The Scholemaster..., Londres, 1570, Ed. 1863, p
3. The Repentance of Robert Greene, cité par Ad. Symonds, Renaissance, vol. I, p. 371. On connaît le proverbe : « Inglese italianato, diavolo incarnate. »
Dans le Voyage en Allemagne de Vettori, qu'a traduit récemment Louis Passy [François Vettori, sa Vie et ses Œuvres, 1914), un
CARACTÈRE DE LA RÉFORME EN ITALIE
Pour les Italiens, raccoutumance atténuait le scandale de ces excès, joint que la morale n'avait pas tout à fait le môme canon en Italie qu'ailleurs. On ne se choquait pas trop de voir les plus hauts dignitaires de l'Église de même que ses plus humbles représentants, prendre part activement aux divertissements du carnaval, se travestir, se mêler à de folles réjouissances, se permettre des manquements à la morale d'une espèce plus grave.
Les Italiens savaient trop bien faire la part entre la qualité d'une institution et l'indignité de quelques-uns de ses représentants pour que, même s'ils avaient jugé plus sévèrement ces fautes, leur foi en eût été sérieusement ébranlée. Elle ne fut pas plus assurée au temps où des souverains pontifes d'une haute piété dirigeaient un clergé qu'ils animaient de leur zèle et qui se modelait sur leur austérité, que lorsque le trône de saint Pierre était la proie d'aventurières qui accordaient ou reprenaient la tiare à des enfants S quand Innocent VIII ou Alexandre VI déshonoraient le Vatican ou bien quand Léon X lui donnait les allures quelque peu désordonnées d'une cour princière.
Ce n'est pas à dire que le désir de voir imposer
allemand, aide du secrétaire du cardinal Guillaume Briçonnet (mort en 1514), dit à VeUori : « Je suis resté à Rome plusieurs années, j'ai observé la vie qu'y mènent les prélats et les personnes de qualité et il en est résulté que j'ai craint, si j'y restais davantage, non seulement de perdre la foi du Christ, mais de devenir épicurien et de tenir l'âme pour mortelle... » Toutefois la suite montre qu'il était malveillant. Vol. H, p. 63. 1. Theodoraet Marozia au x* siècle.
an clergé une existence plus conforme à ses devoirs ne fût très général et des plus vifs, mais on tenait surtout à mettre un terme à ses exactions dont on souffrait en Italie plus qu'ailleurs.
Les querelles religieuses venaient en second
lieu.
On ne s'en désintéressait pas, certes ; de tout temps, les Italiens s'étaient plu à diriger leur esprit vers ce genre de spéculations dont la grandeur et ce qu'elles ont de mystérieux les attiraient ^
Le xv^ siècle s'en était un peu détaché mais à l'époque de la Renaissance, on s'y passionnait plus que jamais comme de toutes les controverses.
Lorsque l'agitation réformiste commença, une fureur prit à chacun de discuter sur les questions qu'elle soulevait; on en disputa aussi bien dans les boutiques que dans les salons, dans les cercles littéraires que dans les monastères. Il fallut tirer sept éditions du Trattato del Amoredi Jesti Chris to. Plus de quarante mille exemplaires du Beneficio délia Morte di Cristo furent vendus, en peu de temps, assure-t-on. Les éditions de la Bible se succédèrent nombreuses depuis celle de Venise et celle de Rome de 1471. Cette passion pour la polémique religieuse eut pour résultat que les bou-
V 1. « Il y a beaucoup de cordonniers et de fourreurs, dit Giordano de Rivalto en 1301, qui n'entendent rien à leur état et qui ne s'en piquent pas moins de disserter sur l'Ecriture... Que dire du même travers chez les femmes.^ » Cité par Dejob, La Foi religieuse en Italie, Paris, 1906, p. 333. Cf. Sermoni di Franco sac-
CIIETTI.
tiques des libraires italiens étaient pleines de livres sur la foi dont beaucoup sentaient Thérésie. Le catalogue d'un libraire de Naples, Cappello, en est la preuve ^
Pietro Nelli, qui éciivait dans la première moitié du xvi« siècle, raille ce penchant dans ses satires^ :
Pas seulement en Allemagne où est vieux
Ce fardeau, où le moine Luther
A mfs au monde cette puce à l'oreille,
Mais aussi en Italie, il n'est personne
Qui ne songe à se charger de ce poids,
Nui docteur qui ne veuille expliquer
Quelle opinion le conduit, le siiniule;
Le batelier, le forgeron, l'apprenti menuisier
Vous aident à porter votre faii.
Les taquins, la servante, l'esclave
Font Tanatomie du libre arbitre »
Et disputent de la prédestination.
