‹ La reforme et la ligueChapitre 2 sur 26 · A M. LE CHANCELIER PASQUIER · texte numérisé non relu

A M. LE CHANCELIER PASQUIER

Monsieur, une révolution d'intelligence et de justice s'opère en ce moment dans Tesprit d'une génération studieuse. Le catholicisme et le. moyen âge, union mystérieuse de poésie et de nationalité, n'excitent plus les dédains superbes, les haines moqueuses de la philosophie. Le dix-huitième siècle avec sts froides dissertations, ses sceptiques études ne glace plus l'imagination toute colorée de ce beau passé de cathédrales , de pompes d'or et d'encens , de chevalerie, de tournois et de nobles dames. De ce que notre société repose sur d'autres éléments, sur d'autres bases, nous ne concluons pas que tout ce qui nous a précédés était abus et barbarie ; entourés encore de magnifiques débris, nous avons cessé de mépriser la civilisation qui les créa. Nous entrons dans une ère d'examen et d'impartialité.

Quand on étudie cette vaste époque du onzième au quinzième sièc'e, qui peut, sans s'émerveiller, considérer l'immense gouvernement de l'église, cette admirable hiérarchie des évêques, des légats , parcourant l'univers chrétien agenouillé devant la parole ; les conciles , congrès du monde délibérant par le terrible ana- , thème ; les pieux monastères, refuges d'égalité offerts à la bourgeoisie, aux manants, aux serfs même , pour s'élever fièrement ensuite, la mitre en tète et la crosse en main, contre le baron bardé de fer qui opprimait la terre ; ces nombreuses confréries de métiers qui invoquaient dans une dévotion commune leurs saints patrons et leur charte de privilège ; ces villes municipales libres et catholiques ; partout la puissance de la conscience humaine ; les chaires retentissantes

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sur les places publiques , et soulevant la multitude pour une idée » pour un sentiment; et au-dessus de cette belle organisation, le pape, autorité d'ordre et d'unité, et pourtant élective et populaire sans autres armes que quelques bulles écrites au Vatican ?

Le catholicisme est au moyen âge la force morale opposée à la force brutale de la conquête ; ses miracles, ses légendes ne furent que la symbolique d'un système qui, grandissant la faiblesse et la vertu, les opposait avec une auréole céleste à la violence territoriale des hommes d'armes brandissant leur puissant gantelet.

Cette place imposante, que le catholicisme absorba pendant quatre siècles, relève l'importance de la révolution qui le front haut en attaqua l'autorité. La lutte fut vive et profonde ; ceux qui n'aperçoivent dans la marche de l'esprit que la superficie, pourront sourire à l'aspect des discussions théologiques en vertu desquelles la réfqrme se posa au milieu des nations > en creusant un peu, Monsieur, on n'a plus le même mépris pour des disputes qui touchaient à des Intérêts aujourd'hui effacés du livre de la vie. Quand 1^ sopiété a conquis certains principes, elle oublie les sueurs des géi^érations qpi pat combattu pour les obtenir. £n pleine possession de la liberté d« conscience, nous n'avoqs plus la mémoire des trois siècles qui furent eipployés ^ une lutte laborieifse. Ce qui nous parait incoqcevabla était une croyance pour qps pères : ces grandes thèses sqr le Ubre arbitre, sur les mystères, sur les indulgence^, spr l'autorité et l'examen^ n'offraient pas des controverses sans but dans une société religieuse ; n'était-ce pas toujours, d'ai)leurs, les luttes philosophiques entre le pouvoir et la liberté ? luttes qui se prolongent squs d'autres formes au milieu de nous , parce qii'elles se rattachent au problème le plus diflicHe à résoudre. On a jetp trop fie mépris sur la théologie catholique au moyen âge. La scolastique ne fut point un système absurde : les peuples ne s'enthousiasment pas pqur des chimères ; la scolastique était un fond de doctiines et de niétl^odes sur des qqestions alora sociales. Supposons , Monsieur, que dans quelqi^es siècles de nous , tous les principes politiques aujourd'hui contestés soient admis dans le droit des nations : comment cette génération d'avenir envisagera-tclle les petites dissertations de notre présent , les subtiles distinctions qui pourtant préparent la vérité ?

Le reforme fut une violente attaqi^e coatie im système puissant

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