RocouAiN, vol. IH, p
MŒURS DU CLERGE
Le chroniqueur Infessura assurait alors qu'on aurait eu peine à trouver un prêtre ou un membre de la Curie qui n'entretint pas une concubine et Gilles de Viterbe, général des ermites de Saint- Augustin et plus tard cardinal, dit dans son Historia XX Sœcidorum que depuis ce temps le clergé fut profondément corrompu ^.
La licence des derniers pontificats du w® siècle avait aggravé le mal ; le luxe de la cour de Léon X et l'exemple de quelques-uns de ceux qui la composaient, firent le reste.
Le concile de Latran s'était efiorcé de réagir. Le 5 mai 1514, à la IX® session (séance solennelle), Antonio Pucci fit une harangue contre les mauvais prêtres dans laquelle il stigmatisa leurs déportements; par cent trente voix contre dix les membres du concile l'approuvèrent et la bulle « Super- 7133 dispositionis », qui fut la conséquence de ce vote, régla en quarante-cinq articles les prescriptions auxquelles devaient désormais se soumettre les ecclésiastiques 2.
Mais Léon X ne tint aucunement la main à leur application et il en alla comme auparavant. En 1532, Clément VII rappela au clergé, à la prière
1. viEx eo cœpium tempus est sacris non numinis sed nummi, non saluiis sed voluptatis ». « La dépravation des mœurs avait fait de tels progrès dans le clergé que des voix nombreuses s'élevaient en faveur du mariage des prêtres», dit Pastor {Histoire des Papes y vol. V, p. 170).
2. Mansi, Sacr. Conciliorum nova et amplissima Coll., Florence, 1757-1798, vol. XXXII, col. 887. Pastor, Hist. des Papes, trad., vol. X, p. 281. La bulle Supernx dispositionis est du 5 mai 1514. Voir p. 416 ce que dit à ce sujet le cardinal Contarini.
n CAUSES DU DÉVELOPPEMENT DE LA RÉFORME.
de Caterina Cîbo, qu'il devait s'abstenir de blasphémer, de jouer, de porter des vêtements courts, de mener une vie dissolue ^ 11 en fut de ces injonctions comme des précédentes.
Un proverbe lombard disait : « Si tu veux aller en enfer, fais-toi prêtre 2. »
Le séjour de Rome passait pour si pernicieux que lorsque le jeune cardinal Giovanni de Mèdicis, le futur Léon X, fut sur le point de s'y rendre, en mars 14.92, son père Lorenzo crut devoir le mettre en garde contre les dangers qu'il allait courir; après les avoir énumérés longuement, il conclut avec tristesse qu'il lui sera bien difficile de les
éviter^.
Le fameux Aleandro, dont la vie fut si édifiante
dans sa seconde moitié, éprouvait une grande appréhension pour lui-même quand il allait à Rome qu'il qualifie de Babylone, et elle était d'autant plus justifiée qu'il lui arriva plus d'une fois de succomber aux tentations qu'offrait trop abondamment la ville pontificale ; il en fait un aveu non déguisé dans son autobiographie en employant toutefois dans ces passages la langue grecque 4.
1. Le Plvt, Monumentiim ad Illst. ConciliiTridentini, Louvain,
1 "RI 1788 vol II»
\ Tacchi Ventuiu, p. 19. Fontana, Doc. Vat., dans Archiv. Soc. Rom rfi67or. Pa«., vol. XVI, an. 1892, p. 129. 3. G. Capponi, Storia délia Repuhblica di Firenze, Florence,
1875 vol. H, P- 528.
4 'abbé J. Pvquier, Jérôme AUandre, Paris, 1900, p. 127 et suiv p 347. Lettres familières, p. 125 el 131. IIknri Omont, Journal 'autobiographique..., Paris, 1895, p. 9 et suiv. L. Dobkz, Une Lettre de Gilles de Gonrmont, Pans, 1898, p. 30.
MŒURS DU CLERGÉ
Évoquait-il plus tard ces aventures comme une mortification et pour se fortifier par le souvenir de sa faute ou bien goùtait-il à se les rappeler un certain charme et en tirait-il un peu vanité? Les mobiles des actions humaines sont si complexes et si contradictoires que tous ces sentiments se trouvaient peut-être réunis. Quoi qu'il en soit, elles montrent de combien de périls étaient assaillies même les âmes les plus fermes.
Du sommet de la hiérarchie ecclésiastique jusque dans le bas clergé, parmi les réguliers comme parmi les séculiers, la méconnaissance des devoirs même les plus impérieux qu'impose le sacerdoce, était fréquente et souvent complète ^
Le cardinal Benedetto Accolti, élu par Clément VII en avril 1527, était un débauché et un criminel; il l'avait montré pendant sa légation à Ancône qui aboutit à un procès à la suite duquel il fut incarcéré au château Saint-Ange pour avoir fait décapiter cinq gentilshommes, commis des extorsions, scandalisé le pays par ses débordements. Au cours d'un autre procès qui eut lieu à Rome, en 1535, un des témoins déposa qu'il disait rarement la messe, qu'à Lorette il avait communié sans se confesser et tenu à table des propos sacrilèges, affirme que la colère de Dieu et la sienne n'étaient qu'une seule et même chose, et proféré des blas-
1. Il en était de môme en France. Voir Imbart de la Tour, Les Origines de la Réforme, Paris, 1905-1909, et Renaudet, La Préréforme.
phèmes qu'on ne peut rapporter contre Jésus et la Vierge. Il exilait les maris et les frères des femmes qu'il convoitait. On le voyait sortir vêtu d'un costume laïc de velours. En revanche, un jour qu'un troupeau de vaches qui lui appartenait, arrivait à Ancône, il se rendit à sa rencontre avec son clergé et la croix, entouré de tout l'appareil d un
légat'. . .
