‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 218 sur 470 · Ibid.y Atti D. Graziani, prot. 16, fasc. Il, fol · texte numérisé non relu

Ibid.y Atti D. Graziani, prot. 16, fasc. Il, fol

de rester en fonction même en cas, de vacance du Saint-Siège bien que toutes les autres charges se trouvassent alors suspendues parce qu'on les considérait comme des mandats personnels du souverain pontife.

Les Romains étaient hostiles à l'Inquisition; il en fut de même d'ailleurs à peu près partout en Italie; cette juridiction, recevant l'impulsion du Vatican, dépouillée des formes et des garanties auxquelles on était si fortement attaché dans tout le pays et que les statuts municipaux de la plupart des villes réglaient avec tant de minutie, et se substituant aux juridictions locales, ne pouvait manquer de sembler au moins importune à tous. Chaque fois que l'occasion s'en offrit, l'opposition se manifesta.

Lors des désordres qui suivirent la mort de Paul IV, en août 1559, le peuple se porta vers le palais de l'Inquisition dont les salles furent saccagées ; les envahisseurs s'emparèrent du vin, du grain, de l'argent qu'ils trouvèrent; on brisa le mobilier dont la plus grande partie appartenait en propre au cardinal Alessandrino ; celui-ci, de même que le commissaire de l'Inquisition fra Toramaso Scotti, Giovanni Brittone et plusieurs des juges furent poursuivis, frappés à coups de bâton, jetés en prison; les envahisseurs lacérèrent ou détruisirent les documents et les dossiers, brûlèrent les livres qu'ils trouvèrent; lînalement ils mirent le feu au palais. Carnesecchi, qui devait quelques

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années plus tard, passer de longs mois dans les prisons de l'Inquisition et périr sur le bûcher, écrivait de Venise, le 2 septembre, à sa confidente et disciple Giulia Gonzaga : « Votre Seigneurie aura appris que la sainte Inquisition est morte de cette même mort qu'elle avait coutume d'infliger aux autres, je veux dire par le feu; voilà un événement bien digne de remarque et d'où l'on peut inférer qu'il ne plaît pas à la divine providence que cet office soit exercé désormais avec la même rigueur qu'auparavant. j> Soixante-douze hérétiques dont plusieurs hérésiarques furent rendus à la liberté^ Toutefois le peuple qui, dans ses révoltes contre le Saint-Siège n'en demeurait pas moins attaché à son culte, exigea d'eux le serment de croire « en bons chrétiens ». La foule se porta ensuite vers la maison de Claudio délia Valle, notaire de l'Inquisition, et la mit à sac, puis elle se dirigea vers le couvent de la Minerva. « J'ai vu, écrit Luigi Mocenigo, le peuple se ruer à grands cris vers le monastère de la Minerva où se trouvaient les frères dominicains qui sont au service de l'Inquisition et que les Romains détestent pour cette raison au point que leur demeure aurait été

1. Diario de Vincenzo Bello, romain, commencé le !•' septembre 1558. Archiv. Stor. Not. Capit. Cred. XIV, vol. VII, p. 212. « Plus de quatre cents prisonniers furent élargis -, dit l'envoyé llorentin. Florence, Arch. Mediceo, Filza 20 di Residenti Toscani a Roma, lettres des 18 et 19 août. P. Nous, Guerm deyli Spagnoli, notes de Volpicelli, Archiv. Stor. ItaL, Sec. I, vol. 12,' 1847. Interregno dalla morte di Paolo IV al pontificato di Pio IV. Bibl. Vat. Cod. Ottoboniani, 439, fol. 201 et Cod. Vat. 8685, fol. 358. Relation de Antonio Giudo.

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incendiée sans l'intervention du cardinal Giuliano Cesarini^ »

Gomme il arrivait toujours à Rome, Teffervescence populaire dura peu; le calme se rétablit et l'on en vint bientôt aux témoignages de repentir.

Une instruction fut ouverte par ordre du gouverneur contre les fauteurs des désordres.

