LUTHER : DE LA FOI SPECIALE OU LA CONFIANCE
comprend la spécialité de cette foi, la ferme confiance ou la certitude absolue que celui qui croit est en possession du pardon de ses péchés, qu'il a la justice et est agréable à Dieu.
« La fui ne saurait être la foi, si elle n'est la conviclion vive et inébranlable, en vertu de laquelle l'homme est certain, absolument certain d'être agréable à Dieu, d'avoir un Dieu qui se piait en lui, et lui pardonne en tout ce qu'il fait et entreprend, qu lui donne sa grâce dans le bien et lui accorde son pardon dans le mal *. »
Croire que tout ce que Jésus-Christ a dit est vrai, c'est avoir la foi des saints à la façon de Caïn. Cela ne suffît pas, et l'homme ne doit pas douter qu'il ne soit un de ceux à qui cette grâce et cette miséricorde ont été données, qu'il les a certainement acquises par le baptême ou le sacrement; et, dès qu'il croit cela, il doit dire de lui-même avec assurance qu'il est saint, pieux, juste, enfant de Dieu et certain de son salut, sans en douter en aucune façon 2.
« Ces paroles : Celui qui m'a aimé, etc., sont pleines d'une grande et puissante consolation. — Et celui qui pourra dire ce petit mot me avec cette foi qu'avait saint Paul, et se l'appliquer à lui-même, comme fit l'Apôtre, celui-là pourrait aussi combattre avec vigueur contre la justice de la loi, et contre la prétention qu'elle nous est avantageuse et utile devant Dieu. — Habitue-toi à saisir, à comprendre avec une foi certaine ce petit mot me, à te l'appliquer à toi-même, et à ne point douter que tu ne sois au nombre de ceux que ce mot me a désignés ^. »
Le passage suivant nous révèle encore plus complètement les sentiments particuliers du réformateur et la marche de ses idées :
« Que chacun applique tous ses soins à se persuader avec certitude que Dieu l'a reçu en grâce, et qu'il lui est agréable par sa personne et par ses œuvres. S'il sent son cœur chanceler encore et se laisser aller au doute , qu'il s'exerce dans la foi, qu'il lutte et combatte contre le doute, qu'il tende de tous ses efforts à acquérir la plus grande certitude possible, de manière à pouvoir se dire : Maintenant, je suis bien certain, absolument certam que je suis agréable aux yeux de Dieu et que je jouis de sa grâce, que je possède le Saint-Esprit, non pas pour mes
• L. c. lY, 1069. — 2 L. c. XII, 284. — » L. c. vm, 1924, 1929.