‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 247 sur 470 · MoRONi, vol. II, p. 76. Helyot, vol. IV, p. 116. Premoli · texte numérisé non relu

MoRONi, vol. II, p. 76. Helyot, vol. IV, p. 116. Premoli

p. 30. Le P. CiRLO Grkgorio Rosignoli, Vita e Virtù délia contessa Torelli. Milan, 1656.

comprit tout de suite le parti qu'il pourrait tirer (le leur zèle ; afin de les maintenir dans la bonne voie, il leur fit donner une règle par le P. Carlo Rescapé. Cette règle ne fut toutefois définitivement approuvée que plus tard, par le pape Urbain VIII, le 12 mai 1625.

La comtesse de Guastalla, qui était entrée ellemême dans la confrérie et en avait pris un moment la direction, mourut le 20 octobre 1559 mais la congrégation n'en poursuivit pas moins son œuvre.

LES CAPUCINS

En 1525, un moine de Tordre des observants de Saint-François, homme de haut parentage, Matteo da Bassi, ou Bascio, ou Boschi, trouvant que ses compagnons s'étaient trop relâchés de la discipline imposée par le fondateur, voulut réagira Un ermite, Francesco da Cartoceto, se joignit à lui et tous deux commencèrent à parcourir les campagnes, prêchant Faustérité des mœurs et le retour aux anciennes traditions. Pour se distinguer des autres moines de leur ordre, ils adoptèrent un capuchon de forme particulière. Bassi avait remarqué dans un portrait de saint François que son capuchon était long et pointu; pour bien

1. Helyot, vol. VII, p. 164. J. DE Terranova, De Origine Fra- Irum Capuc, 15T1. Boveuio. Annales Ord. Mnnor,.., Lyon 1632- 1676 G Zarlino, Dell Origine délia Congregazione de Cappucini, Venise, 1579. Moroni, voL IX, p. 204. Pastor, trad. franc., voL X, p. 248.

LES CAPUCINS

marquer son intention de revenir à la règle primitive, il s'en fit donc tailler un semblable; d'après une autre version, il aurait eu une vision dans laquelle le saint lui était apparu avec un capuchon de cette forme. Toujours est-il que le capuchon pointu devint comme le signe symbolique de la réforme et aussi la pierre d'achoppement et de scandale de l'entreprise. L'histoire de l'ordre à ses débuts est celle deg discussions que souleva le capuchon. Les supérieurs de Bassi, scandalisés d'une telle innovation, lui firent défense de s'habiller autrement que les autres moines, il en appela au pape Clément VII qui lui permit de passer outre et même d'aller pieds nus (1525). Toutefois quand il se présenta avec Cartoceto, conformément à l'ordre du pape, devant le chapitre provincial, on se rit d'eux et on leur interdit de porter leur capuchon, on les mit même en prison. La duchesse de Camerino, Caterina Cibo, qui les avait vus parcourant les rues de sa ville en criant : « Miséricorde, miséricorde » d'un air de dévotion qui la toucha, s'étant entremise, obtint leur libération (1" juillet 1525). Peu après, Cartoceto mourut (1526), mais Bassi trouva en Lodovico da Fossombrone un nouveau disciple tout aussi enthousiaste, qui Taida à continuer son apostolat. Le chapitre le fît arrêter. Relâché, il intéressa son frère à l'œuvre de Bassi et se multiplia pour répandre ses idées. L un des historiographes de l'ordre, Boverio, prend occasion de cette diversité d'efforts pour dire que Bassi n'ayant changé que le

capuchon et Fossombrone que la règle, ni l'un ni l'autre ne peuvent être considérés comme fondateurs de l'ordre dont la création est donc véritablement œuvre divine. Fossombrone recruta son frère. Cependant le provincial s'efforçait de traverser les efforts de Fossombrone et de son frère; ils recoururent au supérieur, le P. Quignonez qui se borna à leur recommander d'agir avec prudence et refusa de se prononcer; alors ils s'adressèrent au cardinal protecteur lequel leur répondit que seuls les supérieurs des ordres avaient qualité pour décider en ce qui touchait les réformes. Ils se résolurent en conséquence à agir à leur guise et adoptèrent définitivement le capuchon « pyramidal ». Leurs supérieurs les sommèrent de rentrer dans leur monastère et de renoncer au capuchon et, sur leur refus, les excommunièrent; pour donner même plus d'efficacité à cette condamnation, ils sollicitèrent le Saint-Siège de la confirmer. A la demande de Caterina Gibo qui, on l'a vu, s'intéressait fort au sort des prédicateurs, le cardinal Carafa partisan, lui aussi, d'une réforme du clergé régulier, prit leur cause en main et les deux frères obtinrent par un bref l'autorisation de porter un capuchon comme Bassi et de vivre à son exemple (juin 1526)i. Sur quoi le provincial qui ne pouvait admettre qu'une réforme se fît en dehors de lui, obtint du Saint-Siège un bref contre les apostats de sa province et s'en servit pour