Tout ce que l'envoyé vénitien Soriano pouvait dire de la plupart des cardinaux élus par Clément VU était : « Ce ne sont pas des saints, mais je puis en parler honorablement comme de seigneurs qui vivent en vrais et dignes gentilshommes-. » . . ,.
Les évoques donnaient la consécration à n importe qui, à des enfants do seize ans^, dit le cardinal
1 F CosTANTiw, n cardinal di Kavenna al Governo di . ; p!Lrn 1891 - Archiva diSlato, Home Atli del Gover-
■''"lri53T.'544 k?ch ;. "t^^^^^^^^^^^ XIV, vol. VUI.fol. 71.
dans le cor ijiano (liv. II, § 10) d'un jeune cardinal qui, se sentant acile emmenait dans son jardin tous ceux qui venaient le vo^r même s™ "es recevait pour la première fois et, es ayant fa l mètt'rren chemise comme lui, luttait avec eux à qui sauterait le m^ùx I^s interlocuteurs du Cor%iano ne se montrent d ailleurs
ii„™«„t «randalisés au récit de cette gammerie. "I^e concTe de T^^ décida, par le décret du 15 juillet 1563, aue les évéques seraient tenus de donner la consécration euxmêmes quTne conféreraient jamais la première tonsure à des Ssn? à des personnes qui ne la sollicitaient que pour se soustraire lia juridiction civile. Aucun clerc ne pouvait recevoir de bénéfice avint d'avoir atteint l'âge de quatorze ans Pallavicni, Yol 11 p. 817. Donc tout cela se pratiquait auparavant
Le concile dans sa XIV« session, cap. vi, el dans sa XXI b session, cap I avait pris des décisions à l'égard des prêtres illettrés et des prêtres concubinaires.
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Carafa dans son rapport au pape Paul III (1532). Les dispenses d'âge se vendaient quatre écus à Rome. Le légat de Pérouse, Ascanio Parisani, écrit qu'un canonicat destiné à des nobles ou à des clercs ayant obtenu une haute situation dans la hiérarchie, fut attribué, sur la recommandation d'un joueur de luth du pape, au bâtard d'un cordonnier, lequel avait fort mauvaise réputation. Aussi arrivait-il que des prêtres dénaturaient les dernières volontés des mourants.
A l'occasion de la nomination de son ami Pietro Lippomani, comme évêque de Bergame, en 1516, le futur cardinal Gasparo Contarini composa à son intention un traité De officio Episcopi^ dans lequel il commence par rappeler le rôle de l'évêque chargé d'instruire et de diriger ses ouailles, de veiller sur leurs mœurs en leur donnant l'exemple d'une vie sans tache, d'assurer leur bonheur : « Il doit chasser de son cœur l'avarice, la haine, l'ambition, les voluptés que procurent le boire, le manger et les choses de l'amour; se montrer tempérant dans son langage, et s'abstenir de la colère, se faire le défenseur des femmes et des enfants. » A ce propos, Contarini cite Platon et les péripatéticiens, unissant ainsi les deux philosophies entre lesquelles se partageaient, non sans aigreur, ses contemporains. « Rien n'est plus convenable, écrit-il, qu'un certain déploiement de luxe chez un
1. Publié dans ses œuvres par son neveu Luigi Contarini, à Paris, en 1571. Ce manuel du parfait évêque est à comparer avec celui du parfait cardinal, public en 1510, parCouxESE, De Cardinalatu.
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prince, rien de plus indécent chez un évêque; il lui faut s abstenir d'une riche argenterie, d'une nombreuse domesticité, des repas plantureux, des meubles luxueux. Puisque les beaux ornements les vases superbes, les demeures fastueuses sont réservés à Dieu, comment l'évêque en posséderaitil aussi sans oublier ses devoirs envers les pauvres? » Mais ces excellents conseils ne furent guère
entendus.
La conduite de l'évêque de Vegha en Vénetie scandaHsait le nonce AleandroU juste titre. « J ai à vous parler, écrit-il le 24 mai 1533, d'un ribaud et néfaste évêque afin que, ayant expédié la matière des moines, je passe à celles des prélats de mon rang. U avait accompli des infamies à Rome avant le sac et a profité de cette occasion pour s'enluir; ainsi cette homme qui avait contaminé cette ville, de mille et mille façons, au temps de sa félicité, s^est trouvé sauvé par sa ruine. Il a soulevé tout le pays contre lui; n'ayant pas de demeure fixe, il ne vit que dans les tavernes et les mauvais lieux, avec des voleurs; il a fait quantité d'ordinations abominables et iniques, choisissant des larrons, des assassins et des malfaiteurs. Sa Sainteté verra les procès qu'on pourra lui faire, il ne pourra s'empêcher de l'envoyer aux galères ou au gibet II a tous les vices. On a découvert plusieurs bulles forgées ou antidatées par lui. Enfin dansla semaine de Pâques, il en a fait une qui a mis, je ne dis pas