LUTHER : COINTRE L ABSOLUTION CONDITIONNELLE
s'était torturé à propos de cette contrition, sans pouvoir parvenir à la paix de la conscience et à la confiance de la foi. 11 faut dire, au contraire : Si je n'ai pas prié autant que je Taurais dû, ni fait tout ce qu'il aurait fallu, que m'importe? Ce n'est pas sur ce sable-là que je bâtis I Et si je n'ai pas le repentir véritable, que m'importe cela encore? Mais ce qui m'importe et sur quoi je bâtis et me confie, c'est que Dieu, par la bouche d'un frère, me dit : Je t'absous au nom et pour les mérites de Jésus-Christ ; voilà ce qu'il faut que tu croies! Dieu ne regarde pas notre contrition imparfaite, insuffisante : il n'a égard qu'à sa miséricorde et à notre misère *.
Luther aimait à traiter et à commenter ce sujet devant le peuple, dans ses sermons, afin que les gens reconnussent bien par ses explications de combien la doctrine nouvelle l'emportait sur l'ancienne, dont l'effet était seulement de rendre l'homme inquiet et pusillanime :
« Voilà donc que le Pape s'est mis à enseigner touchant les clefs, et à prétendre que la clef de rémission, la clef qui délie, l'absolulion, peut quelquefois errer. Mais voilà un vrai tour d'anabaptiste ! Il dit donc : Je t'absous de tous tes péchés , si tu t'en es suffisamment repenti ; et alors, voilà que l'absolution est bonne ; mais si tu ne t'en es pas assez repenti, l'absolution n'est pas bonne. Or, je vous le demande, qui d'entre
doclrinam de conlritionibus, sed quanto conterebar iiiagis, tanlo dolores et conscienlia insurgebat major, nec poteram admillere absolulionem et alias conwlationes, quas afferebant ii quibus confitcbar.
' L. c. f. 395, a. In omnibus Biillis addila esl.hsc clausula : Rite confilentibus et contritis, quasi cerlitudo absolutionis pendeat ex cerlitudine conlritionis, cum lamen cor nunquara po?sil statuera quando sit satis contrilum. — Non spectet (animus) insufficientem contiitionem, sed simpliciler suam (Dei) misericordiam et noslrani calamitalem consideret. Hune auditum sequitur fiducia illa, ut dicamus : Sum bapliiatus, sumsi corpus pro me in cruce traditum, audivi Dei vocem ex ministre vel fralre, qua mihi annuntiata est reraissio peccatorum, hac aulem fiducia vincitur mors et omnia alia mala. — Hoc quo- (jue propria experientia didici, quod post vigilias, studia, jejunia, orationes et alia durissima exercitia, quibus Monachus ego ad mortem usque me affligebam, tamen illa dubilatio relinquebatur in animo, ut cogitarem : Quis scil, an Deo haec grala sint? Felices igitur vos juvenes, si modo grati fueritis Deo pro tanlo (lono, quod auditis jam sanam et veram ralionem, qua pervenitur ad justitiani, lit possitis dicere in cordilus vcslris : Si non tantum oravi aut feci quantum oportebat aut salis erat, quid ad me? Non enini a-difico super hanc arenam. Si non pcrfecte contrivi; quid ad me id quoque? Sed hoc ad me perlinet propiie, et super hoc œdifico, quod Deus mihi loquitur per fratrem : Ego abiolvo te in nomine et morilo Chrisli.
DE l'Église catholique. 71
nous pourrait dire qu'il a eu assez de repentir et de regret de ses péchés? Et pourtant, vous voulez que je ne sois absous qu'autant que je me serai suffisamment repenti, et que mon absolution soit précédée de la confession de tout péché, d'un repentir et d'une contrition suffisante. Eh ! je ne saurai jamais si j'ai bien tout confessé et regretté. Voici donc que le Pape met la vertu de l'absolution dans le repentir, la confession et la satisfaction de celui qui la reçoit. Tenez, on devrait accrocher le Pape à une belle potence , et lui attacher pour ornement les clefs autour du cou ! Car pourquoi, toi, Pape, viens-tu, au nom du diable, remettre les fautes et les châtiments, si tu ne sais pas si les clefs sont bonnes , sûres et véritables ? Mais il faut s'en prendre à l'argent qu'il a si bien su soutirer de l'escarcelle des gens. Voilà qui ne s'appelle pas absoudre , mais précipiter les gens dans le désespoir et dans le barathre de l'enfer. Sachez donc bien qu'on ne doit pas fonder le pardon de Dieu sur la confession et le repentir , comme l'ont fait le Pape et ses docteurs, vrais anabaptistes sur ce point; car ils ont dit aussi que le baptême n'est pas bon, à moins que celui qui le reçoit n'ait la foi. Quoi donc ? un vieillard viendrait pour se faire baptiser, disant : « Je crois, » et, parce que je ne saurais pas bien positivement s'il a la foi ou non, je ne baptiserais pas cet homme à cause de mon incertitude à cet égard ? 11 faudrait donc également ne point donner l'absolution, qu'on ne sache d'abord si vous avez suffisamment confessé et êtes suffisamment contrit? Qu'est-ce qu'une pareille doctrine? Et nous entendons encore le Pape beugler et bêler dans tous ses livres : Clave errante, tibî remissa peccata, et avec cela il gouverne le monde entier. Gela s'appelle réduire à néant les clefs et l'absolution; car je ne saurais être certain de la rémission de mes péchés, attendu que j'ignore si je m'en suis suffisamment repenti *. »
Dans son écrit touchant les clefs (von den Schiusseln) y il attaque avec une violence encore plus grande la doctrine catholique de la rémission des péchés sous la condition d'un repentir sincère.
« Encore un mot. Dites-moi donc, pour l'amour de Dieu , où vous avez été chercher la fausse clef, tandis que rEcriture toute entière ne sait ce que c'est que cette clef-là, et n'a que de bonnes clefs sûres? Il s'en suit que le Pape, tant qu'il a
i Sermons inédits de Luther, publiés pur Bruns, p. 113, 114.