1. Texte du bref dans Bnllarium Ord. F. F. Minorum S. Franc. Cappucinarum, Rome, 1740, vol. I, p. 1. Bovbrio, p. 98, 101.

LES CAPUCINS

inquiéter Bassi et ses adeptes; en vain firent-ils appel au légat de Romagne; poursuivis de retraite en retraite, ne pouvant recourir à la protection pontificale parce que Rome était alors entre les mains des Impériaux et le pape enfermé dans le château Saint-Ange, ils reçurent asile dans le palais de la duchesse de Camerino jusqu'au jour où Clément VII, enfin délivré et réfugié à Viterbe, leur accorda par la bulle « Relegionis Zelus t> du 3 juillet 1528, le droit de vivre en commun, de porter le « capuce carré? )&, d'avoir la barbe longueS de s'adjoindre tous ceux qui voudraient grossir leur groupe, de vivre dans les retraites ou dans les lieux qu'on mettrait à leur disposition et de jouir de tous les avantages et de tous les privilèges des frères mineurs et des camaldules; l'évêque de Camerino publia cette bulle et, dès lors, le nouvel ordre fut créé. On raconte que le nom de capucins leur fut donné par les enfants de Camerino que la forme de leur capuchon avait frappés comme d'ailleurs il frappait tous ceux qui les voyaient; on leur appliqua même parfois le sobriquet de scappucini « décapuchonnés » parce que ce capuchon était porté sur le dos et non sur la tête.

Bassi, Fossombrone et leurs quelques compagnons s'établirent d'abord dans une petite maison aux portes de Camerino ; une église dédiée à saint

1. Les capucins portaient la barbe longue « en souvenir du Christ et en signe d'austérité «. Bovkrio, p. 168. Dans une Pasquinade, leur capuchon - long et pointu « est compare à la coiffure du diable {Vasquille, p. 102).

Christophe et qui y était attenante, devint leur chapelle; leur nombre s'augmentant, la duchesse leur fit concéder un couvent appartenant à l'ordre de Saint-Jérôme et qui se trouvait non loin, à Colmenzono. Les capucins purent à partir de ce moment mener la vie qu'ils s'étaient proposée; ils allaient dans les faubourgs et les campagnes prêcher les gens les plus grossiers; de très loin on venait les entendre. « Ils prêchaient la sainte Ecriture et surtout l'Évangile, dit leur historien Bernardino de Golpetrazzo, exhortant leurs auditeurs à l'accomplissement de leurs devoirs envers Dieu. » Leur maintien et leur genre de vie étaient conformes à leurs doctrines ; ils s'habillaient d'étoffe grossière, marchaient pieds nus, même en hiver, ne mangeaient que du pain, des légumes et des fruits, rarement de la viande, ne buvaient que de l'eau, s'imposaient des jeûnes fréquents, couchaient sur des planches; leurs demeures étaient en torchis avec des fenêtres étroites et des portes -si basses qu'on ne pouvait entrer que courbé. Leurs vêtements sacerdotaux eux-mêmes devaient être simples, sans ornements. La peste de 1528 montra leur abnégation et le peuple en conserva longtemps le souvenir. En 1530 fut publiée leur première constitution qui leur imposait les règles austères auxquelles ils s'étaient volontairement astreints, elle édictait de plus que le vicaire général devait être changé tous les trois ans; les provinciaux et les gardiens devaient être renouvelés tous les ans. Défense était faite aux moines d'écrire ou de recevoir des

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lettres, de pénétrer dans les cellules les uns des autres sans autorisation, de fermer leurs cellules à clé, de confesser avant l'âge de quarante ans, de recevoir des novices de moins de quinze ans, de se raser, de porter des vêtements trop amples ou trop longs, de posséder des mules, des chevaux, des ânes.... Cette constitution fut amplifiée en 1336 lors du premier chapitre général et modifiée en 1575 conformément à certains décrets du concile de Trente et à des décisions du Saint-Siège relativement à des questions de discipline intérieure*.

