Cantu, Eretici, vol. II, p
2. Tacchi-Ventiri, p. 322. Ricotti, Delta Rivoluzione protestante,Turin, 1874, p. 303.
LES ACADEMIES. — LES UNIVERSITÉS
de perquisitionner chez les académiciens en môme temps que dans les monastères, car, à Modène comme ailleurs, les idées nouvelles y trouvaient des partisans ardents. L'enquête n'eut pas de suite. L'année suivante (1538), un Sicilien, Phileno Lisia, dit Paolo Ricci, vint à Modène; il groupa ceux qui avaient fréquenté les séances de l'académie de Grillenzone, les prêcha et leur communiqua son zèle. Comme les esprits étaient préparés, la majeure partie de la population fut bientôt gagnée; chacun se mit à interpréter saint Paul, à approfondir saint Jean, à consulter et à solliciter les Écritures ; on disputait dans les salons et dans les boutiques, dans la rue et dans les églises '.
11 en fut bruit jusqu'en Allemagne et Bucer écrivit aux Modénois pour les louer de leur zèle. Le duc de Ferrare dont dépendait Modène donna l'ordre d'arrêter Ricci ; il fut pris dans un village voisin, Stoggia, et envoyé à Ferrare. On obtint de lui qu'il se rétractât.
Les Modénois n'en persistèrent pas moins dans
1 « En 1540, arriva à Modène, dit Tassoni, un homme du nom de Lisia qui reçut le meilleur accueil, car il était fort lettré et connaissait à merveille les Saintes Ecritures, il se mit à prêcher sur les Epîtres de saint Paul, non en public, mais dans un cercle de disciples acquis, comme lui, aux doctrines hérétiques; le nombre en était grand alors à Modène. Ses prédications, dont le bruit se répandit dans la ville, en convertirent bien d'autres, non seulement parmi les personnes éclairées, mais aussi dans les classes les plus humbles et les moins instruites; les femmes même furent gagnées, en sorte que sur les places, dans les boutiques, dans les églises, on disputait publiquement de la loi du Christ ; les Écritures Saintes étaient déchirées; on argumentait sur les docteurs de l'Eglise que personne n'avait jamais lus. » Tassoni, Cronaca, p. 331. TiKABOScni, vol. VII, p. 151 etsuiv.
COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME
la voie qu'il leur avait ouverte et leur exaltation devint telle que des prêtres furent injuriés; ils envoyaient de l'arpent à leui*s coreligionnaires d'Allemagne; les moines prêcheurs étaient pris à partie; on disait d'eux ouvertement qu'ils n'unissaient pas toujours « à la bonté de leur cause rexcellence des arguments et la pureté des mœurs ». L'académie avait pris la direction du mouvement. Le cardinal Morone, évêque de Modène, qui n'était pas pourtant un adversaire bien décidé des idées protestantes et que l'Inquisition traita en hérétique, s'épuisait à ramener son troupeau à d'autres sentiments. Il écrivait au cardinal Alessandro Farnese que la ville était infestée de luthéranisme, qu'on lui répétait qu'il y avait plus d'hérétiques à Modène qu'à Prague, que l'on y médisait publiquement de la messe, du purgatoire, du culte des saints, et il se plaignait que les prédicateurs n'osaient venir prêcher dans les églises de peur des railleries, des quolibets et même des mauvais traitements dont ils se savaient menacés. Un peu plus tard il informait le cardinal Contarini que « toute la ville avait embrassé le luthéranisme^ ».
Il exagérait. Le pape Paul 111, voulant savoir le vrai de la situation, s'adressa à Gregorio Cortese qui était originaire de Modène (10 décembre 15^1) et celui-ci, sans nier que la dévotion de ses com-
1. Bernabei, Vita delCard. Morone, Modène, 1885, p. 40etsniy. A. QuiRiNi, Episf. Reginaldi Poli, card. et aliorum, Brixi», 1788, vol. II, p. 286, lettre au card. Contarini, Modène, 3 juillet 1542. Cf. Maccrie, p. 87. Fontana, loc. cit., p. 388, 389, 400.
LES ACADÉMIES. — LES UNIVERSITÉS
patriotes et leur soumission à TÉglise étaient moins complètes que jadis, néanmoins ne les dépeignit pas sous des couleurs aussi sombres que leur évêque*. Aussi le pape envoya-t-il à Modène le cardinal Sadoleto et Cortese, qui devint cardinal en juin 15V2, pour lui rendre compte de la véritable disposition des esprits-. Les deux prélats, soit que le danger ne leur parût pas menaçant, soit par crainte d'exaspérer les passions, recommandèrent au pape d'user de mansuétude et de se borner à exiger des membres de l'académie et des autres partisans des doctrines hérétiques, la signature d'un formulaire assez vague dans lequel ils attestaient leur attachement à la foi catholique et leur éloignement de toute innovation. Ils suggéraient également au pape d'autoriser le clergé à absoudre les hérétiques repentants sans leur infliger de pénitence.
L'un des membres de l'académie, l'écrivain Ludovico Castelvetro, adressa une lettre au cardinal Sadoleto pour l'assurer, au nom de ses confrères, de leur fidélité au Saint-Siège et, de fait, tous les membres de l'académie signèrent, le 1" septembre 1542, en présence des deux enquêteurs, la déclaration qui leur était imposée. Grillenzone se trouvait parmi les signataires ainsi que Giambattista Tassoni-, Bartolomeo Fontana et Castelvetro.
Il est certain toutefois que Castelvetro partageait
1. Il faut cependant remarquer que Cortese était alors au Mont- Cassin.