Institution
3. Institution, 111, 23, 2, 5. Ochino use des mômes arguments dans son sermon intitulé : Pourquoi? Voir plus loin, appendice.
4. C'est aussi ce que pensait Savonarole. Voir plus loin, p. 214.
CARACTÈRE DE LA RÉFORME EN ITALIE
lorsqu'il avait son franc arbitre, en a abusé? » Que l'on songe que Tltalie a toujours été le pays où l'action personnelle s'est le plus librement, le plus fièrement et le plus activement exercée, que l'énergie individuelle , allât-elle au crime , y était prisée et récompensée plus que partout ailleurs, qu'il devait paraître inadmissible de renoncer au franc arbitre et Ton comprendra qu'une pareille doctrine ait rencontré une vive résistance. Tout autre se présentait aux Italiens la doctrine luthérienne. Pratiquement elle laissait quelque place à Faction personnelle. Luther n'admettait pas rinamissibilité delà grâce; l'homme d'après lui avait une part dans son salut ; il pouvait y travailler dans une certaine mesure ou le démériter. « Au lieu que Luther, dit Bossuet, voulait simplement que le fidèle se tint assuré, d'une certitude infaillible, qu'il était justifié, Calvin voulut qu'il tint pour certaine, avec sa justification, sa prédestination éternelle, de sorte qu'un parfait calviniste ne peut non plus douter de son salut qu'un parfait luthérien de sa justification. »
Ce n'est pas que Luther acceptât, du moins en principe et au début, pas plus que Calvin, le libre arbitre ^ ; tous les réformateurs étaient à peu près d'accord sur ce point; il composa, en 1525, son traité De servo arhitrio pour réfuter le livre De libero arhitrio dans lequel Érasme soutenait la thèse contraire. La liberté humaine lui semblait
1. « La doctrine de Luther qui est aussi la nôtre », dit Calvin dans la Réponse aux Calomnies, Genève, 1559, p. 65.
attentatoire à la puissance divine. « L'homme est incapable de se sauver lui-même, dit-il, le salut vient du Christ et c'est un don de Dieu. Si nous croyons que Jésus-Christ nous sauve par son sacrifice, n'est-ce point anéantir son œuvre de grâce que d'en re vendit] uer une part quelconque pour nous? »
Si Dieu adonné des commandements à l'homme, avait dit Érasme, c'est apparemment parce que celui-ci pouvait les accomplir. A quoi Luther répond que, par ces commandements mêmes, Dieu veut le convaincre de son impuissance. « La volonté de l'homme, dit-il, est une bête de somme que mènent tour à tour le diable et Dieu. Quiconque n'est pas saisi par la main puissante de Dieu demeure dans le péché et la perdition. De qui dépend cet affranchissement ou cette servitude? De la volonté seule de Dieu. »
Toutefois, Luther ne soutint pas ce système avec la même intransigeance que Calvin; il ne s'y attacha pas exclusivement et y trouva ou y laissa pénétrer des atténuations. Une distinction est établie entre la volonté secrète de Dieu et sa volonté révélée et patente. La première a disposé d'avance et irrévocablement du sort de tous les humains, a décidé quels devaient être ceux qui seraient sauvés et ceux qui seraient irrémissiblement condamnés aux souffrances éternelles. La seconde peut donner à croire que Dieu a ordonné le contraire de ce que sa volonté cachée a décidé; on ne saurait donc préjuger de l'une pa? l'autre et l'on doit
,j< LA RÉFORME EN ITAUE.
agir en' conséquence et fréquenter le? sacrement» car, par ces- moyens, Dieu atteste sa volonté desauver le pécheur.
Ce fut sur ce point de sa doctrine que Luther insista le plus dans la suite ; il recommanda aux méditations des fidèles l'efficacité des sacrements et de la parole. La prédestination, en ce qu'elle avait d'absolu, demeura dans l'ombre^ Dans le X\ 111* article de la Confession d'Augsbourg, il est dit : « Qu'il faut reconnaître le libre arbitre dans tbiis les hommes qui ont Uusage de la raison nom pour les choses de Dieu que l'on ne peut commencer ou du moins achever sans lui, mais seulement pour Ifes œuvres de la vie préseinte eti pour les dêvoire de la vie civile ». Les disciples de Luther allèrent plus loin. Mélanchton, qui avait d'abord adopté les mêmes idées que Luther en ce qui concernait le libre arbitre et la grâce, en abandonna peu à peu la rigueur; soit que les Pères grecs, défenseurs de la liberté, l'eussent persuadé,, soit qu'il reculAt à anéantir la responsabilité humaine et à charger Dieu de tout Ib mal commis dans l'univers, il finit en 15'+6 par accepter la défif nition du libre arbitre donné par Érasme : Facilitas se applicandi ad gratiam. Ces atténuations devaient nécessairement contribuer à faire admettre les doctrines luthériennes de préférence à celles de Calvin. C'est pour toutes ces raisons, que le luthérianisme l'emporta. Les protestants furenti