‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 300 sur 470 · LE DÉCLIN DU MOUVEMENT PROTESTANT · texte numérisé non relu

LE DÉCLIN DU MOUVEMENT PROTESTANT

goire XIII et Sixte V ne s'étaient rencontrés pour imposer, d'une volonté ferme et tenace, l'application des décisions prises parles Pères du concile. Grâce à eux, TEglise se transforma et elle se transforma d'autant plus rapidement que l'opinion publique attendait et exigeait ce changement. Plus le mal avait été profond, plus surprenante et méritoire en fut la guérison. L'Église du commencément du xvir siècle est tout autre, dans son chef et dans ses membres, dans ses pratiques et dans sa tenue, que celle du commencement du xvi* siècle.

Les protestants ayant eu satisfaction sur ce point, il ne leur resta plus à faire prévaloir que leurs revendications dogmatiques et les réformes liturgiques, et l'on dut constater alors combien peu elles étaient compatibles avec les goûts et les concepts italiens. La prédication diminua d'ardeur et n'eut plus d'écho dès qu'elle manqua d abus à signaler.

L'humanisme, dont l'action avait indirectement favorisé le protestantisme, lui devenait hostile car, au fond, il y avait antagonisme entre eux- le protestantisme détruisait trop de choses à quoi l'humanisme tenait particulièrement K Maintenant calvinistes et luthériens entraient en guerre contre les « libertaires spirituels ^^ ». L'appui des philo-

1. Léon Blanchet, Campanella, Paris, 1920, p. 356 a admirablement fouillé cette question.

2 H. Hau.srr, De Vlhimanisme et de la Réforme.., dans Revue historique, 1897, p. 258.

sophes manqua aussi car la philosophie italienne tendait de plus en plus vers Tincrédulité; elle mettait dans le monde le but suprême de la vie; elle avait été utile au mouvement protestant tant qu'il s'était agi de battre en brèche les doctrines catholiques, mais du moment où le protestantisme entreprit d'édifier un nouveau système, la divergence éclata.

Les sévérités de la justice ecclésiastique ne laissèrent pas évidemment de détacher de la Réforme un grand nombre de ceux qui s'en étaient épris et d'en tarir le recrutement. Or ce fut au temps de saint Pie V que la papauté entra le plus résolument dans cette voie. Les condamnations se succédèrent jusque vers la fin du siècle de façon véritablement effrayante. D'ailleurs le Saint-Siège ne se trouvait-il pas soutenu, environné, entraîné même par les organisations diverses qui s'étaient constituées autour de lui? 11 disposait d'armes redoutables. Les successeurs de Pie V achevèrent, en continuant sa politique, l'œuvre difficile qu'il avait entreprise. Il y eut encore des résistances, des protestations, des sacrifices, mais l'élan était brisé et la masse devint indifférente.

Ceux qui affrontèrent les tourments et la mort n'avaient plus pour eux l'opinion publique.

L'absence de communautés organisées, de pasteurs, fut aussi une cause sérieuse de faiblesse.

LA RÉFORMATÎON DANS LE MANTOUAN

LA REFORMATION DANS LE MANTOUAN

le luthéranisme avait gagné assez tard Mantoue et les bourgs voisins de Viadana et de Gonzaga^; on y discutait pourtant, vers 1541, assez librement sur la puissance pontificale, les'repré- ^ sentations des saints, le jeûne, la confession, le hbre arbitre et la prédestination. Le cardinal Gonzaga, régent du duché pendant la minorité du jeune Francesco, ordonna, le 25 mars 1541, au podestat de Viadana de faire exécuter rigoureusement les ordonnances relatives aux personnes qui manifesteraient en public ou dans le privé des sentiments favorables aux idées nouvelles, même s'il s'agissait de femmes ou d'enfants ; le châtiment était pour une première faute si le délit avait été' commis par un homme et dans l'intérieur d'une maison, « deux coups de corde et 6 ducats d'amende » ; il était de trois coups de corde et 10 ducats si le délit avait été commis en public; en cas de récidive la peine était doublée ; à la troisième faute le coupable perdait la vie ou avait la langue tranchée. Les femmes et les enfants étaient fouettés; les femmes avaient la langue coupée après trois récidives.

