Tacchi-Venturi, p
LA REFORMATION EN PIEMONT
quée du roi François I" son pèr&; il ne paraît pas toutefois qu'elle ait siégé. En fait un contemporain affirme que l'on ne voyait dans tout le pays que colporteurs et vendeurs de livres venant de Genève et d'Allemagne, que seule la ville de Turin résistait aux entreprises des prédicateurs qui accouraient des Vallées et du reste de l'Italie, et que Tesprit de controverse était partout. Aussi un édit de décembre 1549 défendit les livres non approuvés en Sorbonne et le Parlement entreprit, avec l'assistance du nonce, une série de procès. Mais les Piémontais étaient opiniâtres en leurs idées ; la violence les poussait à la résistance : les Vaudois surtout faisaient preuve d'un indomptable attachement à leurs doctrines, dès quoi le roi s'irritait; il mandait à ses représentants en Piémont c< qu'il ne faisait pas brûler les luthériens par tout son royaume pour en avoir une réserve dans les Alpes » . Le 27 juin 1550 un nouvel édit interdisait l'introduction en Piémont et la possession de livres non approuvés par la Faculté, de traductions et de commentaires de la Bible publiés depuis moins de quarante ans, d'œuvres des Pères de l'Eglise annotées; la vente des bibliothèques de personnes décédées, était également interdite à moins d'autorisation spéciale.
En 1551, le duc ordonnait aux magistrats civils d'agir « forti manu et armata ».
Le Parlement seconda cette politique; les condamnations se multiplièrent. Mais, loin de diminuer, la « peste hérétique » ne faisait que s'étendre;
des villes comme Cuneo comptait plus d'hérétiques que de catholiques. Un grand nombre de Piémontais, redoutant les persécutions, mais inébranlables dans leur foi, s'expatrièrent; la colonie italienne de Genève s'accrut rapidement; on pourrait suivre sur les registres des « habitants de Genève » et sur ceux des immatriculations d'étrangers parmi les citoyens genevois, les progrès du protestantisme de même que les variations de la répression catholique en Piémont et en Savoie.
L'adoption par les Vaudois de la discipline ecclésiastique et leur adhésion à la Réforme que des décisions antérieures avaient d'ailleurs préparées (1558), donnèrent une force nouvelle au protestantisme piémontais. Le médecin Alosiano de Busca était en droit de faire aux souverains d'Allemagne, dans la lettre qu'il leur adressa le 13 avril 1559, un tableau très encourageant de la situation de leurs coreligionnaires aussi bien à Turin que dans le reste du pays. « Dans les vallées de la province de Piémont, dit-il, et dans les montagnes oii le saint Evangile de notre Seigneur est prêché sans crainte des adversaires du Christ, il y a trente ministres qui portent la parole de Dieu ouvertement et sans aucune dissimulation et quarante mille âmes fidèles. Il n'y a pas de ville dans cette contrée, il n'y a presque pas de lieu où ne se trouve une église de Christ cachée ou publique.... Il existe à Turin une grande église de Christ et un ministre^ va de maison en maison
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prêchant secrètement. Dans cette ville, un grand nombre de fidèles appartiennent aux premières familles de la bourgeoisie et de la noblesse ; il s'en trouve même plusieurs parmi les membres' du Parlement, les jurisconsultes et les médecins. Mais, à l'exemple de Ponce-Pilate, crainte de perdre leurs biens et leurs charges, ils condamnent souvent au bûcher les Justes. A Chieri, un grand nombre de fidèles se réunissent pour prier, pour lire et pour écouter la parole de Dieu*. Dans les rues et sur les places, ils s'entretiennent de la religion chrétienne sans la moindre crainte et ont des discussions avec leurs adversaires^: » Ce fut dans ces conjonctures que la France dut abandonner progressivement le Piémont, après vingt-trois ans d'occupation, et que Emmanuel-Philibert, qui avait succédé à Charles III (1553-1580) prit possession de ses États héréditaires^.
Le nouveau duc avait épousé en 1559 Marguerite de France, fille de François P"* et de Claude-^; orpheline de sa mère dès sa première année, elle avait été élevée par Marguerite de Navarre; aussi la disait-on fort encline aux idées nouvelles^ € Personne ne doutait qu'elle ne fût tout à fait de
i. Chieri était alors une ville presque aussi populeuse aue Turin.
2. Bulletin de la Société d'Histoire vaudoise, n. VII, 1890, p. 43, art. Vinay. Cf. Gilles, Histoire des Églises réformées du Piémont, Genève, 1644. Teofilo Gay» Histoire des Vaudois. Florence, 1912.