Voir plus loin, p. 165, l'analyse de cet ouvrage capital
154^6) ^ Le premier « abus » consistait à avoir plusieurs éditions des Écritures Saintes. Les commissaires conseillaient de s'en tenir à la Vulgate sans rejeter la Septante. Le deuxième abus était l'incorrection de certains textes de la Vulgate. Les commissairo« suppliaient le souverain pontife d'en faire rédiger un texte grec et un texte hébreu aussi exacts que possible et de les imposer à la chrétienté. Le troisième abus était la facilité avec laquelle chacun interprétait l'Écriture Sainte sous le prétexte de la rendre plus accessible, sans s'inquiéter d'entrer en contradiction avec le sens admis par l'Église. Les commissaires proposaient de punir de peines que le concile déterminerait ceux qui, à l'avenir, expliqueraient de la sorte les textes évangéliques. Le quatrième abus était la licence que certains imprimeurs avait prise de donner des éditions des Écritures sans en demander l'approbation à l'autorité ecclésiastique. Les commissaires conseillaient d'interdire la publication des Écritures sans une autorisation qui ne serait accordée qu'après examen. Le cardinal Pietro Pacecco, l'un des membres les plus actifs du concile, porta le débat sur la traduction des Écritures dans les langues vivantes.
La discussion des « Quatre abus » se prolongea longtemps, car elle impliquait des questions délicates. Était-ce un abus d'avoir des livres nonaccep-
1. Ehses, Concilium tridentinum, Fribourg, 1904-1911, vol. V, p. 27. Pallavicini, Sioria del Concilio di Trento, Rome, 1656, vol. I, p. 560. Fra Paolo Sarpi, Histoire du Concile de Trente, trad. s. 1., 1627, p. 14
LES ÉTUDES JUIVES. 69
tés par l'Église ou de s'en servir? Quels étaient les livres canoniques et les fragments qu'on inclurait dans la liste ? Que fallait-il penser de la traduction des Septante. Le 8 avril (1546), dans la quatrième (( session » (séance solennelle), des décisions furent prises conformément aux vœux de la commission. En ce qui concernait la révision des livres à imprimer, il fut proposé de la confier aux inquisiteurs car, les envoyer tous ;\ Rome pour que le Saint-Siège les approuvât, ainsi que certains le proposaient, parut impraticable.
Conformément au vœu du concile, une nouvelle édition de la Vulgate fut préparée ; elle parut en 1590 : Biblia mdgativ editionis a Sixto recognita. Mais il se trouva qu'elle était si fautive que le pape en fit rechercher soigneusement et détruire les exemplaires. Clément VIII en donna deux ans après un texte amendé : Biblia latina démentis VIII auctoritate recognita^ Rome, 1592. Les Papes Pie V et Grégoire XIII avaient songé à faire paraître une édition de la Septante ; une commission fut chargée d'en assurer la publication ; elle comprenait des cardinaux comme Sirleto et Carafa, des savants comme FulvioOrsiûi, le jésuite Bellarmino, le théatin Antonio Agelli... Cette édition parut en 1586. Vêtus Testamentum grœciim juxta Septuaginta ex auctoritate Sixti V, — Vêtus Testamentum secundum LXX latine redditum, 1587.
Ainsi l'étude de la langue juive avait finalement eu pour résultat de faire admettre par tous que les textes sacrés étaient sujets à révision. La
constatation des erreurs quî y étaient contenues, l'habitude de discuter de choses qui passaient jusque-là pour inattaquables, furent assurément pour une bonne part dans la diminution de la foi et partant dans le succès du protestantisme en Italie.
LA FOI
Les manifestations de la foi n'avaient jamais été si nombreuses ni si exubérantes. La foule se pressait aux cérémonies que l'Église multipliait et rendait aussi fastueuses que possible, elle encombrait les sanctuaires, elle s'associait avec dévotion aux processions, elle accourait aux sermons des moines, y pleurait avec eux sur la misère du genre humain, se prêtait aux sacrifices qu'ils exigeaient ; à Rome ainsi qu'à Florence on vit des femmes brûler sur les places publiques, au sortir d'un sermon, leurs bijoux, leurs vêtements trop luxueux, leurs faux cheveux ; les hommes détruisaient leurs tables à jouer et leurs dés. Le culte et la recherche des reliques dépassaient tout ce qu'on peut imaginer. Le seigneur de Villamont en vit d'innombrables dans les églises italiennes et surtout à Rome^. Galeazzo Sforza se vantait de posséder un morceau de la verge de Moïse, un os de Judas Machabée, une fraction de la gorge de l'un des Innocents. Il se faisait un trafic important de ces reliques, surtout par
1. Le» Voyages du Seigneur de Villamont dont les édition?» se succédèrent à la tin du xvr siècle. Cf. Descriptions de Rome, par Fulvio, Biondo, D«seine.
LA FOI
l'intermédiaire des juifs ; Vergerio commença sa carrière comme chercheur de reliques*. On les payait fort cher. Venise avait offert en 1455 la somme de 10.000 ducats pour la tunique sans couture de Jésus-Christ ; quand on annonça à Bologne que les reliques des compagnes de sainte Ursule, cédées par la ville de Cologne grâce à l'intervention de l'évêque Gampeggi, allaient arriver, la ville fut dans une joie débordante ; un peu auparavant, un sacrilège l'avait plongée dans une consternation indicible et dans lestranses^. L'Italie entière fut en émoi à l'occasion du transport de la tête de saint André qui fut amenée de Patras en 1462 3. Cette grande passion des reliques amenait parfois de fâcheuses rivalités ; une abbaye voisine de Sienne et une église des Grisons prétendaient toutes deux posséder le corps de saint Guillaume ; on montrait en Italie plusieurs têtes de saint Jean-Baptiste ; Arles ot Vicence étaient en dispute touchant le corps de saint Antoine. Les protestants tiraient avantage de ces contestations*. On vénérait presque avec une égale ferveur les reliques païennes. Le tombeau supposé d'Aristote était à Palerme l'objet d'un culte dans lequel les musulmans ne le cédaient pas aux chrétiens; lorsqu'on raconta que le cercueil