TOMMASmO DE BUNCIU
Parme, 1562.
SOMMARIO.
porte qu'elle est la traduction d'une œuvre hollandaise, Summa der godlyker scriftum. On ne possède de ce texte hollandais qu'une édition datée de 1526, mais il y est dit qu'elle a été « soigneusement corrigée » ; donc il y aurait eu une première édition antérieure. En effet un édit de 152i, rendu au nom de l'empereur Charles-Quint par là régente iMarguerite d'Autriche, défend la lecture de la Somme dont l'éditeur était Jean Severs de Leyde. La publication de ce traité est donc antérieure à l'année 1524-, mais elle ne l'est pas de beaucoup car le chapitre xxvi contient une traduction tantôt littérale, tantôt résumée d'un opuscule de Luther intitulé von veltlicher obrigkeit, « de l'autorité temporelle », qui est de 1523. Le texte primitif dont les textes anglais, français et italien seraient des traductions, semble donc dater de l'année 1523. Au surplus, certains passages dont la signification était claire pour les Hollandais, ont dû être développés dans les éditions françaises et italiennes; dans les chapitres xîl et xxi, il est parlé des « Maisons des sœurs » par opposition aux « Couvents des nonnes » ; or il n'y avait guère qu'enHoUande où existassent à cette époque, à côté des couvents, ces Maisons de Sœurs, qui étaient des sortes de béguinages. Quel fut l'auteur de la Somme? Sûrement un de ces nombreux théologiens qui s'efforçaient à cette époque de propager en Hollande les doctrines luthériennes ' .
1. Benrath pense que ce fut Bommelius, originaire de la ville de
COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME
SOMMARIO.
L'auteur du Sommario explique qu'il a entrepris son livre en faveur de ceux qui ne peuvent lire ou pénétrer les livres saints, et qu'il a résumé pour eux l'Écriture sacrée qui est la base de la foi d'où naissent l'espérance et la charité. Et il examine tour à tour brièvement tous les points
de la religion.
Il commence par parler du baptême. « L'eau du baptême, dit-il, n'efface pas le péché et n'a pas plus de vertu que Teau du fleuve dans laqueUe on peut baptiser aussi bien que dans Feau des fonts sacrés. La vertu du baptême ne consiste pas dans les cérémonies mais dans la foi, c'est-à-dire en ce que l'homme croit que ses péchés lui sont remis. Quand nous sommes baptisés, nous devons croire que tous nos péchés nous sont remis. Dieu nous a délivrés du diable et de nos péchés et nous a fait ses fils et les héritiers de sa gloire.
« Ûuand on dit aux gens qui sont dans le siècle de se rendre vertueux, ils répondent que c'est affaire aux moines qui s'y sont engagés par leurs vœux, mais les vœux du baptême sont bien plus forts, puisqu'ils sont faits non à un homme, mais à Dieu et que nous avons promis de suivre non la loi d'un homme, mais celle de l'Évanple. »
Il faut ajouter foi au mystère de la Trinité sans vouloir l'approfondir.
Bommel, sur la Meuse, curé de la ville de Wezel et recteur d'une MaTson de Sœurs à Utiecht ; le pasteur N. Weiss -cime au contraire, à supposer que ce fut Jean ««d« recteur de Eco ed^^^^^^ de la vie commune à Utrecht. Bucer le tenait en haute estime.
L'Évangile nous apprend que Dieu s'est réconcilié avec nous à cause de son fds. Il était nécessaire, ou que nous fussions damnés à jamais, ou que Dieu se fit homme.
Nous sommes uniquement sauvés par le mérite de la passion du Christ. Chacun doit savoir que depuis le temps d'Adam, nul n'a mérité la vie éternelle par ses bonnes œuvres; ceux-là se trompent qui pensent qu'ils seront sauvés quand ils auront accompli beaucoup de bonnes œuvres. Les bonnes œuvres ne rendent personne certain qu'il sera sauvé et celui qui n'en a pas accompli n'est pas certain non plus d'être damné.
C'est par la seule grâce de Dieu que nous pouvons être sauvés et Dieu ne veut pas que nous pensions l'aider en faisant de bonnes œuvres, il ne veut aucun aide et n'a que faire de conseils. Ils se méprennent ceux qui pensent que Dieu est tenu de leur accorder la vie éternelle à cause des nombreuses bonnes œuvres qu'ils auront pu accomplir.
La grâce de Dieu est accordée à tous ceux qui croient en lui et en Jésus-Christ.
Nous sommes délivrés de nos péchés par le bénéfice de Jésus-Christ.
Celui-là vit en bon chrétien qui met toute son espérance en Dieu et en sa justice, qui vit suivant la règle de la charité et de l'Évangile, qui n'a aucune confiance dans sa propre vertu, dans le monde, dans ses œuvres.
