‹ La réformeChapitre 38 sur 270 · DONNÉ A TOUS LES CHRETIENS · texte numérisé non relu

DONNÉ A TOUS LES CHRETIENS

venu peut exercer ce pouvoir de délier, qu'il n'est besoin pour cela ni d'une mission, ni d'une ordination ecclésiastique spéciale, pas plus que pour la fonction de prédicateur, qui, suivant le réformateur, ne faisant qu'un avec le pouvoir de délier, n'est nullement attachée à une caste particulière, k une corporation cléricale.

« Nous avons dit précédemment que le ministère de la parole est commun à tous les hommes. Or, lier et délier, ce n'est pas autre chose que prêcher l'Evangile, et le traduire en pratique ; car, que signifie délier, si ce n'est annoncer que les péchés sont remis par Dieu ? Que signifie lier, si ce n'est ôter l'Evangile, annoncer que les péchés sont retenus? Voilà pourquoi, que les papistes le trouvent bon ou mauvais, nous soutenons que les clefs appartiennent et sont données à tous '.— Jésus-Christ a fondé sur terre un royaume riche en félicité et en consolations, alors qu'il a dit : « De môme que mon Père m'a envoyé, de même je vous envoie ; « et, ainsi, il a fait élection de nous tous pour ses ministres, afin que nous nous annoncions les uns aux autres la rémission des péchés ^. — Quand tu vas te confesser, que Ion attention ne se porte pas tant sur ta confession que sur les paroles du prêtre, alors qu'il te dit qu'au nom de Dieu il t'annonce la rémission de tes péchés. N'importe que ce soit un prêtre consacré au ministère de la prédication, ou bien un chrétien quelconque. La parole qu'il prononce n'émane pas de lui, mais de Dieu, qui la maintient comme s'il la prononçait lui-même, et qui, pour cette raison, a mis partout sa sainte parole ^. — Aujourd'hui, un enfant, une femme même peut me dire : Courage, cher fils, je t'annonce la rémission des péchés, je t'absous, etc. N'en est-il pas ainsi, que celui qui entend ces paroles est en possession du pardon des péchés et de la vie éternelle * ? »*

Plus tard, il est vrai, les théologiens protestants voulurent établir une distinction. C'est le pouvoir des clefs seulement, le droit en lui-même, que Luther a attribué à tous les chrétiens indistinctement, et non son usage dans la pratique de la vie. Mais Luther a dit précisément le contraire en termes non équivoques.

« Je me soucie peu de tous ces masques et de ce qu'ils vo*

* Ed. de WiUenberg, vu, 355. —î Ed. Walcb. ii, 1040.

' Comment, sur les Evangiles cl les ÉpUres. Wittenberg, 1535} f, 318.

* Ed. Walcli, ir, 3030»

68 LE POUV. DES Cl.EFS DOJVISÉ A TOUS LES CHRETIENS.

missent touchant le droit et le pouvoir des clefs, où de leur propre et privée autorité ils veulent faire une distinction, sans avoir pour eux aucun texte sacré. — Jésus-Christ, par ces paroles, donne à chaque chrétien le droit et l'usage des clefs, alors qu'il dit : Qu'il soit pour toi comme un gentil. De qui donc est-il question ici : Qu'il soit pour toi? A qui donc Jésus-Chi'ist adresse-t-il ce petit mot toi? Au Pape, peut-être ? Non, il l'adresse à chaque chrétien en particulier. En disant : Qu'il soit pour toi^ non-seulement il lui donne le droit ou le pouvoir, mais il lui ordonne encore d'en faire usage et de le pratiquer. — Les clefs appartiennent à la communion chrétienne tou^ entière, et à tout homme qui en est membre ; et cela s'entend non-seulement du pouvoir , mais de l'usage des clefs en toute manière. — J'aimerais à tirer ici des preuves de cette parole : « Je te donnerai la clef du royaume des cieux ; et de cette autre : Là où deux se réuniront sur la terre, etc.; et de celle-ci encore :" Quand deux d'entre vous se réuniront en mon nom, je serai avec eux. » Ces paroles confèrent et confirment de la manière la plus absolue le droit et l'usage, (te sorte que ceux dont il est parlé peuvent lier et délier, à moins que nous ne refusions à Jésus-Christ lui-même le droit et l'usage des clefs, alors qu'il est avec deux d'entre nous'. »

