‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 248 sur 470 · D. Bartoli, trad. Terrien, p · texte numérisé non relu

D. Bartoli, trad. Terrien, p

2. Sur les pouvoirs du général, voir Henri Joly, Vie de saint Ignace de Loyola, Paris, 1898, p. 189.

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la fit soumettre au pape par l'intermédiaire du cardinal Contarini ; Paul III chargea le maître du Palais, Badia, de l'examiner et sur son rapport, deux mois après, il l'approuva oralement (septembre 1539). Mais une difficulté s'éleva; Loyola entendait que sa constitution fût reconnue, non seulement de vive voix, mais par un bref, et le pape ne voulut y consentir qu'à la condition qu'une commission de trois cardinaux l'auraient préalablement approuvée; or le plus influent d'entre eux, le cardinal Guidiccioni, dont le pape suivait volontiers les avis, était tout à fait opposé à la création de nouvelles congrégations car il estimait que le nombre en était déjà trop grand et le rôle néfaste; il ne voulut même pas lire les règlements qui lui étaient soumis par Loyola. Les deux autres cardinaux partageaient en partie ses préventions. Loyola dut intriguer; le cardinal Rodolfo Pio, la famille des Contarini, Marguerite d'Autriche, duchesse de Parme, fille de Charles-Quint, intervinrent en sa faveur; le roi Juan III de Portugal également et son ambassadeur à Rome, Mascarenha, s'employa à vaincre la résistance de Guidiccioni. Loyola promit à ses défenseurs trois mille messes.

La résistance des trois enquêteurs fut surmontée et, le 27 septembre 1540, le pape signa, conformément à leurs conclusions, la bulle « Regimini Militantis Ecclesise » par laquelle il ratifiait le texte du règlement que comptaient s'imposer les disciples de Loyola; rappelant leur conduite passée, le pape leur en faisait une règle pour l'avenir. « Ils ont,

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disait-il pour justifier l'autorisation qu'il leur octroyait, prêché en public la parole de Dieu, exhorté les fidèles par des entretiens privés à vivre saintement, longuement médité de pieuses pensées, secouru les malheureux dans les hospices, enseigné aux enfants et aux personnes incultes ce qui leur était utile de connaître au point de vue religieux, en un mot exercé les œuvres de charité et consolé les âmes dans toutes les terres où ils ont porté leurs pas. »

Si le vœu de chasteté n'est rappelé dans ce règlement que par une phrase incidente, l'entière soumission au Saint-Siège est, au contraire, imposée comme condition nécessaire de l'admis-^ sion dans la société : a Celui qui voudra entrer dans notre société, que nous rendons insigne en lai donnant le nom de Jésus, et qui s'apprêtera à combattre sous le signe de la Croix, devra ne servir que le souverain pontife, représentant du Christ sur la terre », disait le règlement dont le pape répète les expressions. Au paragraphe 6, il est de nouveau spécifiée : « Que tous les associés sachent qu'ils devront toute leur vie combattre pour Dieu en restant dans l'obéissance fidèle du pape actuel et de ses successeurs, et qu'ils se rappellent que, ainsi que l'enseigne l'Évangile, ainsi que nous l'apprend la foi orthodoxe et ainsi que le croient tous les fidèles chrétiens, nou devons tous être soumis au pontife romain comme à la tête et au vicaire de Jésus-Christ. » Les membres de l'ordre s'engageaient à lui obéir en

toute occasion en quelque lieu et dans quelque intention qu'il les employât, soit que ce fû chez les Turcs ou « dans ces pays qu'on appelle les Indes ». auprès des hérétiques, des sch.smatiques ou bien des fidèles. « Bien qu'ils n'aient pas de bénéfices et n'en touchent pas les revenus dit le paragraphe 12, les membres de l'ordre devront dire chacun et non en commun, la messe selon les