Il y a quatre sortes de foi ; celle qui tient unis les amis et les marchands ; celle qu'on a dans un
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récit OU dans une affirmation, celle qui nous porte à croire que Dieu est juste, bon, tout-puissant..., celle enfin qui est la foi chrétienne ; pour la posséder il faut mettre son espérance, son refuge, son salut en Uieu seul.
Le salut du chrétien n'est pas en cette vie, mais dans la mort; la mort est donc souhaitable. C'est une bien sotte coutume que de pleurer les morts, comme si nous n'avions aucune confiance en l'autre
Jadis les moines étaient des saints parce qu'ils vivaient conformément à l'Évangile; aujourd'hui ils ne font rien que par nécessité. Les parents devraient y songer longtemps avant de contramdre leurs enfants à accepter la vêture, car ils sont cause de tous leurs péchés en ne le faisant pas. Les uns font entrer certains de leurs enfants au couvent pour marier plus facilement les autres, ou bien pour être plus tard aidés par eux, ou pour les pousser dans la carrière des honneurs eccle-
si astiques.
11 y a nombre de couvents dans lesquels les sœurs semblent vivre conformément à la règle évangélique parce qu'elles travaillent de leurs mains et s^aident l'une l'autre. Mais qu'elles sachent qu elles volent les pauvres de tout l'argent qu elles dépensent à s'édifier des superbes demeures et a orner pompeusement leurs chapelles.
La vie des artisans et des ouvriers est plus conforme à l'Évangile que celle de tous les autres hommes. Les riches ne sont rien autre chose que
ANATOMIA DELLA MESSA.
des dispensateurs des biens de Dieu, mais ils doivent rendre leurs comptes à Dieu...
En terminant, l'auteur soutient le dogme du droit divin. « Chacun est soumis à l'autorité supérieure, dit-il. Il n'y a de podestat que par Dieu, résister au podestat, c'est résister à Dieu. On doit payer aux grands les taxes et les tailles, même s'ils sont païens, parce que l'on peut par là les ramener à la foi chrétienne. »
Contrairement à la teneur du texte primitif, le droit de faite la guerre est reconnu dans le texte
italien.
« Les milices sont choses horribles parce que la malice règne en temps de guerre; mais si une ville est assiégée et si la paix commune est troublée, le seigneur est tenu par charité fraternelle de venir en aide à ses sujets; par conséquent faire la guerre devient une nécessité... »
ANATOMIA nr.LLA MESSA
Ce traité, publié en 1552 par Agostino iMainardi sous le pseudonyme de Antonio di Adamo, est une analyse et une critique minutieuse, une dissection, comme il le dit, de la messe. Le ton en est des plus âpres ^'; aucun des pamphlétaires italiens n'atteint à cette violence ; c'est que dans le temps où Mainardi prit la plume, le rêve des premiers dissidents de transformer en la réformant
1. Annatomia délia Messa (l'erreur typgographique est corrigée à l'crrata), s. 1., 1552.
170 COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME
l'Église romaine, s'était définitivement évanoui; les rigueurs avaient commencé, les passions s'exaspéraient. En outre, Mainardi qui avait alors émigré en Suisse, se trouvait dans un milieu où les passions étaient plus ardentes, les discussions plus âpres et plus acharnées qu en Italie. Et il était en sûreté I On est fort a l aise pour conseiller le courage aux autres quand on n a plus aucun péril à courir soi-même, il l avoue ingénument, ce qui ne l'empêche point, au reste, de tourner à ce sujet de belles périodes : << Si nous nous voyons dans un extrême péril, dit-d, fuyons si nous le pouvons avant de nier le Christ; si nous ne le pouvons pas, que devons-nous faire si ce n'est le confesser hardiment, nous rappelant que le vrai chrétien n a pas Tesprit de crainte, mais bon courage; obéissons à Dieu plutôt qu aux hommes, lesquels peuvent bien tuer le corps mais non pas l'âme; mourons pour Dieu et le Christ, car ce sera une mort glorieuse, mourons comme les apôtres, comme les martyrs, comme le Christ
lui-même. » . ,.
C'est dans un esprit tout calviniste que Mainardi commente et attaque la messe; les luthériens italiens n en parlent jamais avec tant d emportement et la haine de la messe n'est pas, conime à Genève, la base, pour ainsi dire, de toute leur
polémique.
