Vat. Nunz. Venezia, yo\. 1, c
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la ville mais toute la Vénétie en rumeur; j'en ai une honte qui ne peut s'apaiser. Je lui ai fait des remontrances de vive voix et en avais obtenu la promesse qu'il cesserait ses scélératesses; il m'avait même demandé pardon et promis qu'il irait vivre à Rome ; mais sa vie continue à causer autant de scandale. Voici un exemple de ce qu'il ose faire : une pauvre femme de Brescia avait un fils prisonnier à vie et se lamentait de son sort; un complice de l'évêque vint la trouver et lui dit qu'on pourrait le sauver, en prouvant par exemple qu'il était prêtre avant d'avoir accompli son crime ; il ajouta que, moyennant 50 ducats, il lui serait délivré un faux bref; comme la femme ne possédait pas cette somme, il se contenta de 10 ducats et lui remit un bref portant la date de l'année 1530 ; il se trouva que cette date ne convenait pas, alors il la modifia pour Tannée 1526 et reçut 8 ducats. Le coup fut d'ailleurs manqué, car le cardinal évêque de Brescia, qui se méfiait des friponneries de l'évêque, découvrit le faux. U en résulta même que le prisonnier fut condamné à mort et n'obtint la vie sauve qu'en acceptant la charge de bourreau. Sa mère vint me demander justice. J'aurais vivement souhaité qu'il prit la fuite ou allât dans les terres de l'Église afin que Sa Sainteté en disposât sans scandale, mais il est venu ici à Venise où j'ai pu le faire arrêter secrètement et maintenant il se trouve dans les prisons du palais ducal; on le retient au nom de Sa Sainteté, car j'ai dit que c'était par son ordre que j'agissais. La Seigneurie
et tout le pays sont enchantes ; on a appris par ce moyen que les mauvaises et scélérates actions que commettent certains évêques ne doivent pas être imputées à Notre-Seigneur ni à ses nonces, mais à leur nature dépravée... »
Aleandro n'était pas au bout de ses stupéfactions; révoque s'avisa de sacrer un quidam dans sa prison! « Je ne l'aurais jamais cru, ajoute Aleandro, si je ne l'avais pas vu. Chaque jour, les révélations sur ses ribauderies pleuvent. » Pour plus de sûreté, il l'avait transféré dans le monastère S. Salvatore, mais il n'était qu'à demi rassuré et pressait le cardinal Giacomo Salviati, chef de rinquisition, de faire expédier au plus tôt par le pape « un bon bref » aux moines de ce monastère pour qu'ils le tinssent étroitement captif.
L'année suivante, le 24 juin 1534., le nonce revient sur les méfaits de cet évêque qui était, assuret-il, « le plus fallacieux des hommes ». « Quand il veut prêter un faux serment, dit-il, il met la main sur sa poitrine après avoir eu soin de placer sous ses vêtements une laitue ou un chou ; de la sorte il peut dire ensuite que son serment ne valait rien puisqu'il avait juré sur un légume. » « La malheureuse cité de Veglia, n'a. pas chance, écrit-il, car le successeur de cet évêque ne vaut pas mieux. » Cet évêque, Giovanni Rosa, était-il aussi coupable que le pensait Aleandro? Il venait d'être intronisé deux ans auparavant, en 1531, et resta en fonctions jusqu'en 1550. A moins qu'on ne se soit montré extraordinairement indulgent à son égard, il sem-
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blerait donc qu'il ne fut pas jugé indigne de son ministère.
Il était des évêques qui louaient les biens de la mense épiscopale à des exploitants dont l'unique souci était de pressurer leurs tenanciers. L'évêque de Rossano, dans la province de Cosenza, en usa ainsi ; ses tenanciers se plaignirent ; il fit si peu de cas de leurs doléances qu'ils s'adressèrent au gouverneur de Rome; une enquête fut ouverte en février 1538 qui amena la constatation de nombreux faits de violence et surtout d'immoralité à la charge du représentant de l'évêque qui était un prêtre ^.
L'évêque de Côme, Cesare Trivalzio, dut quitter brusquement son diocèse 2. Ses panégyristes ont affirmé qu'il avait été victime de ses sympathies françaises^; cependant il ne semble pas que l'empereur Charles-Quint l'ait eu en particulière aversion. De nombreux témoins qui déposèrent au cours d'une action intentée contre lui par l'avocat fiscal à Rome, affirmèrent que l'évêque avait falsifié un bref de
1. Rome, Achiv. di Stato, Investigationes, voL X, fol. 14. Jusqu'à l'époque où les tribunaux du Saint-Office commencèrent à fonctionner et connurent de toutes les aflfaires relatives aux manquements des prêtres à la morale ou à la foi, les interrogatoires des témoins étaient du ressort du gouverneur de Rome et les minutes s'en trouvent dans l'Archivio di Stato « Investigationes ». Mais les pièces des procès instruits devant le tribunal du Saint Oftice demeurèrent dans ses archives qui, pour des raisons diverses, ne sont pas
accessibles
2. Rome, Archiv. di Stato, AtliGov., Sec. XVI, Prot. 3, fasc. 4.
3. Le 12 décembre 1519, François l'M'avait subrogea l'évêque de Plaisance, Gomez de Tolède, comme sénateur clerc de Milan. Il lui avait également accordé des lettres « de naturalité ». Actes de François /«% vol. V, p. 493, n*^ 17211; vol. VIII, p. 693, no« 32.886 et 42.893.
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Clément VII relatif à une abbaye de Côme rapportant 1 .000 écus par an et dont son oncle, Scaramuzzio Trivulzio, avait eu jadis le bénéfice. Ce fut lorsqu'on découvrit la falsification du bref que l'évêque prit la fuite ; il partit secrètement, à cheval, avec trois compagnons seulement, sans prévenir même son majordome. Un des témoins affirma, dans son interrogatoire du 20 mai 1535, qu'il avait vu chez Tévêque quand il avait diné chez lui, beaucoup d'argenterie, coupes à pied, plats dorés, vases et surtouts dont on affirmait que l'évoque avait emporté la majeure partie en s'en allant. Le 11 juin suivant, Nicolao Rentius, « secrétaire du roi de France », assura avoir tenu en main le bref, auquel il ne manquait que le sceau qui y fut apposé plus tard. Quelle fut la sanction de cette enquête, on ne le sait, les archives du gouverneur de Rome ne contenant que les minutes des interrogatoires, mais c'est beaucoup déjà que l'autorité ecclésiastique ait cru utile de procéder judiciairement contre Tévèqueet ait accueilli de telles accusations.
Il mourut à Rome en 154^8.
L'évêque Camillo Peruschi se trouvait, le G septembre 1551, dans une maison de banque en costume sacerdotal!; il se prit de querelle avec un client qui venait retirer son argent et le traita de fou, celui-ci lui répondit qu'il mentait par hi gorge et voulut lui donner un soufflet, mais l'évêque ayant fait un mouvement de recul, il ne put que le