IDÉES DES JUIFS DU TEMPS DE S. PAUL
cette harmonie des deux écrivains sacrés, se complétant l'un par l'autre. On n'avait pas même rencontré une ditïicuîté particulière à les mettre d'accord, attendu qu'on partait toujours de ce principe, que, par œuvres de la loi , saint Paul n'entend nullement les œuvres évangéliques, les actes de foi, de charité, d'obéissance intérieure, etc., mais quelque chose de tout ditrérent : principe sans lequel il est impossible de mettre de l'unité dans la seule doctrine de saint Paul luimême. Mais, à partir de 1517, ce fut tout autre chose.
Afin de donner à la vraie doctrine de saint Paul la force de l'évidence, il est indispensable de porter notre attention sur l'idée qui dominait alors chez les Juifs et qui fit obstacle aux efTorts de l'Apôlre, pendant toute la durée de sa carrière. La grande erreur des Juifs, à l'époque des Apôtres, le plus puissant motif qui les empêchât de reconnaître l'Évangile , fut leur attachementobstinéàlalettre de la loi, leur esprit de pure légalité^ cette morgue de la loi, cet orgueil de mérites qu'ils portaient dans toutes' les relations de la vie morale et religieuse, tant d'individu à individu que de peuple à peuple. En conformant ses actions à la lettre delà loi, le Juif croyait, malgré toute son impureté intérieure, avoir accompli la justice divine; il vouait à cette lettre un culte qui absorbait toute son activité religieuse, et regardait comme la tâche de son existence d'en devenir le serviteur accompli.
Saint Paul reconnut dans cet esprit d'étroite légalité le principal adversaire, l'ennemi irréconciliable de l'esprit chrétien, et sa mission divine fut de le combattre et de le terrasser. Suivant la doctrine et la pratique judaïques. Dieu n'exigeait par la loi que l'œuvre extérieure et l'obéissance extérieure. Les œuvres intérieures, les penchants et les affections de la volonté, étaient regardées par les docteurs juifs comme placées en dehors de la volonté humaine, comme des choses que la loi ne commandait ni ne défendait; en outre, la nécessité du secours de la grâce leur était totalement inconnue. L'homme , disaient-ils, devait acquérir la justice et mériter le ciel par l'œuvre extérieure qui est entièrement en son pouvoir. Quant aux péchés intérieurs, à la domination des penchants vicieux sur l'âme , comme la loi ne les avait point frappés d'un châtiment déterminé , ils les re-
LE JUDAÏSME ET LA JUSTIF. DE l'hOMME. 321
gardaient comme choses indifférentes, dont le juif dépouillait sans peine la coulpe par le sacrifice quotidien. Les mauvais désirs, les intentions de péché n'étaient point péché à leurs yeux, tant qu'ils ne se traduisaient pas par un acte extérieur, ou ne se rapportaient pas à l'abandonnement de la foi. Dans la question de la justification de l'homme devant Dieu devait se concentrer et se résumer toute la lutte entre le légalisme judaïque et l'Évangile. Même parmi les Juifs complètement imbus de l'esprit de la loi, qui trouvaient dans les cérémonies et les sacrifices d'usage une satisfaction complète pour leurs besoins religieux et les exigences de leur conscience , et qui n'avaient point éprouvé ce désir secret de rédemption et de véritable sanctification que le Christ seul peut satisfaire , il y en eut des milliers qui adoptèrent la foi en Jésus-Christ comme dans le Messie promis. Mais cette foi ne devint pas pour eux le point de départ pour une nouvelle vie, le principe d'une nouvelle activité, animée par la charité et essentiellement différente de celle qu'ils avaient eue jusqu'alors conformément à Ja loi : avec la croyance au Messie et à sa venue, ils restaient et voulaient rester, par principe, ce qu'ils avaient été jusque-là : serviteurs fidèles et zélés de la loi mosaïque , qui venait, selon eux, après une longue interruption dans la série des prophètes et un oubli partiel de la loi elle-même, de recevoir une consécration nouvelle