Le notaire Aloisi de Torre convoqua chez lui, comme c*était la coutume, une femme qui habitait non loin du palais de l'Inquisition et lui demanda si elle avait assisté à l'incendie et au pillage. Elle répondit que oui et cita, comme y ayant pris part, un marinier et un verrier; elle les avait vus emporter du palais du vin, de la farine, de l'huile, du grain, des couvertures, des matelas, du sel ! Elle ajouta qu'ils chassaient à grands coups de pieds ceux qui voulaient participer au pillage; ils avaient des gens pour les aider. Elle n'avait vu délivrer aucun prisonnier (6 mars 1560).

Au sujet du pillage de la maison de Claudio délia Valle, un orfèvre fut interrogé. Il avait vu deux mille personnes l'assaillir; des gentilshommes la défendaient. Un regrattier raconta qu'il avait acheté d'un des émeutiers, moyennant 10 écus, une statuette de la Fortune qu'on lui dit antique, afin de la présenter à un Français qui

1. E. kLBERiRelaz., Ser. II, vol.IV, p. 26. Cf. Diario di Angelo Massarelli dans Concilium Tridentinum, Concilii Tridentini Diariorum, Illust. Merkle, vol. II, Fribourg, 1911, p. 332. Diario di Francesco Firmano, Ibid., p. 315. Aussi, Ribier, Lettres et Mémoires, vol. II, p. 827. Lettre de M. d'Angoulêrae, ambassadeur de France au cardinal de Lorraine en date du 18 août 1559.

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était artiste; or il se trouva que c'était précisément ce Français qui l'avait sculptée et vendue comme antique à Claudio délia Valle ^ (8 mai 1560).

La commune se résigna à rembourser les dommages et une expertise fut commencée; le cardinal et « d'autres personnes » présentèrent des réclamations que le conseil capitolin s'efforça de réduire; on discuta et l'on négocia jusqu'au jour où le pouvoir pontifical mit le conseil en demeure d'aboutir; alors dans la séance du 30 août 1560, les conservateurs proposèrent ' « afin qu'on n'en parle plus », dit le procès- verbal, de verser aux plaignants une indemnité de 15 000 écus qu'on se procurerait en faisant un emprunt à 8 p. 100 gagé par la gabelle dite des Études qui n'était autre que la taxe sur les vins étrangers ^.

La congrégation du Saint-Office fut réinstallée dans son palais restauré; elle y était fort à l'étroit; aussi, dès que le grand inquisiteur, Alessandrino devint pape (Pie V), il s'occupa de lui affecter un autre local. L'ancien palais fut abandonné. En 1593, il appartenait à Giovanni Paolo Galant! et l'on en parlait comme du lieu « où avait été jadis l'Inquisition ». Par la suite, on s'en servit comme d'une écurie et à présent, les grilles des fenêtres de la façade ayant disparu, le sinistre palais est devenu une boutique d'antiquaire.

1. Archiv. di Stato, Roma, Investigationes, vol. LXV, fol. 129 et suiv.

2. Cod. Vat. Urb., 1039, fol. 71. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 21, fol. 43.

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Pie V choisit, pour y établir Tlnquisition, un palais situé près de Saint-Pierre, un peu plus haut , que la sacristie, à côté de ce qui fut longtemps la caserne des chevau-légers. Le cardinal Lorenzo Pucci l'avait édifié au temps de Léon X ; après sa mort, en septembre 1531, il avait passé à ses héritiers. Le 9 mai 1566, le pape en acheta les deux tiers à Alessandro Pucci et à ses cousins Roberto, Ascanio et Horatio, au prix de 6000 écus payables à la banque des héritiers de Baldassare Olgiati au mois de juillet suivant. Le dernier tiers fut payé 3 000 écus à Lorenzo Pucci le 26 juin 1567. Il semble, par les termes de cession, que même avant cette acquisition, le palais était déjà affecté à l'Inquisition^

Dès le 18 mai 1566, par la bulle « Sollicitœ nostrœ » le pape l'attribua au Saint-Office en stipulant qu'il ne pourrait être aliéné.

Le lundi 3 septembre 1566, le vicaire du chapitre de Saint-Pierre présida en grande cérémonie à la pose de la première pierre, soit qu'on eût abattu complètement l'ancien palais, soit qu'on se fût borné à y apporter d'importantes modifications pour l'adapter à sa nouvelle destination^; de nombreuses cellules y furent ménagées^; plus

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