Ce qui est vrai c'est que Luther fit quelquefois une distinction entre l'usage public et l'usage secret du pouvoir des clefs, conféré à tout le monde. Publiquement il voulait que le pouvoir ne fût exercé que par ceux que la communauté aurait élus à cet efFet; secrètement il permettait à chacun d'en faire usage 2. Mais là nous rencontrons d'autres paroles contradictoires^ en vertu desquelles quiconque ne se soucie pas, dans le moment, de se confesser à un ecclésiastique, peut aller se faire donner l'absolution par qui il lui plaît.

Si, maintenant, nous rapprochons la doctrine de Luther touchant la foi justifiante de sa doctrine sur l'absolution, nous verrons qu'il n'y a pas le moindre doute possible sur la signification du tout, à savoir ;

i° La rémission des péchés et la justification de fhomme ne s'opère pas en vertu de l'absolution, mais par la foi du pécheur;

2** Ce pécheur, alors qu'on lui annonce la rémission des

* Ed. de WiUenberg. vu, 355.

"^ Coiimienl, sur les E\aiigiles et les Ei»iUes, n, 21.

LUTHER : CONTRE l'aBSOL. CONDITIOIVN. DE l'ÉGL. CATH. 69

péchés, doit faire de cette déclaration l'objet de sa foi spéciale, et se l'appliquer avec la même certitude que si Jésus-Christ lui-même la lui eût annoncée en personne; c'est-à-dire qu'il doit, avec la plus ferme confiance, se persuader à soi-même qu'il a reçu la grâce et se trouve dans l'état de justice.

« Le troisième point ( dans la pénitence), c'est la foi, qui croit fermement que l'absolution et les paroles du prêtre sont vraies, en verlu de ces paroles de Jésus-Christ : « Ce que tu déheras sera déhé. » Et c'est la foi qui importe par-dessus tout; elle seule fait que les sacrements opèrent ce qu'ils doivent opérer, et que les paroles du prêtre deviennent vérité ; car il le sera fait selon ta foi. — Quand tu doutes que ton absolution soit agréable à Dieu, et que tu sois délié de tes péchés, n'est-ce pas comme si tu disais : Jésus-Christ n'a pas dit cela ; ou bien : Je ne sais pas si ses propres paroles lui étaient agréables, alors qu'il disait à Pierre : « Ce que tu déheras sera délié. » Oh Dieu ! puisses-tu préserver tous les hommes d'une aussi diabolique incrédulité. — Quand tu seras absous de tes péchés, quand un pieux chrétien, homme uu femme, jeune ou vieux, te les aura remis et aura rassuré ta conscience, tu devras te laisser mettre en pièces, mourir de mille morts, renier toutes les créatures, plutôt que de douter (jue tu sois réellement absous devant Dieu. Car enfin , même sans cela, il nous est ordonné de croire en la grâce de Dieu , et d'espérer le pardon de nos péchés ; à phis forte raison devras-tu croire , lorsque Dieu t'envoie un signe de sa volonté par l'intermédiaire d'un homme ^ »

Voilà donc encore un point où Luther attaquait l'Eglise catholique, lui reprochant de troubler, d'empêcher cette certitude si consolante de la foi dans la rémission réellement acquise des péchés. En exigeant, disait-il, que l'homme ressente un repentir sincère et une contrition véritable à cause de ses péchés, s'il veut qu'ils lui soient remis, l'Église catholique l'entretient dans un état permanentd'incertitude et d'angoisse, attendu qu'on ne peut savoir si l'on éprouve réellement un repentir sincère et suffisant 2; lui aussi, au temps où il était moine,

' Ed. de WiUenberg, vu, 3, 4.

2 0pp. lai. len. iv, 394, b. Hac doclrina (de contritioiiibus er alUiUonibus) sane ila sum ego in scholis corrupUis ut vix magno laboïc, Dci gralia, me ad soluni audilum gaudii poluerim convcrleie. Nam si expeclanduni eo iisque est, donec sufficienler conteraris, iiunquam pervenics ad auditum gaudii. Id quod m monasterio magno cum dolore saepissime expertus surn. Sequebar enim banc

Page 1