rites de l'Église '. » j «,

Depuis quelque temps déjà, sans attendre cette reconnaissance formelle, les Jésuites s'étaient mis à l'oeuvre; Loyola était allé, à la demande du pape, réformer un monastère de nonnes qui menaient une vie dissolue; François Xavier de Pampelune qui avait, par ses manières nobles et la vivacité de sa parole, une grande séduction et le castillan Nicolas Alphonse dit Bobadilla du heu de sa naissance, avaient été à Bologne; Claude Le Jay et Simon Rodriguez, furent envoyés à Ferrare où le calvinisme s'était tant développe; le picard Pasquier Brouet et Alfonse Salmeron ïieune homme à cervelle de vieillard », prêchaient à Sienne; Jean Codure d'Embrun et Hozez, bientôt remplacés par l'espagnol Strada que Loyola avait recruté à Rome, attaquaient l'hérésie à Padoue dont l'université avait si fortement contribue au développement des idées nouvelles. Puis Le Jay s'était rendu à Brescia, Bobadilla à Ischia tandis

1 ce privilège avait une très grande imporWnce et fut, comme on verrl sérieusement contestée plus tard.

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que Jaime Laynès d'Almazan suivait le cardinal Rainaldo Farnèse à Parme ; Kodriguez et Xavier s'apprêtaient à partir pour les Indes. Ainsi, dès son début, la compagnie étendait son action et commençait à remplir la mission qu'elle s'était assignée.

Loyola fut élu général et assuma la direction de l'ordre le jour de Pâques de l'année 1341; six membres seulement avaient pris part à l'élection, les autres étant en mission. Le 27 avril, ils firent leur profession solennelle dans la basilique de Saint-Paul-hors-des-Murs et s'engagèrent k conformer leur vie aux prescriptions contenues dans la bulle pontificale; par un serment spécial ils firent vœu d'obéissance particulière au souverain pontife. Comme général, Loyola fit son serment directement au pape tandis que les autres membres firent leur serment entre ses mains.

La bulle d'institution limitait à soixante le nombre des jésuites mais cette clause fut bientôt abrogée par la bulle « Injuncium nobis » datée du 14 mars 1543 et qui précisait l'objet de la société, à savoir la lutte contre l'hérésie. Dès Iots, l'importance de l'ordre alla grandissant, grâce aux faveurs dont il devint l'objet; le 18 octobre 1549, Paul III par la bulle « Licet debitum », accorda à son chef une autorité plus grande et aux membres de nombreux privilèges, droit de dire la messe sur des autels portatifs et en temps d'interdiction, d'administrer les sacrements et de célébrer des obsèques, de ne point payer la dune sur leurs biens, d'habiter

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dans les pays hérétiques, de consacrer des églises et de poser la première pierre à la place des évêques dans le cas où ils se seraient abstenus de le faire pendant plus de quatre mois, de recevoir des confessions, de bénir des parements d'autels; des indulgences étaient accordées aux fidèles qui visiteraient les églises appartenant à la Compagnie. Elle recevait également le droit de modifier à son gré sa constitution à l'avenir et tous ses privilèges étaient déclarés éternellement intangibles; l'ordre se trouvait donc soustrait à toute action coercitive du Saint-Siège et son indépendance devenait complète en théorie.

Les avantages faits aux jésuites par cette bulle furent ratifiés en leur totalité par le concile de Trente, mais le clergé séculier réclama si fortement que le concile revint en partie sur sa décision.

Toutefois le pape Pie V déclara de vive voix que les vœux du concile seraient sans effet en ce qui concernait la Société de Jésus et elle put jouir pleinement de la situation exceptionnelle qui lui

était faite.

Le 21 juillet 1350, le pape Jules III avait approuvé par la bulle « Exposcit », une réforme de la constitution primitive qui n'en modifiait pas Tesprit; deux ans après, par la bulle « Sacrx Religionis » du 22 octobre 1552, le pape étendait certains privilèges accordés précédemment et autorisait les membres reconnus impropres « à travailler dans la vigne du Seigneur » à vivre de leurs rentes ; il donnait en outre le droit au général de conférer

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des grades académiques. Le 7 juillet 1571, le pape Pie V, par la bulle « Diim indefessœ » accorda à Tordre des jésuites, comme faisant partie effectivement des ordres mendiants, les « grâces et privilèges » dont jouissaient ces ordres.

