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QUERELLES

Sur le lihrc arbitre et le péclié origines (Synerg^isme et Flaciauisnie)

Dans les premières années de sa carrière de réformateur, alors qu'il était disciple de Luther, Mélanchlhon avait enseigné et professé avec beaucoup d'insistance une doctrine

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qu'il condamna plus tard comme une rêverie stoïcienne ou manichéenne. Que tout se fait en vertu d'une nécessité absolue et éternelle ; qu'il n'y a point de place dans l'ordre de l'univers, tel que Dieu l'a établi, pour les manifestations du libre arbitre d'une créature ; qu'il n'y a, par conséquent, aucune sorte de liberté ni dans les œuvres extérieures ni dans les œuvres intérieures ; que la nature primitive de l'homme, devenue péché, a été formellement anéantie, et qu'une volonté nouvelle est créée dans l'homme : voilà ce que Mélanchlhon enseignait dans son Commentaire sur l'Épître aux Romains, el même encore dans la dernière édition de ses Hypoty poses, publiée en 1525, en accompagnant cet enseignement de toutes ces sorties, déjà devenues en quelque sorte stéréotypes , contre l'aveuglement des papistes qui croyaient encore à un libre arbitre. Plût à Dieu , y disait-il, que quelque sophiste eût l'idée de le contredire, afm de lui fournir une occasion de réfuter en détail cette idée impie , folle et purement philosophique du libre arbitre. Toutefois il ne tarda pas à renoncer à cette manière de voir ; les écrits d'Erasme contre Luther ébranlèrent déjà sa conviction, et il semble qu'elle succomba tout-àfait sous l'appréhension des conséquences pratiques qu'entraînait cette doctrine de la passivité absolue de l'homme dans la conversion.

En rédigeant la Confession d'Augsbourg, Mélanchthon s'exprima déjà , et à dessein, de manière à supposer une coopération de la volonté humaine dans la conversion. Si, avec Bossuet, Plank et autres, on voulait interpréter en rigueur ces paroles de Mélanchthon : « Que, dans les choses relatives à Dieu, la volonté humaine est incapable de rien entreprendre ou du moins de rien achever (aut certe peragere)^ » on pourrait trouver môme qu'elles admettent un semi-pélagianisme, ou une action spirituelle de la volonté prévenant la grâce divine *. Mais la déclaration qui se trouve à la fin de l'article est plus claire : elle condamne les pélagiens, parce

• Pour avoir la preuve que celle inlerprélation n'csl ni nécessaire parle sens du tcxlc, ni conforme aux opinions de Mélanclilhon, voy. pur exemple, Weber, prolegg, ad Au g. Conf, Witlenberg, iy07, p. xii.

SUll LA PARTIC. DE LA VOLO]N lE DAÎ<S LA CO^NVERSION. 41 1

qu'ils enseignaient que nous pouvons, par les seules forces naturelles, aimer Dieu par-dessus tout et garder ses connmandements. 11 n'était donc point dans l'intention de Mélanchthon de rejeter une coopération de ces forces avec la grâce commençant à agir. Dans l'édition des Zoa, publiée en 1535, paraît déjà cette assertion, tant de fois attaquée depuis , que trois causes concourent à la conversion de l'homme ;la parole, le Saint-Esprit et la volonté humaine, qui ne demeure point oisive, mais lutte contre sa propre faiblesse. Dans l'édition de 1543, cette idée se développe déjà un peu plus ; l'assentiment de la volonté, la cessation de la résistance envers la parole de Dieu , y est désigné comme la troisième cause de la conversion, et il y est dit que la volonté peut aussi, d'après sa propre détermiiîation, repousser ou rejeter la parole divine entendue , et que dans la conversion il se fait une lutte où la volonté ne demeure nullement passive ou oisive et simple spectatrice, mais où, étouffant la résistance envers la parole divine , elle est spontanément active. Et cette activité, selon les Loci, consiste principalement en ce que l'esprit de l'homme, apprenant les promesses de Dieu , ne se livre pomt à la méfiance , ne doute point si elles sont vraies et s'il lui est permis de se les appliquer, mais s'efforce d'y adhérer, effort où la volonté est soutenue et secondée par le Saint-Esprit.