Bassi avait été élu général ou vicaire général dans le chapitre tenu à Alvacina mais il se démit de sa charge deux mois après et Fossombrone lui succéda ; aussitôt il se rendit à Rome pour y faire confirmer sa nomination. Cependant la rapide progression de l'ordre, l'adhésion de nombreux observants qui abandonnaient leurs couvents dont la discipline semblait trop relâchée à leurs yeux, inquiétaient les supérieurs. Il n'était pas d'obstacles qu'ils ne missent à l'établissement définitif des capucins. La lutte devint de plus en plus ardente. Fossombrone ne négligeait rien pour attirer à lui les moines observants tandis que le supérieur de l'ordre, Paolo Pisetti, l'attaquait par tous les

1 Leg capucins s'établirent à Rome dans une maison que leur céda le cardinal Andréa délia Valle, leur protecteur, à la demande de Vittoria Golonna; elle était située au pied de l'Esquilin, près de l'église S. Bufemia (1530). En 1534, chassés de Rome comme il sera dit, ils allèrent s'établir près de S. Lorenzo-hors-des-murs puis revinrent à leur premier domicile.

moyens; il amena le pape Clément VII à révoquer tous les privilèges, toutes les autorisations qu'il avait naguère concédés aux capucins (mai 1530). Fossombrone ne se tint pas pour battu; cette décision ne visait pas explicitement la bulle du 3 juillet 1528; il put batailler grâce à cette équivoque et le pape, toujours hésitant, toujours soucieux de ne pas se créer d'ennemis, confia le soin d'éclaircir le litige à une commission de cardinaux laquelle décida, en 1532, que les capucins ne pourraient plus s'adjoindre d'observants mais que ceux des observants qui étaient devenus capucins ne seraient pas inquiétés. L'ordre prit dès lors un grand développement, des maisons se fondèrent dans les Marches, en Calabre, en Sicile, bientôt dans toute l'Italie. De nouveau les chefs des observants entrèrent en campagne; Paolo Pisotti, favorable à une discipline indulgente, voyait tous ceux qui voulaient vivre conformément à la règle stricte l'abandonner et son animosité s'en accroissait; il obtint du pape un bref, publié le 9 avril 1534, par lequel défense était faite aux capucins de recevoir l'adhésion de monastères tout entiers. Bien plus, le pape consentit à bannir de Rome ceux qui s y trouvaient (25 avril 1534) ; ils étaient trente qui défilèrent dans les rues de la ville, deux par deux pour se rendre à l'église S. Lorenzo-hors-des-murs. Vittoria Golonna accourut de Marino, Gaterina Cibo de Camerino pour obtenir du pape qu'il revînt sur un ordre aussi rigoureux et Clément VII le révoqua.

LES CAPUCINS

Paul m, plus libéral, favorisa les capucins. Mais déjà la zizanie se mettait entre eux. Fossombrone et Bernardino d'Asti entrèrent en conflit, le premier soutenu par le pape, le second représentant l'esprit des fondateurs; il y eut des élections cassées, des chapitres annulés; finalement Bernardmo dAsti, que soutenait Vittoria Colonna comme on 1 a dit, l'emporta et Fossombrone fut, malgré ses services, expulsé de l'ordre; d'autre part, Matteo de Bassi, apprenant que défense était faite à quiconque n'était pas soumis au vicaire général des capucins, de porter le capuchon pyramidal, coupa le sien par moitié bien qu'il eût été l'auteur de cette forme de capuchon et rentra dans l'ordre des frères de l'observance; il mourut à Venise en 1S52.

L'austérité de leur vie avait attiré parmi les capucins plusieurs de ceux qui aspiraient à une réforme de l'Église; Ochino entra dans l'ordre et il en devint général en 1538; ce fut un choix dangereux car il voulut lui communiquer son ardeur et en faire un instrument de guerre contre le Saint- Siège; Vittoria Colonna eut plus d'une fois a intervenir pour écarter les décisions trop rigoureuses de la cour de Rome'. Peu s'en fallut que les capucins ne fussent supprimés ou, à tout le moins, incorporés dans l'ordre des frères mineurs après l'éclatante rupture d'Ochino avec Rome. Le pape Paul III penchait pour la suppression;

1. On a vu dans la première partie ^°" '";"^*""°" ^*So les démêlés entre Lodovico de Fossombrone et Bernardino

d'Asti, p. 332.

dans un consistoire qu'il tint à ce sujet cinq cardinaux partagèrent son sentiment mais le cardinal Sanseverino prit chaleureusement la défense de l'ordre et le sauva; toutefois la prédication lui fut interdite et, pour le surveiller de plus près, le pape lui interdit de s'étendre hors de l'Italie; ces interdictions furent d'ailleurs levées plus tard, la première en 1545, la seconde en 1573 à la prière du roi de France Charles IX. Les aventures des capucins n'étaient pas finies. Par la bulle « Pro ea quant », du 28 janvier 1586, Sixte V, reprenant la politique de Paul III et de Jules III, interdit aux frères mineurs de l'Observance d'entrer dans Tordre des capucins; Sixte V, il faut le rappeler, faisait partie de l'ordre de l'Observance.

