CERTITUDE DE L\ GRACE
mérites et mes vertus , mais pour l'amour de Jésus-Christ, qui s'est soumis à la loi pour nous et s'est chargé des péchés du monde. C'est à lui que je crois. Si, de ma personne, je suis et demeure encore un pécheur, sujet à s'égarer et à faillir, Jésus- Christ demeure juste, ne pouvant ni errer ni pécher. En outre, j'aime à entendre parler du Christ, à lire, à chanter, à écrire sa parole, et je ne désire rien tant que de voir son Evangile répandu sur toute la terre et les hommes s'y convertir en foule. Voilà des signes certains de la présence du Saint-Esprit en nous : car cet amour, ce désir de Jésus-Christ ne peut nous venir de nos facultés humaines *. »
Ainsi, ce n'est pas l'amour de Dieu et du prochain, se manifestant activement par de bonnes œuvres, qui constitue le critérium de la présence du Saint-Esprit en nous, c'est le plaisir que nous trouvons à écouter la doctrine de Jésus-Christ, et à croire qu'il a satisfait à tout pour nous, de sorte que nous n'avons plus qu'à nous imputer cette satisfaction comme l'ayant faite nous-mêmes. Quiconque aime à entendre ces choses-là et croit en même temps que Dieu le tient en grâce, ne saurait manquer d'être sauvé.
C'était toujours en vertu de cette même doctrine que Luther recommandait de ne pas s'inquiéter de Tabsence du sentiment intérieur de la justice, et de n'en croire pas moins fermement à l'existence de celle-ci, quand même nous n'en sentirions rien au dedans de nous :
" Cher frèi'e ! tu aimernis à posséder une justice qui se pût sentir, et qui t'apportât joie et consolation et confiance, de môme que l'on sent le péché avec sa tristesse , ses frayeurs et son abattement. Mais il n'en sera rien. Travaille seulement à élever ta justice, que tu as en espérance et qui est encore cachée, audessus du péché que tu sens : sache aussi que ce n'est pas une justice qui se puisse sentir et voir ; mais qu'on doit espérer de la voir se manifester en son temps. Il ne faut donc pas juger d'a{)rès le sentiment de tes péchés, qui t'effraie et t'attriste, mais d'après les promesses et la doctrine de la foi, par laquelle Jésus -Christ t'annoncera qu'il est ta parfaite et éternelle justice ^. »
« Je te le dis, tu dois écarter ces pensées-là, et ne pas te laisser aller au sentiment de ton cœur ; mais prendre courage, te rassurer
' L. c. pag. 5/i0/|. — s L. c. pag. 2622,