La doctrine protestante faisant pivoter toute la conversion de l'homme sur l'unique point de l'application des mérites de Jésus-Christ , il s'ensuivit que Mélanchthon dut revendiquer, au profit de cette application, la synergie qu'il voulait alléguer. Quand la bonne nouvelle de l'Evangile est annoncée aux hommes , il s'en rencontre beaucoup qui la méprisent ; d'autres se montrent méfiants, c'est-à-dire qu'ils s'arrêtent et demeurent dans les doutes et les scrupules {indulgent dilfidentiœ ) , ne sachant s'ils doivent réellement s'appliquer ces promesses, se tenir pour véritablement reçus en grâce, et croire à la rémission des péchés et à l'miputation de la justice de Jésus-Christ qui leur sont accordées. Ces gens-là résistent ainsi à la grâce et à la conversion, et s'ils persévèrent dans cet état, c'est leur propre faute qu'ils ne soient point convertis. Les autres, au contraire, se prè-

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tent spontanément à la grâce qui leur est offerte ; ils s'efforcent de croire, de plus en plus fermement, qu'eux nussi sont compris dans ces promesses , que leurs péchés leur sont réellement pardonnes , et qu'ils sont en effet justes ( conantur assentiri, fût-ce languide) ; ceux-là sont donc sûrement convertis *.

Dans l'édition des Loci ^ faite en 1548, Mélanchthon, par le même motif, approuva la définition donnée du libre arbitre de rhomme par quelques anciens , comme de la iaculté de se déterminer, de consentir à la grâce (facultas applicandi se ad yrailàm). Enfin, il déclara positivement que la raison pourquoi l'un se convertit et l'autre non, pourquoi l'un est accepté par Dieu et l'autre rejeté, doit se trouver dans l'homme lui-même, dans une opération de sa volonté , qui n'agit pas de la même manière chez l'un et l'autre 2. — Et pourtant, quelques années auparavant, en 1537, Mélanchthon avait signé les articles de Smalkalde, rédigés par Luther, où l'homme est déclaré esclave d'une nécessité absolue, et où on nie qu'il ait aucune espèce de libre arbitre relativement au mal et au bien, même dans les limites de la simple probité civile. Dans ces articles, en effet, on blâme comme une erreur des scolasliques d'avoir accordé à l'homme une faculté quelconque de se déterminer, de choisir entre le bien et le mal en général (et non-seulement dans ce qui concerne la religion).

Fidèle à sa méthode de changer ses écrits à mesure qu'il changeait d'opinions, et d'altérer même, au besoin, la Confession d'Augsbourg , il introduisit peu à peu dans cette profession de foi ses idées sur la coopération de la volonté. En 1540, il intercala, dans l'article 18, ces mots :

» Dans sa Posdlle (i, 613), c'est également à vaincre le doute ou la méfiance qu'il fait cnn.sister toute ropérution de la volonté dans la conversion : Hoc ordine convertit Dcus, ut quando ipse est in nobis ejjicax, concurrere. velit cogiialio' Tiem nostram in meditatione verbi, et molum voluntatis et cord'is cxpavescentis agnilione peccati et irœ Dei, et inter ipsos dolores aliquo modo se erigenlis fiducia (juantumvis languida divinœ. misciicordiœ^ et magis mtigisqve conantis rep^ignare diffldentiœ , et in hoc conatu seu lucta difjicili imploranîis openi et auxilium Dei.

^ ^'eces»e est, in nobis esse aliquam discriminis causani, eut Saul rejiciatur et David accipialur ; id est, necesse est, esse aliquam aclioneni dissimi'em in liis duobus. (Corp. doctr. christ, p. ^ê6.)

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