Albanese, p. 1S
516 l'ROGRÈS ET EXTINCTION DE LA RÉFORME.
que Marie avait eu d'autf^es enfants, qu'il n'existait pas d'anges, qu'il n'y avait qu'un diable unique celui de la chair qui tenta Eve, que seuls les élus seraient ressuscites, que l'enfer était le tombeau. Les anabaptistes se partageaient en plusieurs sectes, les modérés qui n'acceptèrent pas la première proposition, les exaltés et un parti intermédiaire. Ils étaient merveilleusement organises au point de vue de leur protection ; la nouvelle des arrestations imminentes leur était apportée par des voies mystérieuses; ils connaissaient les décisions du Conseil des Dix avant qu'elles fussent publiques et savaient se ménager un accès auprès
des prisonniers. ,.t •
A la demande du légat ou du chef de 1 Inquisition le gouvernement vénitien se résolut à sévir contré eux; ordre fut donné aux gouverneurs des provinces d'agir; l'instruction des procès devait se faire sur place ou dans la métropole. Les plus exagérés furent plus particulièrement atteints; pour les modérés, ils continuèrent au contraire à faire des prosélytes.
La divinité du Christ était la pierre d achoppement et de scandale de la secte. Manelfi raconte qu'ayant été, en 1551, à Vérone avec un groupe de vingt-cinq personnes aussi convaincues que lui, pour y établir une communauté, il échoua par suite d'une divergence sur ce point capital. Les anabaptistes moraves, qui formaient un groupe compact et puissant et qui aidaient de leurs subsides et de leurs avis leurs coreligionnaires
LA. REFORMATION A VEMSE.
italiens, députèrent Giulio Gherlandi pour recommander aux anabaptistes vénitiens de ne point persister dans l'erreur relative à l'humanité du Christ qui avait malheureusement triomphé au concile de 1550; il fut écouté et grâce à ses avis, le nombre des anabaptistes vénitiens continua de s'accroître.
Gherlandi fut arrêté en 1561; il était prêtre; il fut dégradé et condamné à mort l'année suivante. En prison, il se rencontra avec un autre propagateur des doctrines anabaptistes, Francesco délia Sega; c'était un jeune homme de vingt-neuf ans qui, depuis quelque temps déjà, s'appliquait à faire des disciples en Vénétie, en Istrie et même en Moravie; Tlnquisition l'avait fait emprisonner avec vingt de ses compagnons à Capo d'Istria ; il ne devait être jugé et condamné que quatre ans plus tard, en 1565.
La secte déclinait alors et ne tarda pas à disparaître en Vénétie; pourtant le légat, Fachinetti écrivait au cardinal Alessandrino à la date du 15 février 1567, qu'on avait appris la présence de huit anabaptistes à Padoue; trois d'entre eux qui avaient fui à Venise venaient d'v être arrêtés ; deux ne niaient pas la virginité de la Vierge mais se refusaient à reconnaître la suprématie du pape ; l'un était jeune et implorait son pardon, l'autre âgé et valétudinaire; celui-ci se montrait fort endurci ; comme c'était son propre frère qui l'avait dénoncé et à cause de son âge, il fut condamné seulement à deux ans de prison mais « bien dure »
et telle, dit le nonce, qu il ne puisse la supporter jusqu'au bout; auparavant ils avaient été Tun et l'autre exposés au pilori avec Vhabitello, c'est-àdire le manteau jaune; la foule amassée autour d'eux demandait qu^ils fussent brûlés ou noyés
(mars-avril 1567) ^
La première assemblée des anabaptistes fut peut être la cause qu'en cette même année 1550. le nonce obtint la suppression des assemblées religieuses des protestants qui avaient été tolérées jusqu'alors.
Quelques procès firent bruit, entre autres celui de Bartolomeo Fonzio. Déjà cité une première fois en 1537 devant l'Inquisition, il avait réussi à se disculper; durant deux ans, de 1548 à 1550, il professa dans une école de Padoue; ce fut là qu'on l'arrêta; son procès dura quatre ans; dans un catécbisme qu'il avait rédigé, l'Inquisition releva quarante-quatre chefs d'hérésie; le cardmal Peretti, le futur Sixte-Quint, instruisit l'affaire; toute la ville était en émoi, une députation fut même envoyée au Sénat pour le supplier d'intervenir. Ponzio admettait la plupart des dogmes catholiques, excepté l'adoration des saints et les
sacrements.
Ses doctrines furent soumises au prieur Camillo Spiera lequel condamna entre autres cette maxime <ï que l'on doit adorer Dieu dans l'esprit et dans
1. Nunz. Yen., vol. III, col. 67, 16; vol. IV, col. l. Voir p. 47.
LA REFORMATION A VENISE
la vérité » car il considérait qu'elle soustrayait les fidèles à l'autorité de l'Eglise. On lui imposa d'abjurer (16 juin 1652); il s'y refusa; il écrivit même une lettre au tribunal attestant qu'il maintenait ses opinions; en conséquence il fut condamné à être étranglé dans sa prison, mais on lui appliqua la peine habituelle et il fut noyé de nuit au Lido^
Toutes les classes de la société, même les plus humbles, participaient au mouvement réformiste.
Le 2 juillet 1554, le nonce écrit à Carnesecchi qu'un gantier français « ignorant, de basse extraction, pauvre de biens et d'esprit » récemment arrivé d'Allemagne où il avait séjourné trois ans, se donnait beaucoup de mouvement pour répandre ses idées à Venise ; emprisonné il se laissa amener à des aveux si complets que le nonce se trouva dans un grand embarras ; leur gravité lui imposait d'ordonner une rétrataction publique, d'autre part l'ambassadeur du roi très chrétien insistait pour que l'abjuration eût lieu discrètement afin « de ménager l'honneur de la France ». Mais le nonce craignait que son cas ne servit de précédent bien que, à la vérité, l'inculpé fût un personnage de peu d'importance. Aussi demandait-il au Saint-Siège avec instance des instructions. Il lui soumettait, pour hâter la solution, un projet de sentence « contre Jean Gelichet, de Villefranche, imbécile de nation française » qui, ayant confessé ses torts
i. Benrath, p. 12, 14, 66, 97.
et reconnu ses erreurs, sollicitait son pardon parce que, disait-il. ^ il avait péché par ignorance et non par malice ».... Le nonce proposait de le bannir
à perpétuité^.
Plus tard, le 8 juin 1567, un chaussetier faisait
pénitence publique devant S. Sofia^.
Le 22 novembre de la même année, ce sont quatre lainiers, le père, la mère et les deux fils, venus de Vicence, qui sont dénoncés comme luthériens; on cherchait leurs complices^.
Le 10 juillet 1568, un membre d'une illustre famille, Luigi Mocenigo, lequel avait abjuré trois ou quatre ans auparavant, est dénoncé comme relaps; il appartenait au clergé; on l'arrêta à Padoue où il avait des bénéfices s'élevant à 200 écus. A peine son arrestation connue, on se demanda à qui les attribuer. L'année suivante, le 11 avril, il fut livré au bras séculier et privé de ses
bénéfices*. .
Le 28 octobre 1569, le Saint-Siège mforme le nonce qu'un membre de la famille des Chigi est suspect et le nonce fait enfoncer la porte d un noble vénitien pour se procurer des preuves de culpabilité, mais Chigi avait fui. Alors s ouvrit une sorte de négociation ; quelques gentilhommes 8'ofîrirent à être caution que Chigi se présenterait à Rome devant le Saint-Office dans le délai de