Les jésuites avaient eu de longues et âpres discussions au sujet du généralat à vie d'abord avec Paul IV qui était resté leur adversaire depuis sa querelle à Venise avec Loyola, puis avec Pie IV et Pie V, et ce ne fut qu'au temps de (irégoire XIII qu'ils en obtinrent le rétablissement. D'autre part, il s'était élevé une querelle touchant l'office canonial; le Saint-Siège voulait contraindre les jésuites à chanter au chœur les heures canoniales et ceux-ci, qui tenaient essentiellement à ne pas être assimilés à des moines et qui prétextaient de leurs nombreuses occupations, tentaient de se soustraire à cette sujétion. La question fut tranchée par Grégoire XIII. « Considérant, dit-il dans la bulle « Ex Sedis Apost, j», les fruits immenses que ladite religion a recueillis dans tout le monde à la gloire de Dieu par la propagation de la foi catholique et comprenant qu'il est juste de la maintenir dans son Institut primitif, nous permettons que lesdits religieux afin de pouvoir s'appliquer entièrement à l'étude des Lettres et à la prédication, récitent les heures canoniales non tous ensemble et au chœur, mais chacun en son particulier. » Grégoire XIII autorisa l'ouverture du collège de Rome, et, en outre, celle du collège de Mantoue et de plusieurs autres villes

hors d'Italie. Il permit aux jésuites d'exercer le commerce ^.

Loyola était mort, à l'âge de soixante-cinq ans, le 30 juillet 1556. L'ordre resta deux ans sans chef; en 1558, Laynès fut élu par la congrégation générale.

L'ordre qui, à la fin de l'année de 1544, comptait en Italie deux établissements, en avait, à la fin de l'année de 1554, dix-sept dont trois à Rome et trois en Sicile. En 1680, il en comptera cent vingthuit. D'après le P. Francesco Sacchini, il y avait à Rome en 1561 deux cent-soixante membres dont cent quatre-vingt-dix dans le collège Romain ^.

Les ramifications de l'ordre s'étendaient partout; une maison s'était fondée à Bologne en 1546; à Montepulciano près Sienne, les jésuites avaient entraîné les nobles à parcourir avec eux les rues pour demander l'aumône en faveur des pauvres. Nombre d'Italiens se faisaient affilier, entre autres Bernardino Realino de Garpi, Paolo de Camerino, Antonio Criminale qui alla en Chine, Benedetto Palmia qui entreprit de convertir les étudiants de Padoue, Achille Gagliardi qui, âgé de plus de soixante ans, prêchait trois fois par jour et se faisait le directeur de la jeunesse universitaire à

1. Les bulles accordées par Grégoire XIII à la Sociélé de Jésus sont nombreuses ; elles renouvellent et conforment les privilèges déjà concédés et en ajoutent d'autres. Voir, entre autres, bulles LVIII, LXXVli, GXXXVIII, GXLV. GLXlll, CLXXIV.

2. Historia Soc. Jes., p. 214, n. 59. Le P. Sommervogel rapproche de ces chiiïres quelques autres qui montrent de légères différences.

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Milan, à Turin, à Venise et à Brescia. En Sicile, le vice-roi Vega aidait les jésuites à ouvrir une maison de novices; le P. Domenecchi les introduisit à Messine ainsi qu'à Palerme; le doge de Venise demanda deux jésuites à Loyola lequel lui envoya Laynez qui expliqua l'Evangile de saint Jean pour les nobles et s'efforça de convertir les nombreux hérétiques que le commerce amenait à Venise. Lipomano céda aux jésuites un prieuré et pourvut à leur établissement à Padoue, à Vérone, à Belleme.

