Abbé Sylvain, vol. II, chap. xxiv
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neur des Flandres mais il ne voulait pas partir sans être absous; le pape, heureux de mettre fin à cette affaire, lui permit de se faire relever par l'ecclésiastique qu'il désignerait de l'excommunication lancée contre lui; le gouverneur choisit un moine récollet et une messe de réconciliation fut célébrée dans son palais ce qui faillit faire naître une nouvelle querelle ^
Durant quelques cinq ans, l'archevêque et le gouverneur qui avait succédé à Requesens, le marquis Ayamonte, vécurent en bonne intelligence mais, au commencement de 1578, les compétitions entre les deux pouvoirs reprirent avec autant d'animosité que par le passé. Les tendances théocratiques de Borromée ne pouvaient s'accommoder d'aucun pouvoir rival. La lutte s'engagea sur des questions d'étiquette qui avaient alors une si grande et si réelle importance. Le gouverneur occupait une place dans le chœur au milieu des chanoines et des prêtres; ce privilège lui fut retiré; il faisait dire la messe dans son palais suivant le rite romain ; l'archevêque ordonna qu'il n'en fût plus ainsi. Des difficultés de plus en plus graves surgissaient sans cesse. On reprochait à Borromée de citer sans droit des laïcs à son tribunal, d'imaginer constamment de nouvelles réformes, de se montrer d'une rigidité excessive et de créer des
1. L'abbé Sylvain fait remarquer que le chancelier tomba peu après dans une humeur noire et, sur le point de mourir, demanda à se réconcilier avec le cardinal; le gouverneur atteint également par une maladie, sollicita lui aussi le pardon de Borromée.
cas d'exception qui n'étaient pas sans profit pour l'Église. Borromée ne voulait rien entendre. « Je ne prends pas, écrivait-il, mes résolutions d'après des ordres venus d'Espagne ni sur l'exemple de Venise où l'on ignore l'existence de la liberté ecclésiastique » (18 novembre 1577).
Le gouverneur avait organisé des tournois, des jeux et des fêtes pour égayer le carnaval; l'archevêque qui avait, dès le début de son gouvernement, interdit des réjouissances de ce genre, s'éleva contre ces c< désordres » qui, disait-il, pourraient être cause de nouveaux châtiments tels que la peste dont la ville avait eu ,tant à souffrir naguère ^ En réponse Ayamonte décida que ces réjoivissances se répéteraient chaque dimanche du carême; une grande foule y assista le premier dimanche. Borromée promit cent jours d'indulgences à ceux qui, au lieu de s'y rendre, iraient aux églises et les églises à leur tour s'emplirent. Puis il excommunia les organisateurs des fêtes et interdit l'entrée des églises à ceux qui y prendraient part. A Rome on trouvait que l'archevêque abusait des excommunications (1579).
Le concile des Dix ou Sénat rédigea une protestation contenant l'énoncé de vingt et un griefs, et il l'envoya au souverain pontife. Les Dix suppliaient le pape « de bien vouloir mettre fin à tant de scandales et parer à de graves dangers en révoquant les ordonnances de l'archevêque et en
1. Lettre du 22 février 1579. Il n'est pas besoin de rappeler le rôle magnifique que joua saint Charles en cette circonstance.
lit;
restituant à la cité la jouissance de ses antiques coutumes ». Les autres communes du diocèse furent sollicitées de produire également leurs doléances (16 juillet 1579).
Borromée présenta sous forme de mémoire une longue réfutation. Grâce à lui, on ne dansait plus dans les campagnes, disait-il, on s'abstenait de fêtes bruyantes et mondaines et voici que la dissipation était revenue. Ne fallait-il rien faire pour arrêter ces dépravations? La jeunesse et la noblesse ne pouvaient-elles se livrer aux exercices de la guerre loin des villes et à des jours qui ne fussent pas fériés? Que s'il avait ordonné aux hommes et aux femmes de se placer désormais à part dans les églises, c'était en conformité des anciens usages....
Les jésuites se mêlèrent à la querelle et ce fut pour prendre parti contre Borromée! L'un d'eux, le P. Mazarin, un Sicilien, oncle du cardinal ministre, prêcha ouvertement la résistance; il compara le cardinal Borromée à un œuf de Pâques, rouge à l'extérieur et dur à l'intérieur. Une accusation d'hérésie fut lancée contre lui, il dut se rendre à Rome mais on ne put relever contre lui aucune charge, néanmoins ses supérieurs le frappèrent de peines graves. D'une façon générale, les moines et une bonne partie du clergé étaient hostiles à Borromée, et pour cause; il se sentait attaqué sourdement et crut même devoir aller à Rome présenter sa défense. Les Milanais, d'accord avec le gouverneur, envoyèrent
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SAINT CHARLES BORROMEE A MILAN (l565-1584). 365
de leur côté une députation auprès du Saint-Siège. Durant plusieurs mois la discussion se poursuivit et plus d'une fois le pape donna tort au cardinal ; il lui écrivit même pour modérer son ardeur (mars 1580), car Borromée avait promptement regagné sa métropole et repris ses entreprises. Grégoire XIII s'inspirait cependant parfois de son exemple ; c'est ainsi qu'il défendit les tournois non seulement à Rome où Ton n'en faisait guère, mais dans toute la chrétienté.
Le gouverneur Ayamonte mourut à la fin d'avril 1580; dès lors Borromée put exercer son autorité à sa guise; le roi d'Espagne lui prêtait d'ailleurs maintenant son appui sans marchander; quand en 1583 il envoya à Milan comme gouverneur don Carlo d'Aragon, duc de Terranova, il lui aurait dit : « Nous ne t'envoyons pas comme gouverneur de notre province de Milan mais comme ministre de Charles Borromée. »
L'année suivante, en 1584, saint Charles Borromée mourut jeune encore S victime peut-être de sa trop ardente activité.
Au commencement du xvii* siècle, tous les suspects du Milanais, laïque*^ ou ecclésiastiques, devaient être envoyés à Rome par la voie de Gênes et de Civitavecchia. Les condamnés aux galères étaient livrés au roi d'Espagne mais leurs noms et leurs condamnations devaient être com-