D'après un rapport adressé au cardinal, la cause de l'aggravation du mal avait été la présence d'un

i. St. Davari, Cenni Storici intorno al Tribunale delV Inotii^ sizione in Mantova, Francesco Tonelli, Ricerche Storiche. Mantoue, 1798-1800. Volta, Sloria di Mantova, Mantoue, 1831.

Ul réforme en ITALIE. — II, £1

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moine étranger qui était venu résider quelque temps dans une auberge de la ville; il réunissait les partisans des doctrines luthériennes dans une boutique et l'Eglise y était âprement censurée. Le 4 décembre 1543, le cardinal publia une nouvelle ordonnance dans laquelle il témoignait son indignation de voir des artisans assez osés pour discuter les dogmes de l'Église et accroissait les peines déjà prescrites; le produit des confiscations était attribué à l'Église.

Cependant l'hérésie continuait à progresser; c'est pourquoi Gonzaga étendit en 1545, à tout le pays, les prescriptions qu'il avait édictées pour Viadana ; un pharmacien de cette ville et quelques autres personnes furent amenés à Mantoue par rinquisition et obligés d'abjurer; un prédicateur parcourut le pays; à Mantoue, un notaire et un tailleur furent bannis; de même un professeui* de langues orientales et un noble durent s'éloigner.

Toutefois, quand, vingt ans plus tard (1566), le pape Pie V ordonna de faire afficher à la porte de la cathédrale la bulle « Cum primum > qu'il avait publiée le 1" avril, le chapitre n'y consentit qu'à la condition qu'elle ne serait pas traduite en langue vulgaire, car il redoutait que le peuple n'y vît une mesure préparatoire à l'introduction de l'Inquisition romaine. Cette supposition était au reste fondée car le Saint-Siège avait l'intention de l'établir à Mantoue et donna dans cette vue de très sévères instructions au P. Ambrogio Aldegati, inquisiteur. Bien que celui-ci ne fût pas incliné

LA REFORMATION DANS LE MANTOUAN

naturellement à la rigueur, plusieurs citoyens de marque furent presque aussitôt jetés par lui en prison; il fallut que le lieutenant du duc ^ intervînt pour le modérer (avril 1567). Le pape, informé par l'inquisiteur, protesta aussitôt (31 mai 1567); il déclara au duc que, bien que persuadé que cette intervention avait eu lieu à son insu, néanmoins il ne pouvait s'empêcher de blâmer son attitude; il ajoutait que le Père inquisiteur lui. ayant semblé manquer de zèle, soit à cause de son âge, soit parce qu'il était originaire du pays même, il l'avait remplacé par un docteur en théologie, le moine Camillo Campeggio, qui venait de donner à Rome des preuves de son énergie. Il arriva muni de pouvoirs étendus et apportant une liste, dressée d'avance, des personnes suspectes qu'il fit arrêter aussitôt sans consulter les autorités locales, sous prétexte qu'il ne fallait pas leur donner le temps de se sauver; c'étaient entre autres, comme on l'a dit, le procurateur fiscal du duc, son propre secrétaire, un architecte, un ingénieur, un docteur en droit et un docteur en médecine, un employé des écuries ducales, le tailleur du cardinal Gonzaga, son massier, le prieur de l'église de S. Agnese, un chanoine qui faisait un cours public, d'autres chanoines, un épicier, un archiprêtre, plusieurs citoyens de marque et des gens du peuple appartenant pour la plupart à la corporation des por

