Sari'I, p. 147. FuMi, p
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ce n'est qu'incidemment qu'on aborda en Italie d'autres sujets; ainsi le moine lucquoisBemardini est un des seuls qui se soient servi contre les protestants d'arguments tirés de leurs variations, de leurs divisions et de leurs contradictions.
BENEFICIO Dl CRISTO.
Le petit livre intitulé Tratlato titilissimo del lieneficio di Jesu Crùlo Croci/isso, parut un peu avant le Pasqidn en extase et eut même succès. Son rôle fut capital dans le développement des idées nouvelles, et son sort montre en mèine temps la puissance des moyens d'action du Saint-Ofiice ^ Imprimé pour la première fois à Venise, chez Bindoni, en 1540, sans nom d'auteur, la vogue en fut tout de suite extrême ; on a prétendu qu'en peu de temps il s'en était vendu quarante mille exemplaires ; il fut réimprimé en 1513 à Venise, et plusieurs fois à Modène durant les années suivantes, sous les auspices du cardinal Morone semble-t-il. Le libraire Antonio Gadallino fut alors poursuivi comme imprimeur et éditeur. L'une des éditions porte la singulière mention que voici : Tratlato utilisstmo del ficnefttio di Giesu Chrislo cou li Mistern del Uo-
1. Concordia ecclesiaslica contra gli HercHci, Hlorcnco, 1552. l 'niivrairp est (lédié à Cosine de Médicis. rnTBenent ofChrist's Death.,., by Churchill Babincton, Lon-
cessuum Sancti Officii Romae, dans Archiv ^^J^^^],'^,^^ Rome, 1880, vol. 111, p. '208. De Leva, Degh hretia d% CitadeUa,
Venise, 1873, p. 14.
BENEFICIO DI CRISTO
sario con l'indulgenza in fine di PapaAdriano, aile Corone de' gran Benedetti. La préface est la même que celle de l'édition vénitienne de 1 54-3 , mais elle se termine par cette mention : « Adesso Nuovamente Restampata et Corretta per Antonio Dalmatino et Stephano Istriano. En 154-5 parut une traduction française, imprimée à Lyon par Jehan de Tournus. L'édition suivante de 1552 porte sans nom de lieu, le titre suivant : Dic Bénéfice de Jésus-Christ Crucifié envers les Chrétiens traduit de vulgaire italien
en langage francoys.
En 1570 parut une traduction espagnole ; celle-ci semble avoir été totalement anéantie. Les éditions anglaises sont au nombre de quatre, sans compter une traduction demeurée manuscrite écrite en 154-8 par Edward Gourtenay, ducdeDevonshire; la première des éditions imprimées est de 1573 ; elle parut à Londres par les soins de Lucas Harison et de George Bisliop; c'est une traduction de la traduction française : The Benefite that Christians Receiue by Jésus Christ Crucifyedtranslated ont of French into English, by A. G. (probablement Arthur Goldingou Gibly). 11 y en aurait eu une réimpression en 1577. Les trois autres éditions sont de 1580, 1633 et 1638. Enl563,fut publiée une édition croate, imprimée à Tubinge ; une seconde édition parut en 1565 ^
1 Les éditions avec commentaires sont les suivantes : Jhe Bene/U ofChrisVs Death... with an Introduction, by Churchill lUBiNCTON, Londres, 1855. Le BicvfaM de Jésus-Christ crucifié envers les Chrétiens, introduction historique par Le Bonnet, pasteur, Lauzanne, 1856. En outre Bienfait découlant de la mort de Jésus, Toulouse, 1857, 1859, 1860; Versailles, 1864. Court re.
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Or l'Inquisition fit une si exacte recherche de ce traité et en imposa une destruction si rigoureuse que, pendant longtemps, on crut que pas un exemplaire tout au moins italien n'en subsistait. Ce n'est qu'au milieu du siècle dernier qu'on en découvrit un à Oxford; il y avait été apporté en 1774- par un Napolitain, Antonio Ferrari; plus tard, un autre exemplaire fut découvert à Tubinge, il se trouve actuellement à Laibach.
La fortune extraordinaire de ce traité s'explique par la clarté de son style, son argumentation aisée et point trop scola*stique, la modération des idées qui y sont exposées. Il parut très orthodoxe à des lecteurs avisés. Le cardinal Gregorio Cortese disait que le malin, quand il se mettait enrobe de chambre, « il ne savait se vêtir d'autre cliose » que de ce livre; le cardinal Morone reconnut, au cours de son procès, qu'il en avait acheté un exemplaire chez l'éditeur mantouan Antonio Gadallino et qu'il avait envoyé plusieurs personnes de sa connaissance en acheter aussi, car son vicaire lui avait dit que c'était un très bon livre. De même, le cardinal Badia, maître du palais pontifical, le trouvait fort recommandable.
