‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 315 sur 470 · Lettre du cardinal en date du 10 juin · texte numérisé non relu

Lettre du cardinal en date du 10 juin

4. Borromée l'avait envoyé auprès du roi d'Espagne pour y défendre sa conduite. Abbé Sylvain, vol. II, p. 21. Morone,

bref enjoignait au cardinal de procéder à la réforme de l'ordre, lui promettant qu'il gagnerait ainsi la faveur céleste et la reconnaissance du pape. Borromée entreprit donc de visiter les diverses maisons de Tordre, il en fit vendre en partie les biens et y introduisit des éléments nouveaux. Cette fois le gouvernement vénitien prêtait la main au cardinal; le légat à Venise demandait au grand inquisiteur Alessandrino d'insister auprès du pouvoir civil pour qu'il coopérât à l'exécution des réformes imposées aux humiliés et aux prêtres du territoire de Bergame (17 janvier 1568).

Les humiliés en vinrent alors à songer au meurtre du cardinal. Une conspiration fut ourdie entre les principaux d'entre eux; la vente des ornements du culte de l'église Brera fournit l'argent nécessaire pour soudoyer un assassin, le moine Geronimo Donato, surnommé Farina, et lui fournir des armes mais, pris de remords, il s'enfuit jusqu'à Corfou, après avoir dépensé les 40 écus qu'oH lui avait remis; on le rejoignit et il revint; le 27 octobre 1568, il fut introduit dans l'oratoire où priait le cardinal Borromée et, au moment oii l'on chantait le mottet : Tempus est ut revertar ad eum qui me misit, il tira sur lui presque à bout portant. Borromée ne fut même pas blessée

Diz. Erud.y vol. LXXXIII, p. 117. De viia et Rébus gestis.... Carolo a Basilicapetri (Rescapé), Brixen, 1602, p. 34.

1. MoRONi, Diz. Ecoles., vol LXXXIII, p. 107. Farina put s'échapper; il se réfugia en Savoie; l'évêque de Lodi le réclama et le duc le livra dix-huit mois après (24 février 1570). Nunz.

Cet attentat fut cause que le souverain pontife supprima l'ordre par la bulle « Quemadmodum sollicitus » du 7 février 1571 ^ Il comptait à ce moment quatre-vingt-quatorze monastères et seulement cent soixante et dix moines tant ceux qui y avaient été admis se montraient jaloux d'en interdire l'accès aux nouveaux venus.

Les biens que possédaient les humiliés furent partagés entre l'archevêque, les chartreux, les franciscains, les dominicains et d'autres communautés.

Quant aux nonnes humiliées, elles ne furent pas

inquiétées.

Le cardinal Borromée continua sa campagne; le fiscal, le barigel et quelques autres officiers qui avaient tenté de limiter son autorité durent monter sur une estrade dressée devant la grande porte du dôme et là, s'étant prosternés la face contre terre, demander humblement au cardinal de les absoudre (24 décembre 1569). L'année suivante (2 octobre 1570), les chanoines de la Scala furent à leur tour obligés de solliciter son pardon pour faffaire du crucifix; il donna même un si grand éclat à cette cérémonie que le gouverneur espagnol y vit un outrage à son maître et

exigea des excuses.

Des protestations violentes s'élevaient contre le

Savoja, vol. 1, c. 44. Le 25 juillet suivant il était exécuté avec les instigateurs de son crime.

1. JuLii PoGiANi Senensis, Epistolx..., Rome, 1758, vol. IV, p. 215. Les Milanais avaient intercédé en faveur des humiliés.

cardinal. Les calomnies les plus venimeuses circulaient. « On le trouve capricieux, novateur, ambitieux, vindicatif et même cruel, dit un contemporain; il ne lui a pas suffi de causer la mort des humiliés et de ces prêtres qui se sont précipités dans des puits plutôt que de lui obéir, il a fait jeter des nonnes en prison; d'autres ont été mises à mort^... »

Le cardinal Borromée avait fait appel à toutes les milices de l'Église; outre les jésuites qui lui furent d'un grand secours, il employa, comme on la dit, les barnabites^ et les théatins qu'il réclama vers cette époque; ils vinrent au nombre de quatorze; pour les installer Borromée vendit les tapisseries qui lui restaient.

L'arrivée du nouveau gouverneur espagnol (Albuquerque était mort le 21 août 1571), allait lui fournir l'occasion de^remporter d'autres succès.

Requesens ou Hequesnes était venu décidé à empêcher, d'accord avec le sénat milanais, tout nouvel empiétemeut de Borromée en matière de juridiction civile. Défense fut faite à une femme qu'il avait citée à son tribunal, d'y comparaître. D'âpres démêlés s'ensuivirent et l'archevêque

1. Le P. Gaspare Buoati, Historia Universale, publiée à Venise en 1571, liv. VIII, fol. 1046. Le cardinal archevêque y est dépeint sous les plus noires couleurs. En 1587, un an après la mort de Borromée, il publia une addition à son ouvrage.

2. « Vous savez, écrivait-il le 6 août 1567 à Ormaneto, quel grand service le Seigneur Dieu reçoit dans son église des Pères de saint Barnabe et quelle est la protection que j'en reçois à cause de leur vie sans tache et de leurs pieux exercices. » A. Sala, p. 251.

I miiiii^niivtii miTiwi

tmmm.

SALNT CHARLES BORROMÉE A MILAN (iSGS'-lSSi). 361

menaça ses adversaires d'excommunication. Il voulait en finir. c< Quand je considère, écrivait-il, l'ordre que m'a donné sa Sainteté de maintenir mes droits et la volonté bien arrêtée de ces gens de tout faire pour y porter atteinte, c'est merveille que nous ne nous soyons pas heurtés plus tôt » (12 août 1373) ^ De fait, une sentence d'excommunication fut lancée nommément contre le chancelier, implicitement contre le gouverneur. Le gouverneur envoya à Borromée une députation composée de vingt gentilshommes qui devait lui remettre une protestation dans laquelle il était accusé de s'occuper moins de lutter contre l'hérésie qui était aux portes de la ville que de lancer les foudres de l'Eglise contre de bons catholiques. Son château d'Arona fut saisi. Les réunions de pénitents furent interdites; ils eurent défense de porter leur cagoule dans la rue. Bien plus, le gouverneur fît cerner Tarchevêché par des fantassins et des cavaliers et intercepta la correspondance de Borromée tout en ordonnant qu'il fût traité avec égards. Personne n'osait plus porter la croix devant lui quand il sortait.

Mais de son côté le gouverneur, étant excommunié, se voyait isolé dans son palais; nul ne voulait avoir de relations avec lui (septembre 1573).

Le roi d'Espagne, favorable en principe à son représentant, hésitait pourtant à entrer en conflit avec l'archevêque. Requesens fut nommé gouver-

Page 1