1. Guglielmo Gonzaga, fi!s de Federico et de Margherita di Guglielmo Paleologo.

teurs de vin et des boulangers. La ville fut en trouble et en alarme (juin 1567). Les dominicains chargés du soin de rechercher les coupables, se diligentaient ; ils firent construire de nouvelles prisons près de leur habitation; le bruit courut même qu'ils comptaient demander aux autres congrégations de la ville de leur prêter les prisons de leurs couvents, tant le nombre des incarcérés devenait grand. L'inquisiteur les animait de son zèle, les pressait d'instruire en hâte les procès; luimême prononçait sentence sur sentence. Dix condamnés périrent par le feu durant le mois d'août 1567. La population parut sur le point de se révolter; il y eut un commencement d'émeute. Le duc fit venir l'inquisiteur et lui reprocha ses procédés, mais celui-ci le menaça des colères de l'Eglise et le duc qui était dévot s'inclina. Néanmoins il envoya à Rome, en octobre 1567, le comte de Sangiorgio, général de ses troupes, avec mission d'insister auprès du souverain pontife cour qu'il ne fût plus opéré d'arrestations dans ses Etats à son insu, ni poursuivi de procès sans qu'un de ses représentants y assistât. Malheureusement, pendant que cet ambassadeur s'acheminait xers Rome, deux dominicains furent assassinés une nuit près de l'église S. Lucia. L'inquisiteur en tira argument pour demander au pape non seulement de repousser la requête du duc, mais encore d'étendre ses propres pouvoirs; le pape, en effet, bien qu'il eût été sollicité par plusieurs cardinaux amis des Gonzaga, accueillit fort mal le représentant du

LA REFORMÀTION DANS LE MANTOUAN

duc après lui avoir fait attendre plusieurs jours une audience et le laissa partir sans lui accorder de réponse à ses sollicitations.

Peu de jours après son retour, arriva à Mantoue le cardinal Borromée chargé par Pie V de suivre les procès d'inquisition et d'amener un rapprochement entre le duc et l'inquisiteur, au profit de ce dernier bien entendu (janvier 1568); Borromée obtint en effet du duc un décret établissant les droits de l'Inquisition (mars 1568). Des abjurations solennelles furent prononcées en présence du cardinal; trois hérétiques impénitents subirent le supplice du feu; « l'odeur fut telle, dit un chroniqueur, que personne ne pouvait sortir de sa maison » ; de longues processions parcouraient la ville accompagnant les condamnés aux églises où on leur lisait leur sentence, et ensuite au bûcher (avril-mai 1568). « C'est l'Inquisition d'Espagne, écrivait le comte Carlo Maffei; toute la ville vit dans l'épouvante. » Un fransciscain osa s'élever en chaire contre la conduite de l'inquisiteur et louer la résistance, pourtant si faible, du duc. L'inquisiteur se plaignit aussitôt au supérieur du monastère et menaça d'envoyer une dénonciation à Rome. Le moine, qui venait de quitter la ville, revint sur-le-champ et, après avoir lu en chaire la lettre de l'inquisiteur, il l'attaqua violemment et dit qu'il y avait sans doute à Mantoue des personnes poursuivies pour hérésie, mais qu'il n'y voyait pas d'hérétiques. Il fut emprisonné. Huit ans plus tard, il payait encore son audace dans les

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prisons dominicaines (1577)! La cour de Rome avait toutefois compris qu'il ne fallait pas pousser les choses à l'extrême et le P. Camillo Gampeggio fut envoyé à Nepi comme évêque (1568). Mais son successeur, le frère Benedetto Erba de Mantoue, fît preuve d'autant de rigueur; le duc d'ailleurs suivait docilement ses avis; il publia le 10 novembre 1569 un décret contre les blasphémateurs où les peines commençaient par 2 écus et allaient jusqu'aux galères et au gibet. En récompense il se vit confirmer par le Saint-Siège l'attribution de la moitié des biens des hérétiques condamnés. Fra Erba fut nommé évêque en 1570 et une série d'autres dominicains lui succédèrent qui marchèrent sur ses traces; les condamnations tant de nobles que d'humbles citoyens, se succédèrent. Les amendes de 100 écus étaient fréquentes; deux chanoines furent envoyés aux galères en 1573 ; en 1575 deux tailleurs durent faire construire à leurs frais la prison où on les enferma à perpétuité; en 1581, un antiquaire, un moine et un médecin sont condamnés. Lorsque le duc Guglielmo mourut en 1587, l'hérésie avait presque disparu et le droit d'employer le bras séculier que son fils Vincenzo accorda à l'inquisiteur ne fut guère invoqué qu'à l'égard des sorcières, des blasphémateurs et des possesseurs de livres défendus.