Comme il ne pouvait manquer d'arriver, les capucins se relâchèrent peu à peu des principes qui avaient présidé à leur établissement; ils répudièrent moins le luxe, non, à vrai dire, en ce qui les concernait personnellement, mais pour leurs églises qui au lieu d'être dépourvues de tout ornement comme l'avait prescrit Bassi, devinrent aussi luxueuses que les autres. Grégoire XIII fit dorer le plafond de l'église des capucins à Frascati. Mais leur œuvre était alors accomplie. Parleur exemple, ils avaient amené momentanément certains autres ordres à plus de simplicité et à un respect plus grand de leurs devoirs; par leurs prédications, ils avaient répandu et fait prévaloir quelques-unes des idées dont l'acceptation était nécessaire à la conservation de l'Eglise romaine.

LES JÉSUITES

LES JÉSUITES

A l'origine, il y eut une ( ertaine similitude de but et de^'moyens d'action entre les jésuites et les théatinsi; leurs fondateurs entendaient pareillement constiUier une milice, un corps d'élite destine à combattre l'hérésie grandissante ; aussi, lorsque Ignace de Loyola, après avoir quitté Pans vint a Venise où il arriva le 8 janvier 1537 et où lUevait se retrouver avec ses premiers disciples, ce fut dans la maison des théatins qu'il prit séjour tout d'abord. Carafa s'y trouvait; le pape Paul 111 venait, le 22 novembre précédent, de le nommer cardinal; il ne s'en occupait pas moins activement des affaires de l'ordre des théatins et surtout de la surveillance de plusieurs hospices qu'un patricien de Venise fort riche, GirolamoMiani, avait naguère fondés et confiés à son activité; Ignace et lui travaillèrent ensemble tant que la divergence de leurs caractères n'eût pas mis la brouille entre eux.

. u.., V,.,- Histoire des Ordres monastiques, Paris, 1121. • v^? n 412 caD LX BôBMER, Les Jésuites, trad. G. Monod. Taris! m'o.Ml;™' PHiL^PSON.'l. contre-révolution rel,g,euse Pars 1884, p. 35, cap. ... ''>*''^û, Erritc., vol. U, P- 13 J.HUBEB. ùs Jésuites, irad. A. ««^'^and Par.s 1817. J- C«É T.NEAU-JOLV, Histoire de la Compagme de J^-^^'J^^^ 561 Le R. p. Carlos Sommervogel, Us Jésuites... de Bome en laoi,

Paris, 1892. Eb Gotbe.m, A.-j - -^ ''Z^'^r;,^:' ^l A Druffel, Ignatius von Loyola an aer lu Munich 1819. G. MoNOD, dans Revue Hutortgue 1916. mars avril, p. 293.

LES JÉSUITES

Ignace avait eu, dans les premiers temps de son séjour, quelques difficultés avec les autorités ecclésiastiques qu inquiétaient son zèle fougueux, le délabrement de son costume, ses discours en public; il en avait, d'ailleurs, été de même en Espagne où deux fois déjà il s'était vu jeter en prison par l'Inquisition et à Paris où il avait failli subir le supplice des verges dans la salle publique

de rUniversité.

Ses compagnons s'étaient rendus à Rome pour solliciter du pape la permission d'accomplir un pèlerinage en Palestine ce qui était depuis longtemps le but de leurs désirs; l'ayant obtenue ils vinrent à Venise et se disposèrent à s'embarquer après que ceux qui n'étaient pas prêtres se seraient fait ordonner; Loyola était de ce nombre (juin 1537). Mais la situation en Orient ne leur permit pas de partir et ils se mirent à prêcher sur les places publiques, puis voyant qu'il leur faudrait renoncer pour longtemps au voyatre de Jérusalem, ils se décidèrent à aller se fixer à Rome; chacun devait prendre une route diverse et méditer en chemin sur l'organisation future de l'ordre que Loyola songeait de plus en plus à fonder; le nom dont on devait l'appeler était déjà trouvé. Comme ce n'était ni une confrérie, ni une- congrégation qu'il s'agissait d'instituer* mais une milice, « une