Dès 1551, alors que les jésuites vivaient encore dans leur petite maison du cirque Flaminius, le Père Pelletier avait déjà réuni autour de lui treize étudiants^; en 1553, le collège, devenu rapidement important, fut transporté dans un palais ayant appartenu à la famille Frangipane (actuellement palais Pamfili Doria); les classes se multiplièrent; en 1559, une inondation du Tibre causa de grands dommages dans le collège que l'on dut transporter en face dans le palais Salviati; les études y reprirent l'année suivante (1560). Vittoria Talfi, marquise di Valle, nièce de Paul IV, fit don au Collège de quelques maisons voisines. Pie IV lui assura une rente de 1 600 écus d'or. Le collège actuel, Collegium Romanxim^ qui s'élève sur cet

1. Le p. NicoLo Orlandini, Hist, Soc. Jes., Lib. X, cap. 45. Panccroli, Tesori Nascosti di Roma, Rome, 1660. Moroni, Diz. Ecoles., vol. XIV, p. 184. On se souvient que le P. Pelletier joua un rôle dans la tentative de conversion de Renée de France, r« partie, p. 348.

emplacement, fut édifié par l'architecte florentin, Bartolommeo Ammanati; le neveu de Grégoire XIII, le cardinal Filippo Boncompagno en posa la première pierre en janvier 1582 ^ Les cours étaient si suivis qu'à celui de philosophie (jue professait le P. Pereira, assistaient plus de quatre-vingts élèves.

i. Ce fut le pape lui-même, dit Piazza, Opère pie, Rome, 1679. p. 20n.

PONTIFICAT DE PIE IV (25 décembre 1559. — 9 décembre 1565.)

Condamnations. — Saint Charles Borromée et Tacadémie des Nuits Vaticanes. — L'extermination des Vaudois dans le royaume de Naples. — L'ol. libation de la résidence. — Les réguliers.

La joie fut grande à Rome quand on y apprit la mort du pape Paul IV (18 août 1559) car la rigidité de son gouvernement et les erreurs de sa politique étrangère avaient violemment indisposé le peuple qui, au surplus, se réjouissait toujours d'un changement de règne. On racontait qu'un moine, fra. Baccio, à qui Paul IV demandait quel était le moment le plus agréable à Rome lui répondit étourdiment : « C'est quand un pape meurt et qu'on s'occupe d'en faire un autre K » Un peu plus tard, quand mourut Sixte V qui avait tant travaillé à la prospérité de Rome, le premier des conservateurs annonça en ces termes cet événe-

i. Baracconi, / n?oni di Roma, Rome. 190", p. 338,

ment au conseil communal : € Aujourd'hui notre très saint Père le pape Sixte V, a vu son dernier jour, au milieu de l'allégresse générale et chacun

s'en félicitant^, d , „. . ^

Les Romains se sentaient, pendant 1 interrègne, déchargés du joug qui pesait habituellement sur eux et ils usaient volontiers de leur éphémère indépendance. Ils purent cette fois en jouir longtemps puisque le conclave dura cent sept jours. Sans même attendre d'ailleurs que le pape eut rendu le dernier soupir, le peuple s'était précipité au Capitole; il y renversa sa statue, lui trancha la tête qu'on coiffa d'une tiare et qui fut promenée dans les rues de la ville puis on courut aux prisons dont les portes furent forcées; c était l'usage. Les geôles de Flnquisition furent également ouvertes comme il a été dit.

Le pape qui fut nommé le 25 décembre 1559, était tout l'opposé de son prédécesseur et l'on aurait pu croire qu'il allait, au moins en matière d'inquisition, donner satisfaction à l'hostilité que la population avait manifestés contre le Saint- Office. Il n'en fut rien pourtant.

Giovanni Angelo, bien qu'il fût un Médicis, était d'extraction assez humble ; il appartenait au rameau milanais de cette famille ; né en 1499, le jour de Pâques, il n'était entré dans les ordres qu'à vingthuit ans; sa vocation avait été raisonnée comme

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