Mainardi écarte tout d'abord la tradition en s'appuyant sur les textes bibliques. « x\ous ne devons écrit-il, considérer dans les choses de Dieu
ANATOMIA DELLA MESSA.
ni les usages, ni la consécration que donne une longue durée, ni l'opinion de la multitude, ni l'autorité dés anciens, mais uniquement la parole de Dieu. » Et ailleurs : « Il faut suivre la parole de Dieu et non l'opinion des hommes. » Incidemment, il attribue la corruption de TÉglise à la négligence des évêques et à leur oubli de Tun des devoirs qui leurs sont imposés : « Le plus saint ministère en ce monde et le plus élevé, dit-il, est d'enseigner la parole de Dieu aux peuples. Cependant vos monsignors ne daignent pas s'en acquitter et ont abandonné cet office à d'autres. La conséquence en a été que la vraie parole de Dieu fait défaut aux peuples... Que voit-on? Les dominicains attaquent les franciscains, les franciscains attaquent les dominicains et les augustins attaquent les uns et les autres. Les inquisiteurs, qni sont les suppôts de l'antéchrist, plus cruels que Néron, ignorent les Écritures saintes et ne connaissent que la scolastique et la sophistique. » Après ce préambule, Mainardi s'attaque à son
sujet.
L'examen de la Messe compte 103 folios; il débute ainsi : « Le prêtre, revêtu des ornements sacrés, commence en disant : (c Je pénétrerai vers l'autel de Dieu » et le clerc répond : « Vers le Dieu qui réjouit ma jeunesse. » c< Ainsi dès les premiers mots de la messe, explique Mainardi, l'officiant dit une bêtise et une fausseté. Pourquoi en être surpris puisque la messe est une invention humaine et non une œuvre divine, comme nous le montre-
..•^*-ii. ,v'--
„2 COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME
rons avec l'aide du Seigneur. D'ailleurs rÉcnture enseigne que tout homme est .-nte- dor. x n'y a pas lieu de s'étonner, puisque la parole de Di'eu est vérité, que le conmencemen de k me^se soit fausseté. U faut savoir que cet nt>ot ToTd altare Dei est un ve.et du P-- *2^ue fit David au temps où son fils Absalon éta chassé du royaume ; il y supplie Dieu de lui per mettre d'entrer dans le tabernacle pour le louer Sèment. C'est pourquoi il appelle autel de Dieu cCqui avait été construit par le commandement de ceiuitjuA** ^ tabernacle,
niûii Hp même aue tout le leMt- vai* S qu il et écrit dans l'Exode, ^ 35 et c'était une nart e de la loi du cérémonial. David dit par conse- Tutt Ïors la vérité, mais aujourd'hui on ne peu Blus parler de la sorte et dire : « J irai a l autel de £' parce qu'il n'y a plus d'autel; il ne se fai n us dé sacrifice d'animaux dépourvus de raison et f on n'a complit plus les cérémonies hébraïques, ar elles ont pris fin . l'avènement du Chnst-^^ «
Chaque détail, chaque parole de la messe, est ainsi ÏÏbiet ou le prétexte d'une dissertation ample : ^o en' e Après cet examen, Mainardi conclut que U messe nest qu'une série dabus .c'est un abus de \ZL l'hostl et le caUce, de ne P- prononcer a haute voix les paroles de la consécration, d appli ^^ufrll bénéfice de la messe à toutes sortes de fins car exemple à faire tomber la pluie ou à ccartei îes maux'de la guerre; c'est un abus de suppose qu'une messe puisse être plus -lennelk qu une autre parce qu'on l'entoure de plus d apparat,
ANATOMIA DELLA MESSA.
dire des messes pour des saints et des saintes, de prétendre que les auges et les puissances célestes y assistent, de l'accompagner de tant de gestes et d'actes divers, de dire des messes pour les morts contrairement à la volonté du Christ. Mainardi s'étend longuement sur ce point et soutient que le luxe qui a perdu l'Église vient de là. « C'est un abus, dit-il, qui est plus manifeste que les autres et dont chacun est frappé, que de faire de la messe un négoce... ; dans ce négoce, les jours fériés sont ceux qui rapportent le plus ». U ajoute que la messe détourne les chrétiens de la prédication, car on voit toujours ceux qui écoutent un sermon s'en aller précipitamment dès qu'une messe commence, car ils pensent qu'en y assistant ils n'en tireront pas un plus grand bénéfice. Sa conclusion est que la messe « doit être considérée comme le plus grand sacrilège et la plus grande abomination qui ait jamais été dans tous les siècles depuis la formation du monde , qu'elle est le grand mystère de l'antéchrist, si pleine de malice et si exécrable que sous aucun prétexte aucun homme vivant ne doit ni la dire, ni l'entendre, ni même être présent ... C'est vainement que certains chrétiens prétendent qu'ils y vont avec un esprit prévenu, en n'attachant à cette cérémomeque la valeur et le sens qu'elle doit avoir. C'est, ajoute-t-il, un crime irrémissible que de ne pas s'abstenir de cette offense à Dieu.
