‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 376 sur 470 · Cod. Barb., LXXI, 68, p. 5 et suiv · texte numérisé non relu

Cod. Barb., LXXI, 68, p. 5 et suiv

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LA RÉFORMATION EN PIÉMONT

La Réformation eut beaucoup de partisans en Piémont* ; il y avait des siècles que les Vaudois professaient plus ou moins ouvertement leurs opinions dans les hautes vallées où ils s'étaient réfugiés et qui leur offraient un abri presque inexpugnable; ils n'avaient jamais, il est vrai, tenté sérieusement d'évangéliser la plaine mais leur exemple, la lente infiltration de leurs idées avaient prédisposé les esprits aux revendications ainsi qu'aux conceptions protestantes. De Genève, de Lyon, venaient sans cesse des ministres qui parcouraient le pays; les ouvrages qu'on publiait dans ces villes et ailleurs se répandaient facilement. En outre le gouvernement ducal, quoique soumis au Saint-Siège, se montra jusque vers la fin du siècle extrêmement soucieux de ne pas

1. G. Jalla, Storia délia Riforma in Piemonti, Florence, 1914. Gilles, Histoire des Églises réformées du Piémont, Turin, Archivio di Stato Materie Bcclesiastiche. A. Pascal, Stçria délia fiiforma a Çuneo, Pignerol, 1915*

laisser le pouvoir ecclésiastique entamer son autorité Il y a une grande analogie entre 1 attitude du gouvernement vénitien et celle du gouvernement sarde. ... j

Le duc Charles III (1504-1553) avait obtenu du pape Jules II un bref daté du 8 mai 1506, lequel établissait que les juges inquisitoriaux ne pouvalent siéger en Piémont qu'avec Tassistance d un juge de « l'ordinaire . ; le pape Léon X confirma cette décision le 18 mai 1515. Or, jusquen 1580, le mot d ordinaire » fut interprété comme desi-^ gnant un juge civil; ce ne fut qu'au temps du duc Gharles-Emmanuel que le pape Grégoire Xlll publia, le 16 juin 1580, un bref déclarant que le mot « l'ordinaire » s'appliquait à l'autorité diocésaine et qu'on remplaça en conséquence le magistrat civil par un représentant de l'évêque ; le pape décida même .alors que, dans les cas d heresie, le tribunal ne comprendrait que des membres de

rinquisition ^ ^ .

Charles III était peu enclin à favoriser les juges inquisitoriaux car il trouvait que, <^ par leur rapacité envers les riches et leur dureté envers les pauvres »,ils indisposaient les esprits et irritaient les colères bien plus qu'ils ne triomphaient des indécisions; il chargeait même son représentant à Rome, le 8 mai 1515, de déclarer au souverain pontife que, si ses États étaient infestés d hérétiques et de sacrilèges, la faute en devait être

1 G Jalla, Storia délia Rifovma in Piemon^e Florence, 19U, Gilles, Uislolre des Églises réformées du IHémont, Gene.e, 1644.

La RÉFORMAtlON EN PIÉMONT.

Imputée à leur conduite. La Réforme ne trouva donc pas en lui, quand elle fut introduite dans le duché, un adversaire décidé à user d'extrême rigueur et Luther put se flatter qu'il penchait pour ses idées. Le 7 septembre 1523, il lui écrivait Une longue lettre lui exposant les principes et le but de la Réforme protestante et contenant ces mots : « Le bruit est venu jusqu'à nous que le duc de Savoie est favorable à la véritable religion. » C'était lui en demander trop. La vérité est que la politique du duc et de ses successeurs fut de ménager le Saint-Siège sans s'aliéner, pour diverses raisons qu'on verra, l'élément très nombreux qui réclamait des changements.

Clément VII, dans un bref daté du 3 septembre 1525^ félicite le duc de son dévouement à rÉglise et l'encourage à user de justice sommaire et à punir les complices des hérétiques; il lui rappelle que ceux qui se refusent à rentrer dans le devoir doivent être considérés « comme des membres pourris et séparés de TÉglise ainsi que de la communion des fidèles, lesquels ont le droit de s'emparer de leurs biens et de réduire leurs corps en servitude perpétuelle ». Ceux qui voudraient renoncer à l'hérésie devaient tout d'abord faire une abjuration solennelle et donner des gages de la sincérité de leur foi.

Le 4 juin 1529, il l'invite à donner tout son appui à son représentant Jacobo Lanceo^.

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