et éclatante par les miracles de Jésus, par son caractère pur et sublime et par le martyre infligé au grand Prophète, et Messie nazaréen par les Romains. De cette manière, la foi en Jésus devenait pour eux la clef de voûte de leur ancien édifice, mais non la pierre fondamentale d'un édifice nouveau. Ils étaient et demeuraient justes devant Dieu, suivant leur opinion, par leur zèle dans les pratiques du culte; et la rémission dont ils pensaient encore avoir besoin malgré leur justice propre, ils la trouvaient abondamment dans les sacrifices prescrits par Moïse. Forts du sentiment de leur justice légale et de leurs privilèges de race, ils continuaient à regarder d'un œil plein de suffisance ces Gentils qui ne pouvaient arriver à Jésus-Christ qu'après s'être soumis, comme prosélytes, à la loi cérémonielle. Il était donc naturel et nécessaire que saint Paul prît pour m. 21
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base la justification de l'homme, ce point central qui domine le sentiment religieux, et qu'il s'efîbrçàt de convaincre les Juifs des points suivants : Premièrement ^ qu'ils n'étaient nullement justes et serviteurs parfaits de la loi , mais transgresseurs de la loi et pécheurs ; deuxièmement^ que le temps de la Tràpecia et de ràvoxvi de Dieu (Rom, m, 25, 26) était passée, c*est-à-dire que Dieu faisait cesser cette longanimité par laquelle, avant Jésus-Christ, il voulait ignorer les péchés des hommes; que le temps des expiations cérémonielles, des sacrifices propitiatoires était passé (Hebr., ch. x, ^. 18) et avait fait place à ràcpeai; du péché, par laquelle Dieu accorde un renouvellement intérieur qui brise la puissance du péché, comme il le décrit dans l'Ép. aux Coloss., ch. ii, f. 13, c'est-à-dire la substitution d'un cœur de chair au cœur de pierre, ou une rémission des péchés qui comprend le renouvellement présumé ou déjà commencé ; troisièmement , que la loi et la simple justice de la loi sont à cet effet entièrement inutiles, attendu que ia loi, malgré toutes les œuvres extérieures qu'elle prescrit, n'a pu guérir l'homme de son antipathie innée contre la vraie justice, et a, par conséquent, laissé ses œuvres mortes, et sa conscience chargée d'œuvres mortes; quatrièmement^ que la vraie justice de
* Car en abusant de celte longanimité, de celte indulgence divine, Israël, d'après la peinture que trace Ézéchiel (ch. xxxvr, j^. 17), avait profané le nom du Seigneur devant tous les peuples avec qui il s'était trouvé en contact, et Dieu n'épargnant son peuple « qu'à cause de son saint nom, » comme dit plus loin le Prophète, cette 7ràp£<nc7 de Dieu devait obscurcir aux yeux des peuples la sainteté de Dieu. C'est pourquoi le Seigneur fait immédiatement après annoncer par le même prophète une grande réhabilitation future de son nom chez les peuples, une révélation de sa sainteté et de sa justice : « Je sanctifierai mon grand nom, qui a été profané parmi les Gentils, et que vous avez profané parmi eux. Et les Gentils apprendront que je suis le Seigneur, Car je vous donnerai un cœur nouveau, et mettrai en vous un esprit nouveau, et J'ôlerai le cœur de pierre de votre chair, et vous donnerai un cœur de chair, et je mettrai mon esprit dans vous, et ferai de vous des gens qui marcheront dans mes commandements, et garderont mes ordonnances et s'y conformeront dans leurs actions {^. 23, 26, 27). » C'est là la promesse de l'àf^satç (p;ir J.-C.) qui prendra la place de l'ancienne Trapcaïa. Il est impossible de méconnaître que saint Paul, se référant à celte promessse, montre dans la nouvelle économie et dans le nouveau mode désormais institués pour la justification par Jésus-Christ, cette révélation de la jnslice (et de la sainteté) divine, qui maintenant (èv tw vuv jcaîpti)) prend la place de l'ancienne indulgence, qui ne voulait pas voir le péché, et de la longanimité, qui supportait rendurcissenaent de cœur des Juifs,