En guise de péroraison, Mainardi rappelle à ses lecteurs que, puisqu'il faut mourir, mieux vaut mourir pour la cause du Christ. « Loin de tout
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perdre, on gagnera tout, dit-il ; l'antéchrist, comme un lion rugissant, menace l'agneau, l'afflige, le tourmente, le met à mort, mais l'agneau triomphera car il est le roi des rois, le seigneur des seigneurs devant qui chacun ploie le genou. » VAiiatomie de la Messe est suivie d'un traité sur TEucharistie dans lequel Mainardi examine si le Christ s'y trouve réellement et corporeliement. Il y traite cette question au point de vue historique et théologique avec une prolixité et une surabondance de raisons dont il s'excuse en terminant.
LES ÉCRITS n'OCUlNO^
Les écrits d'Ochino contiennent les éléments essentiels de la doctrine protestante en Italie; on y trouve les arguments que faisaient valoir dans leurs controverses et dans leurs prédications les promoteurs du mouvement et les dilférents aspects sous lesquels ils les présentaient. Il a donc paru essentiel d'en donner un exposé quelque peu détaillé.
Bernardino Ochino procède, comme les autres
controversistes de ce temps, plutôt par affirmation que par argumentation, plutôt par autorité que par persuasion. Les passions étaient si vives, les convictions si profondes qu'on allait tout de suite aux invectives et que s'efforcer de convamcre eut paru comme une concession aux opinions des adver-
1 Voir plus loin l'étude qui lui est consacrée et, à la fin de ce volume, p. 361, la traduction de quelques passages de ses Dialogues et, p. 452, sa bibliographie.
ÉCRITS D'OCHINO.
saîres. Il en va toujours de même lorsque de fortes passions agitent les hommes. C'est seulement quand l'âme est calme, quand on est en doute, qu'on condescend à raisonner avec autrui. Peut-être aussi ces controversistes acharnés et aheurtés ne possédaient-ils pas l'art de trouver des arguments probants.
Ochino attaque Rome et ses dogmes avec moins d'acrimonie toutefois que les autres réformateurs ; ses sermons, ses traités sont surtout théologiques ; il s'attache moins à détruire le papisme qu'à faire triompher certaines vérités et à montrer « le bienfait de la mort du Christ ».
« De même que le malade, écrit-il, ne va consulter le médecin que lorsqu'il se sent malade, de même le pécheur ne va au Christ que lorsqu'il connaît ses misères. Il ne suffit pas qu'il ait une connaissance spéculative de son infirmité, il faut qu'elle soit effective, autrement il ferait comme celui qui a une dent gâtée qui ne lui fait pas mal et qui dit : « Puisque je n'en souifre pas, il est inutile que j'aille chez le barbier. » Il ne faut pas seulement que tu sentes ton mal, il faut aussi que tu sentes ton impuissance à le guérir, car notre superbe est si grande que, sans cela, nous ne consentirions pas à nous humilier en Jésus-Christ. C'est pourquoi les publicains et les pécheurs précéderont au Ciel les scribes et les pharisiens. Notez que le pécheur, avant qu'il se justifie et sente le grand bénéfice qu'il a reçu du Christ, ne se plaint pas de ses péchés parce qu'il a offensé et déshonoré Dieu, mais parce
1,6 COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME
„u'il en souffre dans ses intérêts. Il est donc ncces- TJZZ sente ses péchés comme le jux qm vo. ' ul est damné, et c'est à cela que sert la loi de Toi Et alors tiennent des terreurs et des epou- Moise. M pécheur éprouve qu il ne peut
irtrertril^LetUdLspéredoses^^^
^? n:i sorcœt ra:;r L^cH?S4^ -
irent ar ve, Son saint'paul, la plénitude « 1. 1. o-râce • alors tu sentiras que Dieu ta TaSmé qVe meUant sur son fils unique tout le ITLsDéchés iiralaissé crucifier pour toi... -> ^"tinfon'ïochino sur le salut que Dieu réserve aut uns refuse aux autres sans qu'aucune action personne e puisse changer les décisions célestes ^.trouve exprimée dans le « Discours que do.t faire C "ec /ésus-Christ .> : « Ton.pèrejenv monde pour me sauver. Pourquoi n obe,s-tu pas à Z nlre en me délivrant de mes grandes iniquités ? e sE bien que tu n'attends pas que de moi-même Se hors^de péché parce cela m'est impossible d'autantplus qu'en ce monde, je, ressemble a saint PiSirqu'and il était en prison. Car je me trouve en
ondes de mes charnelles affections. »
Dans un sermon sur la prédestmat,on (XXVll), il
ûTi narle en ces termes :
/nous sommes assurés que tous nos pèches ne peuvent empêcher la divine élection n. diminuer
ÉCRITS DOCHINO.
