‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 23 sur 470 · Levita la publia sous son nom quarante ans plus tard · texte numérisé non relu

Levita la publia sous son nom quarante ans plus tard

4! Egidio rut également pour maître un juif tripolitain du nom de Michael ben Sabbatai Lemat.

suite, enti^epriroBt de reviser les textes bibliques^ Llmpulsion était donnée; plusieurs universités ouvrirent des cours d'hébreu. En 1488, l'hébreu commença à être enseigné à Bologne-. A partir de 1518, Agaio Guidacerio, un Calabrais, le professa à Rome^.

Des leçons d'hébreu furent instituées à Vérone et à Venise. A Pise, vers 1523, un juif converti, Francesco Benedetti, commentait la Bible, d'abord à titre privé, ensuite aux frais de l'université. Puis un maronite du Liban, Gabriele Gracia, y enseigna l'hébreu et le chaldéen.

Matthaus, qui professa à Tubinge, à Bâle, à Wittenberg, à Louvain et en Italie entre 1510 et 1520, se proposa, comme tant d'autres, de rectifier les traductions de la Bible et surtout de la Vulgate et il n'hésite pas à affirmer que le texte en est souvent fautif, négligé et plein d'omissions : « Saint

1. Mon seulement il venait des étrangers en Italie pour y apprendre l'hébreu, mais on y cherchait des professeurs pour les universités étrangères. Le Génois Agostino Giiiâtisiani, évèque de Nebbio en Corse, fut appelé à Paris par le roi François V^ pour y enseigner l'hébreu; après lui, le roi fit venir Paolo Paradisi, juif converti de Venise, qui fut, dit-on, le maître de Marguerite de Navarre. Il composa un petit dialogue De modo lejendi hebraice (Paris, 1534). Pagnini professa à Lyon, il y publia Institutionea Hebraicae (1520), une traduction de la Bible et aa Thésaurus linguœ sonctx (1529). Il mourut en 1541. Francesco Stancori de Mantoue fut professeur à Cracovie, puis à Kœnigsberg. Emanuele Tremellio de Ferrare fut professeur à Strasbourg, en Angleterre et à Metz. Il publia une traduction latine de la traduction syrienne du Nouveau Testament et une traduction personnelle du Vieux Testament.

2. L. SCAR4BELLI, Dclle CosHtuztoni... deliantico studio bolognese, Plaisance, 1876.

3. Plus lard, il se rendit à Paris. En 1550, le juif Gobbia enseigna l'hébreu à la Sapienza.

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Jérôme n'était après tout qu'un homme, dit-il dans une lettre adressée à J. Amerbaeh et son œuvre ne peut être parfaite. » Saint Jérôme d'ailleurs n'avait-il pas écrit que la composition des Livres saints était une opération du Saint-Esprit, mais que leur traduction était œuvre humaine.

Chacun voulait maintenant puiser aux sources mêmes la connaissance des Écritures, car on se défiait des intermédiaires Israélites. Luther allait jusqu'à dire que, dans l'état de leurs connaissances, les juifs étaient incapables de connaître la valeur des mots, viiHutem omnium vocabulorwriy de même que le sens des figures et des idiotismes. « Seuls, disait-il, les chrétiens ont l'intelligence du Christ sans laquelle il ne sert de rien de posséder la langue. » C'était donc aux chrétiens qu'il appartenait de chercher dans les textes originaux la vraie leçon des livres saints.

Ils n'y manquèrent pas. D'ailleurs deux grammaires juives parurent en Italie presque simultanément afin de leur faciliter la tâche; Tune, publiée en 15213 par Abramo Balmes, l'autre en 1525, due à Stancari de Mantoue qui embrassa plus tard la religion réformée ^

Gio. Battista Folengo, le fils du fameux Coccaie, entré dans Tordre des Bénédictins en 1506, publia des commentaires sur les psaumes de David et sur les épitres de saint Pierre, de saint Jacques

1. Maccru:, Histoire des pragrès et de l'extinction de la Réforme en Italie, trad., Paris, 1831, p. 62. Tiraboschi, vol. Vil, p. 1261 n.

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et de saint Jean dont Torthodoxie ne laissait pas d'être contestable puisqu'ils furent inscrits plus tardàFlndex. Cependant Folengo ne fut pas inquiété, il mourut en 1557, visiteur de Tordre des Dominicains.

Érasme avait donné en 1516, à Bâle, la première édition du texte grec du Nouveau Testament avec une version en latin et cet ouvrage, importé en Italie, y fut lu avidement. En 1528, Santé Pagnini, un Lucquois qui appartenait à l'ordre des frères prêcheurs, éditait à Lyon une traduction latine du vieux et du Nouveau Testament qu'il avait mis vingt-six ans à achever ^

Le cardinal Nicola Caietano de Sermoneta consacra onze ans à rédiger une traduction de la Bible en s'aidant du texte hébreu et du texte grec.

Toutes ces tentatives avaient ébranlé la confiance qu'on avait dans les textes et le Saint-Siège comprit la nécessité d'une révision.

Peu avant le sac de Rome (1527), Clément VII forma une commission composée de six savants juifs et de six chrétiens hébraïsants auxquels fut commis le soin de rédiger une nouvelle traduction de la Bible. Ce projet fut, au reste, abandonné tout

aussitôt '-.

