, de l'autre toutes les vérités des fidèles ».
Mais s'il était urgent de mener rapidement à bien cette discussion, il n'échappait à personne qu'elle serait hérissée de difficultés dogmatiques et même terminologiques ainsi que le prévit dès le premier jour le eardinal Pôle, qui d'ailleurs s'abstint bientôt de prendre part aux délibérations.
De graves contestations surgirent, en effet, dès qu'il s'agit de déterminer de quelle façon seraient condamnées les fausses opinions de Luther, de Zwingle et des autres héritiques touchant la justification. Les uns voulaient que ce fût d'une
DEBATS SUR LA JUSTIFICATION
manière générale, les autres soutenaient qu'il valait mieux réfuter séparément chaque proposition erronée, « le devoir du pasteur étant de discerner soigneusement les vérités d'avec les erreurs, d'autant plus que la moindre des herbes prise pour bonne peut être un poison mortel ». Parmi ceux qui préconisaient cette manière de procéder, il en était qui n'avaient d'autre objet que de faire traîner en longueur les travaux du concile afin qu'on ne pût aborder les autres questions telles que la réforme du clergé. D'autre part, la crainte de creuser un fossé infranchissable entre les dissidents d'Allemagne et l'Église romaine si l'on fixait de façon définitive et trop précise la doctrine catholique sur ce point capital, portait les membres du concile qui relevaient de l'Empire, à souhaiter également un ajournement plus ou moins déguisé ; or ils se trouvaient être fort nombreux ; il en résulta que la seconde méthode prévalut.
On donna publiquement comme motif de cette décision que l'opinion publique pensait « qu'il était utile d'examiner toutes les opinions des Luthériens afin de pouvoir condamner, après mûre discussion, celles qui auraient été reconnues blâmables ». Mais un danger était à craindre que signala le cardinal Pôle; il disait qu'en examinant et en discutant de trop près les opinions hérétiques, on risquait de s'égarer dans un dédale de subtilités, de perdre de vue la vérité et d'être entraîné hors de la voie orthodoxe, et il citait le cas de Pighi qui, pour combattre l'erreur de Luther sur le
péché originel, était tombé.dans celle de Pelage^ Les cardinaux Pietro Pacecco et Cervini (Santa Groce) intervinrent et firent observer que la question de la Justification étant des plus délicates et n'ayant jamais été traitée auparavant ni par les conciles ni par les Pères de l'Église, il convenait, pour travailler avec méthode, que des théologiens établissent nettement les points à discuter et les bases de la controverse.
Une commission de théologiens « mineurs » fut donc chargée de préparer la discussion conformément à un formulaire préparé d'avance; ce questionnaire comprenait six articles résumant le débat^ :
1° Qu'est-ce que la Justification tant en ce qui concerne la signification du mot, qu'en ce qui concerne l'essence de la chose et qu'entend-on par « l'homme se justifie »?
^ 2° Quelles sont les causes de la Justification, c'est-à-dire que fait Dieu etqu'exige-t-on delapart de l'homme?
3° Comment faut-il entendre la parole de Tapôtre que l'homme se justifie par la foi?
4° Dans quelle mesure les œuvres contribuentelles à la Justification avant ou après; comment interviennent les sacrements?
Jrii.fr / ''^ P"^^'^' ^ ^^^'^ "" P«" P'"S tard, en 1549. un traité Conlroversim-ym prœcipuarum... explicatio contenant un chapitre ou il émettait sur la justification une opinion intermédiaire entre les opinions luthériennes et catholiques. 2. Pallavicini, vol. I, p. 663. Ehses, vol. V, p. 2 7.
DÉBATS SUR LA JUSTIFICATION. 59
5" Quelles circonstances précèdent, accompagnent et suivent la Justification?
6^ Les dogmes à établir doivent-ils s'appuyer sur les Ecritures, les conciles, les Pères ou les traditions?
Au cours de la discussion qui s'engagea dans la commission sur ces articles, le 22 juin 1546, de sérieuses divergences apparurent; un frère mineur de l'Observance, Parisini, déclara que les œuvres n'étaient méritoires que par le mérite du Christ, c^ qui était se rapprocher sensiblement de la thèse luthérienne ^ Un franciscain définit la Justification; « Faire d'un impie un pieux, d'un injuste un juste », définition qui fut par la suite généralement acceptée; un autre moine soutint que l'homme a sa part dans^la Justification ; lorsque Dieu frappe, nous lui ouvrons ; cependant notre volonté n'est pas nécessaire et Dieu peut nous 'sauver malgré nous. Plusieurs orateurs distinguèrent deux justifications, la première qui mène de la faute à la justice, la seconde qui perfectionne la justice. Le théologien espagnol, Alfonso Salmeron, jésuite, proposa une longue réponse à chacune des six questions posées, explication qui résumait les débats; il invoquait Aristote et Platon et subdivisait la Justification en catégories; la Justification avait quatre degrés et finissait par devenir « un droit à la gloire ». Dieu, d'après lui, est l'auteur absolu de notre Justification mais non sans une