OU éteindre la divine charité ; bien plus, Dieu prend occasion de nos péchés pour montrer l'excès de son amour. Mais nous ne devons pas pour cela demeurer oisifs ni attendre la manne du Ciel, mais nous devons nous sentir poussés à aimer Dieu d'autant plus qu'il se montre à nous avec plus de bonté. Les hommes que Dieu n'a pas régénérés sont d'âme si basse et si vile par leur péché, qu'ils ne peuvent supposer que Dieu soit assez généreux pour leur attribuer le paradis sans leur coopération. » Quant à l'objection que Dieu se montrerait partial en choisissant les uns et en condamnant les autres, Ochino y répond dans sa dissertation du « Pourquoi » du même ton que Luther et Calvin : « Plusieurs se demandent pourquoi Dieu n'a pas élu tout le monde.. . L'homme étant libre est imparfait ; il a besoin d'une règle. Mais la volonté de Dieu, bien qu'elle soit libre, n'a pas besoin de règle, parce qu'elle est parfaite et partant ne peut faillir. La bonté des choses créées doit se mesurer par la règle et la volonté de Dieu. On devrait dire : Dieu veut qu'elles soient ainsi, donc elles sont bien. Mais les hommes jugent autrement. Ils veulent apprécier Dieu à la mesure de leur sensualité et de leur aveugle jugement, disant : Cette chose me nuit, donc elle est mauvaise, cela ne me plaît pas ainsi, cela ne me satisfait point, il me semble que cela devrait être d'autre sorte, cela est donc mal. Mais tu devrais dire : cela plaît à Dieu lequel le veut ainsi et ne peut faillir ; cela est donc bien. Et pour savoir qu'une chose est bien, la seule réflexion que Dieu la veut ainsi, devrait avoir plus
LA KÉFORME EN ITALIK. 12
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n^rirsïtut:il!nn".ésus, dit-il adieu., «celui qu set j ^^^^.^^^^ ^^ ^ ^, cour-
sent «-^ l"\^^\ P^^^a^trement. car celui qui se rait avoir cette P^^" ^" ^^^^^ ^^^, cesse, doute
plaint, se ^^^'fJ^^J^ni pénitence et s'il ne s'il n'a pas fait ««f ^^™^\. ^^ ^,„afi, en Christ sera pas tenu ^pl"«; ^f ';\^;\ ,,^îs de ne pas sait, au contraire, M^^J^^^J ^^ ^ ^ ,,„i^,t adopté
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'' "'"7 ists œuv^es'des hommes et des anges basses Toutes les œuv ,^ j^ ^^^yi^^e
ne suffiraient pas à Ja^e P ^.^^^^ ^.^^^ ^^^^ d'une seule àmc , ^^^^ , ,oma,e il con-
^'trUn:':euTe chl a purg! le monde de ses Tk , îe sane du Christ avec lequel il a lave ses pèches, l«.f "^""^ ^t il j^.y aura qu'un purga-
f "^- Ïsu :uUé c'est tout ainsi que, dans un toite, Jésus c uci , ^^ ^^^^ g^j.gjt
'''''' eTZrS S tout le mal dont les memr 'au Ïent plus à souffrir, la tête serait le Pga^; US ies ne doivent pas, pour se pun-
ÉCRITS D'OCIUNO.