Celui-ci le veut boiteux, cet autre qu'il soit
Un char conduit pcjr des bœufs
Qui s'épuisent à le tirer
En haut et le tirent en bas.
Ainsi la théologie devient matière
A conversation dans les cuisines.
1. BoNCi, Annali..., vol 1, p. xlui. On pourrait donner au** comme preuve de l'extrême imporlance qu'avaient à cette époque les questions religieuses, l'ainuence aux prédications que Ion constate paittut; tant éé moines passent i)Our aïoir eu da î»uccès
aussi bien à Venise qu'à Naples, à Rome qu'à Milan, qu'il faut bien admettre que le public y mettait du sien et s'enlbousia^mait parte qu'on lui pariait de choses qui le passionnaient.
2. 11 publia ses Satires sous le nom de Aidiea da Bergamo aTec le titre 6atire alla Carlona (sans gêne), à Venise, en 1546. L'édition citée est celle de Londres, 1786, p. 60.
3. Il parut vers ce teiop* un ouvrage portant le titre de Anatomie de la Mes^ (voir p. 169) et plusieurs traités sur le Libre Arbitre.
CAUACTÈRE DE LA RÉFORME EN ITALIE
Les prêcheurs ont rendu la foi bien malade
Car, au lieu d'être des biens suprêmes
La trompette et d'apprendre aux hommes le chemin
Ils ne s'occupent que de « bocaciser » [de l'éternité,
EtveulentparaîtrcfamiliersavecQuintilien et Cicéron.
U point essentiel pour les Italiens était néanmoins l'abolilion pins ou moins complète des exigences financières du clergé. Tous leurs efforts tendaientverscebut. Or Lutheret Calvin se proposaient également de supprimer le mal dans son principe en anéantissant la croyance à l'efficacité des bonnes œuvi^es, mais Lutber trouva infiniment plus de partisans en Italie que Calvin. Il n'en pouvait être autrement.
Les rapports étaient plus fréquents entre Tltalie du nord et FAllemagne qu'entre la France et la vallée du Pô; Venise par son commerce, Padoue, Pavie, Bologne par leurs universités, entretenaient d'activés relations avec les centres allemands et ce fut, en efTet, en Vénétie et dans le Milanais que s'insinua d'abord le « venin protestant ». Le luthérianisme avait déjà fait de sensibles progrès quand apparurent les premiers messagers de la doctrine calvinienne. En outre, les conceptions de Lutber convenaient beaucoup mieux aux idées italiennes que celles de Calvin. Luther se proposait dans Iqs commencements d'amender l'Église romaine, d'en retrancher les abus, tandis que Calvin en entreprit tout de suite avec vigueur la destruction, catastrophe que les Italiens voulaient, bie» au contraire, écarter à tout prix. U s'élevait aussi contre des
cérémonies auxquelles on tenait essentiellement en Italie par tradition et par goût. Enfin, il y avait la question de la prédestination et celle du libre arbitre, dont l'importance fut capitale en Italie.
« Nous appelons prédestination, dit Calvin au livre III de VInstitution chrétienne, le conseil éternel de Dieu par lequel il a déterminé ce qu'il voulait faire d'un chaque homme, car il ne les crée pas tous en pareille condition, mais préordonne les uns à vie éternelle, les autres à éternelle damnation. » Dans les Articuli de Praedestinatione, il insiste sur cette répartition divine des hommes, antérieure à toute création . « De ce même décret résulte la différence entre les élus et les réprouvés parce que Dieu a adopté les uns pour le salut, et qu'il a destiné les autres à une perdition éternelle. »
Ainsi le décret de réprobation est aussi irrévocable que le décret d'élection, car Dieu ne saurait revenir sur une de ses décisions prises dans sa pleine sagesse, u Dieu ne peut prendre et retirer sa grâce, dit Calvin, rendre le chrétien alternativement l'objet de son choix et de sa réprobation. » Les élus ne sauraient démériter la faveur dont ils ont été l'objet, leur foi n'y contribue en rien; ils « perçoient par la foi la grâce de l'adoption, cependant l'élection ne résulte pas de la foi ». En 1552, dans son traité intitulé : De la prédestination éternelle de Dieu par laquelle les uns sont élus à salut, les autres laissés en leur condamnation..., il répète : « D'entre les hommes, Dieu choisit à salut
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ceux que bon lui semble et rejette les autres sans que nous sachions pourquoi sinon qu'il en a la raison cachée en son conseil éternel. »
Calvin ne reculait pas devant les dernières conséquences de sa doctrine; il acceptait qu'elle était la négation du libre arbitre. La Confession des Écoliers contient ce passage : « Je déteste ceux qui nous attribuent quelque franc arbitre pour nous préparer à être en la grâce de Dieu ou coopérer comme de nous-mêmes à la vertu qui nous est donnée par le Saint-Esprit... et tiens pour une présomption détestable que les hommes s'attribuent aucun mérite pour y mettre une seule goutte de la fiance de leur salut. » Admettre le libre arbitre était aux yeux de Calvin se ranger parmi les papistes, et un Hollandais, Albert Pigghe, archidiacre de l'église d'Utrecht, s'étant élevé contre la thèse de Calvin dans une Apologie * qu'il publia à Paris en 1543, Calvin y répliqua sur-le-champ ^ avec sa fougue habituelle, par une Réponse aux calomnies d'Albert Pighius contenant la défense de la saine et sainte doctrine contre le franc arbitre des papistes, par laquelle est montré que la volonté de l'homme est naturellement serve et captive de péché et aussi est traité par quel moyen elle vient à être affranchie et mise en liberté, « C'est par la seule grâce de Dieu, y lit-on, que les hommes
