Ce tableau a été transporté du couvent SS. Giovanm et
LA REFORMATION A VENISE
teur auquel il serait arrivé un accident. On lui demanda encore ce que signifiaient ces gens habillés à l'allemande avec une hallebarde à la main, il répondit : a Nous autres peintres, nous prenons les mêmes licences que les poètes et les fous. J'ai mis, ajouta-t-il, deux hallebardiers près d'un escalier, l'un buvant, l'autre mangeant, parce qu'il me paraissait que le maître de la maison étant vieux, ainsi que le dit l'Écriture, devait avoir des serviteurs. Quant au bouffon qui a un perroquet sur le poing, je l'ai mis dans ma toile comme ornement ainsi que c'est notre usage. » On lui demanda s'il trouvait convenable de faire figurer à la cène du Christ des bouffons, des ivrognes, des nains et des Allemands et il répondit que non. « Alors pourquoi les avez-vous mis? » A quoi il répondit qu'il avait supposé qu'on pouvait admettre que ces personnages se trouvaient hors du lieu où se passait la cène. « Mais ne savez-vous pas qu'en Allemagne et dans les autres lieux infestés d'hérésie on représente des scènes religieuses ridicularisées et pleines de détails grossiers et d'inventions blâmables comme celles-ci? — Je le sais et je répéterai ce que j'ai dit, c'est que mes maîtres en ont toujours fait autant? Ainsi Michel-Ange de Rome a représenté Jésus, sa Mère, saint Jean, saint Pierre et la Cour Céleste nus et avec peu de révérence. — Mais
Paolo à l'Académie des Beaux-Arts, c'est // Convito nella Sala di LevL Armand Basghet, Paul Véronèse^ Paris, 1880, p. 12.
ignorez-vous que dans le Jugement universel, on ne pouvait donner des vêtements aux personnages? Il n'y a rien dans ce tableau qui n ait trait aux choses spirituelles et l'on n'y voit m ch.eas. ni fous, ni armes, ni autres bouffonneries. .
Le Véronèse fut condamné à corriger son tableau dans le délai de trois mois à ses frais*.
Jusqu'à la fin du siècle le gouvernement vénitien maintint sa politique, tantôt cédant aux injonctions de la cour de Rome, tantôt y résistant, aussi bien dans les Etats de terre ferme qu à Venise. Ainsi, en 1575, il blâma le heu enant d'Udine lequel avait annulé certaines sentences du tribunal inquisitorial parce qu'elles avaien été rendues en dehors de sa présence ; .1 lu. fut recommandé « de maintenir intacte a juridiction civile sans porter atteinte à la juridiction eccle-
*' EnTaMée 1579 (26 décembre), le nonce Alberto Bolognetti. obtint une victoire capitale; la beigneurie lui reconnut le droit d'opérer comme il
» Les imaKes de sainteté occupèrent «""'«"'/'^Klise^ Le conçue" èTente prit . ce sujet "-/tooTL-;?, .^"^^^^^^
se demandait «Vf "^iïl^^^. ,^ f^^ décidé qu'on supprimerait TC.t i^p^sion T^s^o::AlU,e.ine De>.eUn, p. 514). 2. B. Gecchetti, vol. ï, p. 23.
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rentendait pour réprimer l'hérésie; c*était un blanc-seing qu'on lui accordait contrairement à la politique suivie jusque-là par le Conseil des Dix. Le nonce en profita aussitôt pour faire mettre en prison a quelques apostats cause de scandale n). c Ce sera, écrivait-il au pape, un grand exemple pour les autres et Venise ne sera plus cette ville où les hérétiques pouvaient enseigner à leur guise, administrer leurs sacrements et faire ce qui leur plaisait. » Dans le même esprit, il organisa en mars 1580, dans l'église Saint-Marc une abjuration solennelle « destinée à inspirer la terreur* ».
Cette année (1579), les recteurs de Brescia étaient chargés d'examiner le cas d'un carme hérétique et de faire savoir à la République « s'il méritait le dernier supplice ou d'être enfermé entre deux murs »; dans ce cas, il serait remis aux agents de l'Inquisition et envoyé à Rome^.
Mais le Conseil des Dix n'abandonnait pas pour cela complètement ses droits; quand le cardinal Borromée se disposa à visiter les villes de son diocèse qui, telles que Brescia et Bergame, faisaient partie de la République, les gouverneurs reçurent l'ordre de résister avec énergie aux empiétements du fougueux prélat.
D'autre part, le Conseil des Dix félicitait, le 19 février 1579, le podestat et le capitaine de la ville de Trévise d'avoir interdit la publication
1. Nunz. Ven., vol. XIX, col. 404; vol. XXI, col. 66. Bolognetli avait obtenu Tannée précédente la fondation d'un séminaire.