fier, passer par le feu mais par le Christ, seule voie pour aller à Dieu. Dieu punirait-il ses élus, non pour leur avantage mais pour se payer par le feu? Le penser serait une grande impiété. Il n'y a pas dans tout rAncien Testament une parole relative au purgatoire. Mais, dira-t-on, il est dit dans les xMacchabées qu'il est bon et salutaire de prier pour les morts. A quoi je répondrai que ce livre n'est pas parmi les livres canoniques reconnus et approuvés, et que, en admettant qu'il s'agisse d'une parole divine, elle signifie simplement que, avant la venue du Christ, il fallait prier pour la hâter afin que les morts ne restassent pas longtemps dans les limbes, fussent délivrés de leurs péchés et jouissent de la contemplation de Dieu. Donc, de ces mots on ne peut guère inférer que l'existence du limbe, non celle du purgatoire. Mais les prêtres et les moines ont fabriqué le purgatoire, car ils ne vivent pour ainsi dire que des morts. Ils conseillent de faire des largesses aux morts, parce qu'ils savent que les morts ne mangent pas et que c'est eux qui profitent de ces largesses. S'ils étaient vraiment animés de l'esprit de charité, ils nourriraient les âmes faméliques avec la parole de Dieu, avec de bons exemples et dispenseraient aux pauvres leurs revenus. Comment parmi les papes qui ont, à ce qu'ils assurent, une puissance plénière, ne s'en est-il pas rencontré un qui ait eu la générosité de dérober au purgatoire toutes les âmes qui y souffraient et Tait fermé et verrouillé en sorte que personne n'y serait plus entré? »
COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME
Dans son Dialogue sur le purgatoire S Ochmo résume ainsi, en terminant, ses arguments :
c< On ne saurait introduire en l'Eglise une plus grande impiété, ni un plus grand sacrilège, m une chose plus pernicieuse et plus horrible que le Purgatoire et l'opinion qu'on en a est fondée sur des blasphèmes, des mensonges et des tromperies diaboliques. Et qu'il en soit ainsi, on peut le prouver par les raisons que voici : En premier lieu elle obscurcit la gloire de Dieu et sa Loi sainte En outre cette méchante opinion annihile Jésus-Christ et son Évangile. Ensuite le Purgatoire est l'origme et la source non seulement de toutes les tromperies, de tous les abus et de toutes les faussetés du pape, mais aussi de maux inouïs, car du Purgatoire sont nées les messes pour les trépassés, les vigiles, les sacrifices pour les morts, les pèlerinages, les œuvres de superérogation, les indulgences, les pardons les jubilés, les stations et tels autres badinages. Il en est aussi sorti ceci: que les hommes ont pris une plus grande délectation à toutes sortes de vilenies et méchancetés, dans la pensée qu'à force d'argent ils pourraient obtenir indulgence plénière de tout
châtiment et de toute faute". »
Traduction italienne en 1556, française en 1559. Ces tiaductions si rapprochées montrent la vogue de ce dialogue.
TZ Dialogue de M. Bernardini Ochim, Senois, Pans, 1559, T> 98 oife trouve le passage suivant sur l'intercession des saints: !'Les sants nont point de mérite propre, c'est-à-d.re qu'ils aien acal d^eux-mêmes, comme je Tai montré, et pour cette raison Us n en peuvent communiquer aux autres. Que s'ils en avaient, U ne ?audraH point qu'ils s'en privassent eux-mêmes en les donnant aux
ÉCRITS DOCHINO.
Ochino cite la parabole des quatre-vingt-dix-neuf brebis qui voulurent se sauver par elles-mêmes et périrent tandis que celle qui, se sentant perdue, mit toute son espérance dans son pasteur, fut sauvée. Il rappelle les paroles de saint Paul : « Je ne vis pas, mais le Christ vit en moi » et il ajoute : « Nos œuvres plaisent à Dieu par le Christ, car autrement elles sont péchés. » Ailleurs : « Ceux qui n'ont pas une foi vive ne peuvent participer aux mérites de Jésus quand bien même le pape userait de toute son autorité pour les gratifier d'indulgences. Mais celui qui croit fortement en Jésus s'empare de ses mérites, plus ou moins, selon la grandeur de sa foi. Ceux qui s'imaginent que, parce qu'ils se sont imposé des actes ardus et des œuvres difficiles, ils se feront pardonner leurs péchés, crucifient Christ de nouveau et enterrent son grand bienfait. C'est Dieu qui a été offensé, c'est à lui de pardonner. C'est pourquoi il est inutile d'aller à Rome ou à Jérusalem, mais on doit aller à Dieu qui, étant immense, est partout; il est
autres, encore qu'ils le pussent faire, car i]s ne leur seraient point superflus ains nécessaires par quoi tout ainsi que les saints pécheraient s'ils se privaient de l'esprit de Dieu. »
Le Concile de Trente traita du Purgatoire en 1563 et décréta : « L'Eglise catholique ayant toujours enseigné, conformément à la Sainte Ecriture et à la doctrine des Pères, qu'il y a un Purgatoire et que les âmes qui y sont détenues sont soulagées par les prières des fidèles et par les messes, le Concile commande aux évêques de faire enseigner la sainte doctrine sur cette matière, de bannir des prédications qui se font devant le même peuple, les questions subtiles et les opinions incertaines, de défendre tout ce qui tient de la curiosité ou de la superstition... » Sarpi, p. 780. Pallavicini, liv. XXIV, cap. IV, n. 10; cap. v, n. 4.
COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME
inutile d'entrer dans telle ou telle église matérielle, mais dans celle de Dieu dont Jésus a dit, dans saint Jean : « Je suis la porte ». Et il n'est nul besoin de dépenser de l'argent pour en obtenir l'accès, car le Ch* ist en a beaucoup dépensé en répandant son sang pour nous racheter.
