‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 255 sur 470 · ACADEMIE DES NUITS VATICANES · texte numérisé non relu

ACADEMIE DES NUITS VATICANES

demanda afin, dit-on, de mettre un terme aux sollicitations de sa famille qui insistait pour le marier; toutefois la tonsure lui avait été conférée. Il paraissait sur la pente d'embrasser la vie de dissipation et de plaisir que menaient naguère les cardinaux du temps de Léon X; son palais était magnifique; il avait un nombreux domestique, jouait les mécènes, donnait de somptueux banquets K La pensée lui vint d'assembler autour de lui un cénacle de gens adonnés à la culture de Tesprit et qui sauraient se faire valoir Tun l'autre^; il en choisit quinze environ; un cardinal du même âge que lui, Francisco Gonzaga, qui prit pour surnom infiammato conformément à l'habitude des académiciens; un humaniste, Amalteo, connu pour ses églogues ses épigrammes et ses élégies, qui se fit appeler Sollecito ; Ludovico Taverna, comte de Landriano, depuis évêque de Lodi; Tolomeo Galli et Guido Ferreri depuis cardinaux; Silvio Antoniano, dit le poétin à cause de sa merveilleuse facilité à improviser; enfin l'élite de la société intellectuelle de Rome. On se réunissait plusieurs fois par semaine le soir au Vatican, d'où le nom donné à cette académie; un président, princeps excellentissimus, était désigné chaque mois par le sort; un des membres de la

1. Mat. Curtius lui dédia en 1568 un livre sur Tart de bien manger : De Prandii... Libellus.

2. Bescapè (voir, plus loin) raconte que Borromée voulait s'habituer à parler en public; « par un excès de précipitation, dit-il, il avait coutume de ne prononcer que la moitié des mots .

« République » lui adressait une harangue pour le louanger et lui recommander d'observer et de faire observer les statuts; il répondait en faisant l'éloge de son prédécesseur et en indiquant la ligne de conduite qu'il comptait suivre. A sa sortie de charge, il subissait l'épreuve du syndicat, comme s'il venait de s'acquitter d'une fonction publique, c'est-à-dire qu'il devait justifier, sous peine d'une amende, tous les actes de sa gestion sur lesquels on l'interrogeait. L'un de ses collègues lui faisait de plaisants ou de graves reproches puis l'assemblée votait. Les séances que n'occupaient pas ces joutes oratoires étaient employées à des controverses futiles; on disputait sur la valeur d'un aphorisme : ne quid nimis, — amor di se stesso^ sur le point de savoir si Lucrèce avait été véritablement pudique, si l'argent était chose utile, si le sens de la vue était plus nécessaire que celui de l'ouïe; Amalteo analysait les discours de Cicéron ; il y eut une lutte mémorable entre Caos autrement dit Borromée, eilnfiammento, autrement dit Gonzague, dont l'objet fut de décider si la mort est un bien ou un mal ; les académiciens se partagèrent en Caossini et Infiammati. Ce fut Amalteo qui, en sa qualité de président, eut la mission difficile de décider à qui appartenait la palme de la victoire et il se tira d'un pas si hasardeux en prononçant que « le bien vivre et le bien mourir étant également désirables, l'un et Tautre parti avaient raison ».

Toute institution d'importance possédait en

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