Le but principal du Beneficio est de définir comment un homme est réputé juste devant Dieu; est-ce par le mérite qui lui est personnel ou par celui qui lui est départi? Saint Bernard, saint Au-
sumé du célèbre traité sur le bienfait de la mort de Jésus- Christ, Saint-Etienne, 1871.
Von der Wohlthat Christi, Leipzig, plusieurs éditions.
BENEFICIO DI CRISTO
gustin, saint Ambroise, Origène et Basile sont tour à tour invoqués. Des autres questions qui divisaient alors la chrétienté, il n'est guère parlé qu'incidemment. (( Geste saincte foy fait telle opération en nous que celuy qui croit que Jésus-Christ a prins sur soy tous ses péchez devient semblable à Christ et vainc le péché, le Diable, la mort, et enfer », lit-on au commencement du IV' chapitre de la traduction française. « Et ceste est la raison, que l'Église, c'est à sçauoir toute âme fidèle, est espouse de Jésus-Christ, et Christ est son Espoux. Or nous sçavons que la coutume du mariage est que de deux nous devenions une mesme chose, estans deux en une chair, et les biens et facultez de tous deux deviennent communes entre eux, dont Tespoux dit que le douaire de son espouse est sien : et l'espouse semblablement dit que la maison et toutes les richesses de son espoux sont siennes : et à la vérité aussi sont elles, autrement ilz ne seroient pas une mesme chair, ainsi que dit l'Escriture. Par ce mesme moyen Dieu a espouse son unique et bien aymé Filz avec lame fidèle, laquelle n'ayant chose aucune qui fust proprement sienne sinon le péché, le Filz de Dieu ne s'est point desdaigné de la prendre pour sa bien aymée espouse, avec son propre douaire, qui est le péché. Et pour cause de l'union qui est en ce sainct mariage, ce qui est à l'un, est aussi à l'autre. Jésus-Christ dit donc ainsi : le douaire de l'âme ma chère espouse, c'est à sçavoir, ses péchez et transgressions de la loy, Tyre de Dieu à Fencontre d'elle, Faudace du
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Diable envers elle, la prison infernalle et tous ses autres maux sont devenuz en ma puissance, et sont en ma propre faculté ! Par quoy il appartient à moy à en trafiquer, comme il me plaist, et pource il les veux ietter au feu de ma croix, et les anuihiler entièrement. » Tel est le tour, un peu lent, un peu verbeux, abondant en images longuement développées, de ce pamphlet fameux. La conclusion mérite d'être rappelée : « Or sommes-nous maintenant arrivez à la fin de nos propoz, ausquclz notre principale intention a esté de magnifier, selon noz petites forces, le bénéfice admirable que le Chrestien a reccu par Jésus-Christ crucifié, et de démonstrer que la foy par elle seule iustifie à sçauoir que Dieu reçoit et tient pour iustcs ceux qui vrayement croyent qu'iceluy ayt satisfait pour leurs péchez, combien que tous ainsi que la lumière ne peut estre séparée de la flamme qui de soymesme brusle et dévore tout, aussi les bonnes œuvres ne peuvent estre séparées delà foy, laquelle
seule par soy iustilie. )>
On ne savait à quL attribuer ce traité ; longtemps on lui donna pour auteur Aonio Paleario ; de fortes raisons semblaient démontrer qu'il ne pouvait être que de lui, mais, dans un de ses interrogatoires, Carnesecchi déclare : « Le premier auteur de ce livre fut un moine noir de Tordre des bénédictins appelé Don Benedetto de Mantoue qui dut le composer dans son monastère près de l'Etna^.
1. Interrogatoires, publiés dans Miscellanea di Storialtaliana, vol! X, p. 189. Cf. CouvisiKUi, p. 274.
BENEFICIO DI CRISTO
Flaminio le lut et lui donna une forme plus achevée; il en prépara une défense quand il commença à être attaqué, entre ihkk et 1550.
Le succès du Beneficio avait été trop grand et son influence parut trop évidente pour qu'on n'en tentât pas au plus vite une réfutation; le moine Ambrogio Gatarino Polito de Sienne, qui fut l'un des plus actifs pamphlétaires du catholicisme et joua un personnage considérable au concile de Trente, se chargea de ce soin^ ; son traité parut en \h%k sous le titre : Compendio tierrori et ingamii lutherani contenuti in un Libretto senza nome d'autore intitolato Trattato utilùsimo del Bénéficia diChristo crucifisso.
Gatarino y suit pas à pas le texte du Beneficio et s'applique à en réduire à néant les assertions par de violentes apostrophes plutôt que par des raisonnements. On ne ^Drocédait guère autrement
alors.