« Pour ce qui est de la confession, si elle était un précepte divin, il faudrait se confesser sans cesse comme on doit toujours faire l'aumône ; si le Christ l'avait ordonné, comme le baptême, il l'aurait ordonné de telle sorte qu'elle n'obscurcirait pas son sacrifice; il aurait dit : « Je veux que celui qui a péché et désire être sauvé aille trouver le prêtre pour demander aide et conseil et je veux que le prêtre le pousse à se rendre compte de sa faute. Mais alors il ne conviendrait pas d'énumérer ses péchés ni d'avoir confiance en soi-même et en ses œuvres pour les laver. Celui qui pense que par le Christ ses fautes lui seront pardonnées ne peut se confesser. » Mais saint Augustin a parlé de la confession dans son livre De vera et falsa^. « Qui ne sait aujourd'hui que ce livre n'est pas de lui, mais d'un auteur ignorant et superstitieux. Comme on pèche sans cesse et qu'il est impossible d'énumérer tous ses péchés, c'est une chose tyrannique que d'imposer, sous peine de péché mortel, à celui qui se confesse de n'en omettre aucun. »
1. Sans doute, il s'agit de récrit de saint Augustin De vera Religione qn Arnault a traduit sous le titre de : Le Livre de saint Augustin de la Véritable religion, Paris, 16^7. Zwingle est l'auteur d'un livre : De vera et falsa...
ÉCRITS D'OCHINO.
« Je loue et j'approuve la sobriété, car la loi divine nous commande de vivre avec tempérance. Vivre avec tempérance est la perfection : or, comme c'est un crime de dépasser les limites, que la tempérance est une loi naturelle et divine, il s'ensuit que les préceptes et les vœux d'abstinence sont impies. Le rôle de l'Église était d'exhorter les incontinents à devenir tempérants. Oh! que misérable est le sort de ceux qui vivent sous le joug de l'Antéchrist! Les juifs n'avaient dans toute l'année que quatre jours de jeûne et ils étaient esclaves et aux libres fils de Dieu on en impose un nombre infini et on leur défend les aliments les plus sains. Les apôtres ni même le Christ n'ont jamais commandé un seul jour de jeûne. Ceux qui prétendent en savoir plus que le Christ et être plus saints que les saints et ont osé faire des règles à leur fantaisie, ont accru le règne de l'Antéchrist. »
La clôture parait à Ochino « une stupidité impie, contraire à la charité, car on n'a pas le droit de s'enfermer comme si on ne devait jamais avoir besoin de ceux qui sont au dehore et comme si on ne pouvait jamais les aider que par des oraisons ». Et il soutient que mille raisons permettent de rompre les vœux monastiques.
« A ceux qui diraient : « Si nous rentrons dans le siècle, nous courons risque de commettre des péchés », je répondrai : « 11 est certain qu'en n'y retournant pas, vous êtes impies et cruels, car ceux-là sont dépourvus de charité qui laissent
COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME
souffrir leur père quand ils pourraient lui venir en aide. Que le Christ ait dit à celui qui voulait le suivre seulement après la mort de son père : (( Laisse aux morts le soin d'ensevelir les morts », cela ne nous décharge pas du devoir de charité, car le père de cet homme n'était pas dans le besoin et, au surplus, il n'était pas question de vœux éternels. »
(( Pour savoir ce que valent les vœux, dit Ochino, il faut examiner à qui ils sont faits, dans quelle intention et par qui. Or nous les adressons à Dieu qui est la bonté infinie, que nous devons honorer sans cesse et par tous les moyens possibles, par conséquent nous ne pouvons promettre de faire pour son honneur et pour sa gloire aucune chose à quoi nous ne soyons tenus sans promesse ni vœu. Donc les vœux sont impies, vains et non valides. Notre devoir est de vivre selon la volonté de Dieu, cheminant par les chemins où il nous appelle sans nous lier par un vœu à une façon de vivre, parce que Dieu peut vouloir que demain nous vivions d'autre façon. C'est se faire volontairement juif, retournant sous l'ancienne Loi. Les vœux sont contraires à la grâce et à l'Évangile. Si j'avais à prononcer des vœux, je m'engagerais à vivre au jour le jour selon ce que Dieu m'ordonnerait. Nous ne pouvons promettre que de faire le bien et d'avoir de bonnes pensées. Mais que dirai-je? La plupart s'imaginent obtenir par des vœux et non par le Christ, la rémission de leurs péchés, l'indulgence plénière; ils espèrent devenir des
ÉCRITS D'OCmNO.