1. « Que nous soyons, dit Bartoli, dans un sens très strict, un ordre de clercs et pas autre chose, ce que nous avons dit suffit à le démontrer.... Par son Institut, la compagnie n'est point monastique et, comme ordre religieux, elle n'a rien qui ne convienne parfaitement à la cléricature. » Le P. Damello Bart0li,

cohorte ou centurie réunie pour combattre les ennemis spirituels, un corps d'homnctes dévoues entièrement à Notre-Seigneur Jésus-Christ et a son véritable et légitime vicaire sur la terre », il parut à Loyola qu'il fallait l'appeler la « Compagnie de Jésus », dénomination qui lui rappelait, au reste,

ses débuts militaires ^

Le pape accueillit fort bien Loyola et ses disciples

(octobre 1537); il demanda à Loyola d'étudier les moyens de réformer les mœurs du clergé à Rome et permit à Pierre Faber, qui cependant ne paraissait pas très désigné pour ce rôle, et à Jaime Laynes d'Almazan, d'enseigner la théologie à la Sapienza. c'est-à-dire à l'Université de Rome; il laissa libres les disciples de Loyola de prêcher dans les églises; leur fougue, leur manière nouvelle de présenter les vérités évangéliques et de célébrer les vertus

rçnace de Loyola, trad. par le P. J. Terrien, Paris, 1893, vol. 1,

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de la demeure du cirque.

de la foi, Fétrangeté de leur aspect, leur parler même qui était un mélange d'italien, de castillan et de français, attiraient la foule; on se pressait pour les entendre comme, dans le même temps, on courait entendre Ochino et, un peu plus tard, don Basileo qui fut exécuté comme hérétique deux mois après avoir fait l'admiration de la ville. Le succès de leur prédication fut si grand qu'il en parut suspect à ceux qui n'aimaient pas les brusques changements; leurs sermons furent déclarés hérétiques et propres à abuser le peuple; de mars à novembre 1538 une campagne fut poursuivie contre eux. Le pape ordonna une enquête. Loyola, en défendant la cause de ses compagnons et la sienne, fit preuve de son adresse habituelle; il sut discréditer quelques-uns de ses adversaires, prouva que ses intentions avaient été jugées pures lors de ses anciens procès et mit hors de doute la sincérité et l'orthodoxie de sa petite phalange. Le 18 novembre 1538, le gouverneur de Rome conclut son enquête en déclarant qu'il n'y avait rien à leur reprocher. « Jugeant remplir le devoir de notre charge, dit-il, nous prononçons et affirmons que ledit Ignace et ses compagnons, non seulement n'ont encouru ni de droit ni de fait, par suite de ces dénonciations et de ces murmures, aucune note d'infamie mais qu'ils en ont retiré, par la pureté de leur vie et de leur doctrine, un plus brillant éclat. Nous voulons que cette sentence et cette déclaration leur soient un témoignage public contre tous les adversaires de la vérité et qu'elle dissipe

LES JESUITES

tous les soupçons qu'on pouvait avoir conçus contre eux^ »

Pendant la famine qui sévit à Rome durant l'hiver suivant, leur dévouement valut aux jésuites les sympathies populaires ; quelques adhésions nouvelles se produisirent en sorte que la compagnie se sentant appuyée par l'opinion publique, prit corps de façon définitive. Le moment était venu de lui donner une constitution écrite.

Loyola s'appliqua surtout à y fortifier le principe d'autorité; il établit que le général de Tordre, au lieu d'être nommé pour une courte période comme dans les autres congrégations, le serait à vie et que ses pouvoirs ne comporteraient que peu de restrictions; ses subordonnés devraient <K vénérer en lui le Christ comme présent et personnifié » ; il pourrait distribuer les grades à son gré ; une obéissance absolue lui serait due; dans le cas seulement où il voudrait établir une nouvelle constitution, il aurait à consulter le conseil de l'ordre-. Toutefois les droits supérieurs du pape étaient réservés et les jésuites s'engageraient « à consacrer leur vie au service de Jésus-Christ et du souverain pontife » et à obéir « immédiatement, sans excuse et sans hésitation à tout ce que le pape actuel et ses successeurs leur commanderaient pour l'utilité des âmes et la propagation de la foi ». Loyola divisa sa constitution en cinq chapitres et

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