« C'est une erreur et une fourberie de dire avec Luther et Mélanchton, écrit Gatarino, que depuis sa chute l'homme est devenu semblable au démon. 11 y a une grande différence entre la malice com-
1. Ambrogio Calarino, né en 1487, était entré à l'âge de trente ansdan^ l'ordre des dominicains, après avoir enseigné le droit sous le nom de Lancellotto Politi dans plusieurs universités; il passa en France en Tannée 1532 et y vécut dix années. Les opinions nuil professa au concile de Trente et qui étaient du tout opposées il celles <le son ordre, neiupêchérent pas qu'il fat nommé evêque de Minori en 1540 (27 août) et plus tard, par Jules III, eyeque de Conza (1552). 11 est l'auteur d'un traite Délia Grazia et d une infinité d'autres ouvrages qui provoquèrent de violentes controverses. Son nom se trouve parfois orthographie Cathanno et Caterino.
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plète du démon et celle des fils d'Adam dont on dit seulement qu'ils sont enclins au mal, mais non consumés par le mal; la dépravation de l'homme vient moins de la partie supérieure que de sa
sensualité.
<( C'est une erreur de dire que les enfants morts sans baptême sont condamnés, à cause de notre nature corrompue, aux misères de l'enfer ; c'est une opinion cruelle et qui ne se trouve pas dans les Pères de l'Église.
« C'est une erreur de dire que le seul moyen de nous sauver est de nous précipiter dans les bras du Christ. L'erreur consiste à dire qu'il suffit de se précipiter dans les bras du Christ. U est vrai, au contraire, que par le moyen de la vraie foi, c'est-à-dire par les œuvres, nous allons au Christ, saint Augustin l'affirme à plusieurs reprises.
(( C'est une erreur de dire que, sans notre intervention, la justification du Christ vient à nous car bien que la justification du Christ vienne à nous sans mous, cependant la vie éternelle au paradis ne viendra pas à nous sans nous comme il appert dans les Écritures.
c< C'est une erreur d'inférer du pardon octroyé par Dieu pour le péché originel à cause de la justification du Christ que, de même, tous nos péchés les plus graves nous seront pardonnes quand nous serons entrés dans la grâce.
« C'est une erreur de dire que l'homme assuré de la bienveillance de Dieu ne craint ni le diable, ni la mort, et que cette confiance complète lui
TRAGÉDIE DU LIBRE ARBITRE
dilate le cœur et l'emplit de charité, car la connaissance de la divine bienveillance ne lui enlève pas la crainte du diable mais, au contraire, lui fait craindre de succomber à ses embûches.
« C'est une erreur de dire que les œuvres suivent nécessairement la foi, car l'Écriture Sainte affirme le contraire ainsi que les Docteurs.
« C'est une erreur de dire que tous les hommes sont bien loin de la vraie et complète observation de la Loi, car c'est faire injure aux saints, à la Vierge et à saint Jean-Baptiste.
« C'est une erreur de comparer la foi et la divinité de Jésus-Christ; de même que les miracles qu'accomplissait Jésus n'étaient pas cause de sa divinité mais la prouvaient, de même les œuvres que produit la foi ne sont pas cause de la justification mais la démontrent. Cela est faux, car les bonnes œuvres augmentent la foi, encore qu'on soit justifié à dire que la foi produit les bonnes œuvres... »
TRAGÉDIE DU LIBRE ARBITRE
La tragédie du Libre Arbitre eut, comme le livre du Bénéfice de la mort du Christ, une grande vogue et il n'en reste également que de rares exemplaires ; c'était un si grand crime de l'avoir lue qu'il y allait des galères et qu'au temps de Pie V un tourneur de Forli fut emmuré sa vie durant pour en avoir donné une audition chez lui ; en outre sa maison fut rasée et une stèle expiatoire élevée à son
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emplacement'. Les exemplaires de cet opuscule durent être très exactement recherchés et détruits et c'est ce qui explique qu'il en reste si peu.
II en fut publié cependant trois éditions en quatre ans, la première en 1516, la deuxième en ibk,^ sans nom d'auteur, et une dernière en 15502; dans celle-ci Francesco Negri déclare qu'il a écrit ce factum et il se peut que ce nom ne soit pas un pseudonymes; s'il ne s'était pas nommé plus tôt, dit-il dans la préface, c'est qu'il avait voulu faire comme le peintre Apelle qui avait coutume de se tenir à côté de ses œuvres avant qu'on sût qu'elles étaient de lui pour apprendre ce qu'en pensait le public. Cette édition qui est indiquée comme la seconde malgré ce qui vient d'être dit, a pour
titre i
Délia tragedia di M. Francesco Negro Bassanese
Jntitolata Libero Arbitrio, M. D. L,
Dans la préface qui a été attribuée à Vergerio bien que celui qui récrivit parle comme s^il était l'auteur de la pièce, il est dit que l'on ne doit point chercher en lisant ce drame des élégances de style, la recherche du langage, un effort poétique, son objet étant surtout de montrer de façon sensible les erreurs et les faussetés de l'Église. Que si le ton en est quelquefois violent, c'est « qu'il