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LA RÉFORMATION A BOLOGNE

Bologne fut à la fois une ville très dévote et da^s laquelle fleurit abondamment l'hérésie. Le culte des reliques y était vif; on y montrait une joie exubérante quand il en arrivait de nouvelles, par exemple lorsque le cardinal Campeggi fît venir quelques ossements d'une des onze (mille) vierges qui avaient accompagné sainte Ursule à Cologne ; sur les murs des maisons, on voyait des images saintes; à partir de 1546 la ville fournit volontairement au Saint-Siège des subsides pour lutter contre l'hérésie en Allemagne et ailleurs^. Cependant, des hérétiques notoires comme Vermiglio et Mollio plus tard brûlé à Rome, y répandaient librement leurs idées; Mollio eut une controverse publique avec Gornelio sur la justification par la foi et le réduisit au silence; les doctrines des Zwingle étaient en honneur dans la jeunesse universitaire. En 1553, le cardinal Giovanni Alvarez de Tolède, protecteur du collège d'Espagne à Bologne, apprit « qu'on y parlait mal de la foi » ; il imposa une enquête au cours de laquelle il se découvrit qu'effectivement un certain nombre d'élèves étaient de « parfaits luthériens ». Il y eut six mois d'enquêtes et finalement plusieurs con-

1. Antonio Battistella, Il S. Officio e la Riforma religiosa in Bologna, Bologne, 1905. — Archivio Vat. Nunz. Bologna, vol. I, II, m. peu de choses. — Comba, p. 509. Buschbell, p. 188 et suiv.

2. J. Rainieri, Diario di cose seguite in Bologna..., Bologne,

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damnations furent prononcées^ On était si loin toutefois de vouloir bannir les Allemands des universités, qu'en 1564, le pape Pie IV décida que la seule différence qui serait faite entre eux et les étudiants catholiques consisterait à réserver pour ceux-ci les diplômes et les distinctions honorifiques'^ Le cardinal Morone, qui fut légat à Bologne, de 1544 à 1547, se vit même reprocher dans son procès d'avoir favorisé les étudiants allemands. Cependant un des inquisiteurs écrivait en 1558 (15 décembre) au cardinal de Pise : « Un étudiant peut faire plus de mal en un jour que nous ne pouvons en guérir ou en nettoyer en un an. » Ce ne fut qu'au temps de Pie V que l'on commença à sévir contre eux; plusieurs furent emprisonnés, beaucoup prirent la fuite^. L'évêque Tommaso Stella écrivait au cardinal Cervini, le 16 juin 1548, que l'hérésie gagnait chaque jour du terrain et que le mal devenait si grand qu'il se demandait s'il pourrait jamais être réparé. La cause la plus grave des j)rogrès de l'hérésie était à ses yeux la prédication^il suppliait Rome d'intervenir^».

1. En 1588, la congrégation du Saint-Office écrivit à l'inquisiteur (le Milan qu'il devait écarter des écoles publiques les enfants de plus de douze ans qui ne professaient pas la religion catholique mais qu'il pouvait y laisser entrer ceux qui n'avaient pas atteint cet âge, s'ils n'étaient pas accompagnés de parents, maîtres ou tuteurs hérétiques, parce qu'en peu de jours ou de mois leurs maîtres sauraient les faire chang.^r de religion.

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