‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 299 sur 470 · LE DÉCLIN DU MOUVEMENT PROTESTANT · texte numérisé non relu

LE DÉCLIN DU MOUVEMENT PROTESTANT

chacun croyait qu'un changement était prochain, ce qui est une raison majeure d'en amener l'accomplissement.

Mais chaque nation et chaque époque façonne à sa guise ou plutôt à son image son idéal divin ainsi que les manifestations de sa religiosité Comme on l'a dit fort judicieusement : « De tous es éléments de la vie sociale d'un groupe humain, a religion est celui qui reflète le plus fidèlement 1 évolution de la pensée, des mœurs et des institutions. » Or l'humeur italienne avait donné à la religion un tour très particulier; la grâce y domine, la terreur en est absente; les tableaux de piété qui traduisent si exactement le sentiment général, n'offrent en Italie que des images souriantes et suaves. Le Christ du Jugement dernier bien qu'irrité, n'est pas sans pitié; il foudroie d uhe mam, mais il accueille et protège de l'autre Au Campo Santo de Pise les cadavres décomposés qu on y voit sont entourés de fleurs. Les délicieux rêveurs qui exprimèrent de façon si délicate et si sincère les émotions de l'âme italienne en face du divin et des secrets de la destinée humaine, Jacopone, saint François, Joachim de Flore, vécurent dans un enthousiasme charmant et indulgent La piété n'avait rien d'austère, elle était presque familière; on traitait d'égal à égal ou peu s'en faut, lés puissances célestes; ôrt honorait les saints mais s'ils manquaient à accomplir les vœux qu'on leur présentait, les objurgations ne leur étaient point ménagées.

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Combien différente était, par exemple, la foi espagnole ! Dans les églises volontairement assombries, les fidèles, tenus à l'écart, ne voyaient les autels qu'à travers des grilles et entourés d'un clergé qui leur faisait comme un rempart; on ne concevait la religion qu'armée et vengeresse ; on réclamait des auto-da-fés qui répugnaient tant en Italie. Les tableaux de sainteté sont souvent pleins d'horreur ou d'une religiosité sombre et

triste.

Dans le premier élan d'enthousiasme, dans l'ardeur des revendications initiales, on ne s'était pas avisé que la conception italienne de la religion et du culte était trop éloignée des vues luthériennes pour qu'elle put jamais s'y accommoder. On avait été conquis par ce que les idées importées d'Allemagne avaient de séduisant, de nouveau, de logiquement déduit et on ne les avait pas trop d'abord approfondies; on écoutait les moines prêcheurs surtout pour les entendre réclamer impétueusement l'abolition des abus; la foule qui les suivait faisait passer au second plan la théorie de la justification si contraire au génie italien et la modification des cérémonies qui supprimait précisément ce qui frappait le plus les imaginations. Survint le concile de Trente qui, sous la pression de nécessités inéluctables, réforma en partie les pratiques contestables et précisa la doctrine. Son œuvre toutefois serait demeurée stérile et, dans ce cas l'histoire religieuse de l'Europe aurait pris un autre cours, si des papes comme Pie V, Gré-

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