L'introduction de la Réforme donna une nouvelle

1. TniABOscHi, vol. vil, p. 370. Macchir, p. 52. Comba, p. 524. Léon X se plaignait du grand nombre de livres hébreux, arabes et chaldéens traduits en latin et imprimés.

2. Berliner, Geschichfe der Juden, Francfort, 1893, vol. II, p. 104.

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impulsion à ces études. Antonio Brucioli publia, en 1532, une traduction des Saintes Écritures « tirée de la vérité hébraïque et du fond grec » , pour laquelle il s'était servi de la traduction inélégante mais exacte de Pagnini et des conseils « d'un rabbin nommé Elia^ ». Le parti protestant accueillit avec joie cette traduction. « Les yeux de tant de captifs aveuglés vont être enfin dessillés » écrivaient les docteurs de Genève à Févêque de Lucques. Brucioli envoya un exemplaire de son livre au roi François Y% mais le roi, ayant quelque soupçon que c'était là une œuvre hérétique, ne répondit même pas à l'envoi de ce présent, ce dont FArétin ne manqua pas de railler Fauteur dans une lettre adressée à Vittoria Colonna en 1538 (9 janvier) ^ : « Mon compère Brucioli, écrivait-il, a dédié son livre au roi qui est très chrétien et voilà cinq ans qu'il attend sa réponse; peut-être la traduction était-elle mauvaise ou la reliure insuffisante. Ma Courtisane avait mérité au contraire la grande

chaîne^.»

En 1533, BrucioU fit également paraître une traduction annotée des Proverbes de Salomon et, en 1534., une traduction du livre de Job, puis encore une « pieuse exposition des dix comman-

1. TiRAROscHi, vol. VII, p. 318. n y eut une seconde édition en 1542-1546, six volumes in-folio. Elia est probablement cet Elias Levita dont il a été parlé ci-dessus.

2. Carteggio di Vittoria Colonna; publie par E. Ferrero et G. MuUer, Turin, 1889, p. 151.

3. Voir ce que dit Mazzuchelli, Vita di Pietro Arettno, Milan, 1830 p. 118, sur ce présent du roi au pamphlétaire.

déments, du symbole apostolique et de l'oraison dominicale ». Isidore Chiari, du Mont-Cassin, archevêque de Foligno, publia en 1542 le texte de la Vulgate d'après la version hébraïque et la version grecque; il avait secrètement utilisé les remarques et les corrections laites par des érudits protestants. Cependant il resta jusqu'à la fin de sa vie (18 mars 1556) en possession paisible de son siège épiscopal * .

Les recherches hébraïques se poui^uivirent ainsi pendant toute la durée du siècle, ayant uniquement jK)ur objet l'étude de la Bible. Isaac Abravanel publia, soit en latin, soit en hébreu, quantité de commentaires sur les prophètes; il composa en hébreu un commentaire sur le Pentateuque qui parut à Venise en 1579, un traité De Creatione (Venise, 1592) et un traité De Capite Fidei^. Jacopo de Mantoue (ben Samuel), médecin de Paul III 3, rendit accessible aux chrétiens l'introduction de Maïmonide aux livres s^icrés en la traduisant en

latin.

Défenseurs et détracteui^ du catholicisme s'évertuaient également à chercher dans la connaissance de l'hébreu un moyen de poursuivre la lutte. Le cardinal Sirleto (1513-1584) apprit Thébreu à cette

1. TiRABOscHi, vol. VII, p. 275, 347, 370. P. de Long, Biblia Sacra, Paris, 1723, vol. I, p. 2<S6.

2. Quelques-uns de e«s ouvrages portent la mention « Constantinople » qui est évidemment fausse. Le sacrifice de Pâques est de 150»; il tut réimprimé à Venise, eu 1545.

3. Marini, Archialri, cite parmi les méderins de Paul III Giacomo Mantini, « savant linguiste », qui semble être ie même personnage.

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fin comme l'avait fait le cardinal Egidio de Viterbe. En 154-7, la municipalité milanaise accordait à Abramo de Turin la licence d'enseigner la grammaire hébraïque « ad laudem Dei ))^. Les écrivains protestants tiraient de leur côté d'infinies conséquences des erreurs d'interprétation qu'ils rele^vaient. Ainsi, dans le Compendio d'Errore'^^ l'auteur infère d'un contresens constaté dans la traduction de l'Ecclésiaste que la signification du passage est l'opposé de celle qui lui a été donnée et que la doctrine catholique est ainsi viciée.

Les défenseurs de l'orthodoxie expliquaient les erreurs des textes canoniques qui devenaient incontestables en disant, comme saint Jérôme, qu'entre la parole de Dieu et ces textes s'était introduite l'intervention d'un traducteur.

Cependant l'Inquisition protestait contre cette solution, car comment serait-il possible de condamner des hérétiques sur leur interprétation des livres saints si le texte pouvait en être discuté et si pour l'établir il fallait recourir aux originaux grecs et hébreux ?

Le concile de Trente s'occupa, dès sa réunion, de mettre un terme à ces difficultés. Les commissaires chargés d'étudier la question divisèrent les « abus » en quatre catégories (séance du 17 mars

1. Il est vrai qu'on peut faire quelques réserves sur le sens de cette expression. Ettore Rotta, Le Reazione caiholica in Milano, dans RolUlino delta Soc. Pnvese di Stor, Pat., an. V, tasc. IV, Pavie, 1905, p. 502.

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