saints et être plus parfaits que les autres. Si la loi de Dieu, d'après Paul, ne justifie pas, pensez-vous que les règles des hommes et les vœux de l'observer puissent justifier? Si on y regarde de près, les vœux sont prononcés comme si Dieu était une sorte de trafiquant qui vendrait ses grâces au lieu de les avoir toutes données. Mais on dit qu'ils ont fait des vœux pour la gloire de Dieu. Or ils ne connaissent pas Dieu ni le Christ et, s'ils le connaissaient, ils ne feraient pas de semblables vœux; ils ignorent son grand sacrifice. Mais nous qui avons été délivrés par le Christ de la Loi ainsi que des vœux, nous devons chercher notre salut en lui et non par l'observation de promesses qui ne s'observent que sous le règne de l'antéchrist. »
L'Ochino parle de même des pèlerinages. Les chrétiens qui s'en vont au loin chercher la remise de leurs péchés lui semblent bien fous, puisque le Christ a dit que le royaume de Dieu est en nous et que saint Paul assure que la foi suffit pour se justifier sans changer de place, pourvu que l'on change d'esprit. « Il fallait, dit Ochino, avant que Jésus vînt, aller adorer Dieu dans le temple de Jérusalem; à présent, il n'est pas nécessaire de l'adorer en tel ou tel lieu, si on l'adore en Christ, en esprit, en vérité. Les lieux saints portent plus à la superstition qu'à la dévotion. La voie que suivent les pèlerins spirituels est celle du Christ ; ils s'en vont légers; s'ils tombent, ils se relèvent; la pluie ni le vent ne les arrêtent. »
En ce qui concerne l'Église romaine, Ochino
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commence par faire observer que si elle ne peut se tromper, il doit lui être Jjien iaditrérent qu'on Taccuse d'errer et que si, au contraire, elle peut errer, il importe peu d'encourir son déplaisir. (( Par l'Église romaine, dit-il, j'entends le pape, ses cardinaux, ses évoques et ses prélats. Or s'ils étaient tou^ réunis et décidaient d'une chose, je ne serais pas persuadé qu'ils n'ont pu se tromper; car, loin d'avoir une grande science, ils en ont peu, en réalité tout occupés qu'ils sont de cérémonies, de procès et d'intrigues, de chasses, de jeux et de banquets. S'ils ont quelque science, c'est en astrologie pour prévoir l'avenir, et en jurisprudence pour faire des procès. On ne saurait dire que l'Église romaine est celle du Christ, parce qu'elle est plus riche que les autres, plus puissante, plus magnifique dans ses cérémonies car, au temps de Jésus, la synagogue avait des lévites, des prêtres, des pontifes, des scribes, des sacrifices et des cérémonies, et cependant elle n'était pas l'église de Dieu, mais de Satan. Pour reconnaître la véritable Église du Christ, il ne faut pas considérer sa splendeur extérieure, ni ses richesses, ni sa grandeur, ni ses dignités, ni les titres de ses prélats ; il faudra voir si elle possède l'Évangile, la parole de Dieu et la vraie foi en Christ. On m'objectera : « Il faut qu'il y ait une Église, mère des autres, qui resplendisse et qui gouverne les autres. » Mais existaitil une Église uni ]ue au temps de sa splendeur, au temps de Noé, d'Abraham, d'Isaïe et de Jérémie? On dira : « Il faut que l'Église ait un
ÉCRITS DOCHINO.
siège. )) Le Christ a dit le contraire. Il n'est pas utile que l'Église soit vêtue de certaine manière, accomplisse certaines cérémonies, soit en un certain lieu ; il suffit que ses fidèles aient l'esprit de Dieu pour être son Église. On dira : « Il nait parfois des doutes entre les chrétiens et il convient de les résoudre. » Je répondrai que celui qui connaît le Christ et a une foi sincère en lui, sait tout ce qui est nécessaire à son salut. »
On Ta vu, Ochino mêle parfois une pointe d'ironie à ses graves paroles; quand il en vient à parler de la simonie, sa malice se donne libre cours. « C'est bien à tort, dit-il, qu'on a reproché ce péché aux représentants de l'Église romaine ; ils commettent tous les autres péchés assurément, mais pas celui-là. Qu'est-ce que la simonie? L'acte de vendre ou d'acheter les dons et les grâces de Dieu comme le fit Simon le Mage qui, voyant les apôtres donner aux fidèles les dons du Saint- Esprit, demanda à les acheter. Mais comment vendre ce qui est sans prix? On raconte qu'un peintre donnait ses tableaux parce qu'il estimait qu'on n'aurait jamais pu les payer à leur juste valeur. Il en est de même des dons du Ciel. Ce serait un crime pour un prince de vendre la lumière du soleil ; on ne doit pas plus vendre le Christ, soleil divin. Mais les prêtres ne peuvent vendre la grâce du Christ puisqu'ils ne l'ont pas
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