1. Martin Bucer y est mis en cause mais, de fait, c'étaient les idées de Calvin que Pigghe attaquait.
2. Le texte latin est de la même année 1543, la traduction française de 1560. Cf. De jEterna Dei Prœdestinatione, Genève, 1552.
LA RÉFORME FIN ITALIE
sont allraochis de la servitude du péché et sans elle ils ne font du tout aucun bien, ne quant à la pensée, ne quant au vouloir et affection, ne quant à l'effet. » Et encore : « La foi, et pour le commencement et pour raccomplissement, est don de Dieu... tant il y a que c'est lui qui fait que les hommes fassent les choses qu'il a commandées et non pas eux font qu'il fasse ce qu'il a promis. Autrement il s'ensuivrait (jue Taccomplissement des paroles de Dieu dépendrait des hommes et non pas de Dieu^ »
Calvin admettait que l'homme « veut quant il veut », mais avec cette restriction que c'est « Dieu qui fait que nous voulons ce qui est bon ».
L'objection que l'on ne pouvait manquer de faire à cette négation de toute décision volontaire chez l'homme, à savoir que Dieu ne sauiait punir le mal qu'il aurait lui-même ordonné, Calvin la pose très nettement dans Vlnstitntirm chrétienne : « Pourquoi Dieu impuferait-il à vice aux hommes les choses desquelles il leur a imposé nécessité par sa prédestination? » Seulement il n'y répond pas autrement que saint Paul dans la célèbre comparaison du va?e d'argile : c 0 hommes, qui êtes-vous
1. P. 187. Pins loin, il dit encore : « Toutes les grâces de Dieu nous sont conférées gratuitement et non pas données en récompense de noire reconnaissance comme si nous les avions de nousmêmes infirilres en bien usant des grâces précédentes. Or saint Augustin le confirme..., U a démontré bi^n clairement (|ue la grâce ne nous est pas baillée de Dieu selon nos mérites, mais nous est donnée selon sa volonté..., car ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés. »
CARACTERE DE LA REFORME EN ITALIE
tft
pour contester avec Dieu... »* et se borne à invectiver contre ceux qui veulent « soumettre les œuvres de Dieu à cette condition que, lorsque nous n'en pouvons entendre raison, nous les osions vitupérer ».
Dans VInstitutiony il prend de même à parti « ceux qui osent gazouiller hardiment de ce haut mystère », ceux qui prétendent « intenter procès à Dieu, tancer et geigonner contre lui^ ». « Quand on demande pourquoi est-ce que Dieu a fait ainsi? Il faut répondre : Parce qu'il Ta voulu. Si on passe outre en demandant : Pourquoi l'a-t-il voulu? C'est demander une chose plus grande et plus haute que la volonté de Dieu, ce qui ne se peut trou-
ver
Cependant, il tente de lever l'obstacle quand, dans sa Réponse, il écrit : « Nous ne nions pas que l'homme n'ait été créé ayant son franc arbitre, vu qu'il était doué et de saine intelligence en son entendement, et de droiture en sa volonté ^. Vrai est que nous affirmons que maintenant notre franc arbitre est tenu captif sous la servitude du péché, mais d'où vient cela sinon d'autant qu'Adam,
1. « O hommes, qui êtes-vous pour contester avec Dieu? Un vtsc d'argile dit-il à celui qui l'a fait : Pourquoi m'avez-vous fait ainsi? Le potier n'a-l-il pas la liberté de faire de la même masse d'argile un vase destiné à des usages honorables et un autre destiné à des usages viles et honteux? Qui peut se plaindre de Dieu... » Epltre aux Romains, ix, il.