‹ La réformeChapitre 41 sur 270 · LUTHER : SA DOCTRINE SUR LE REPENTIR · texte numérisé non relu

LUTHER : SA DOCTRINE SUR LE REPENTIR

es sûrement absous ; sinon, tu n'es pas absous : car la clef peut errer.

— Voilà que j'entends dire encore que la clef repose sur mon repentir et mon mérite devant Dieu. Avec mon repentir, je puis être un si habile serrurier que des clefs de notre Seigneur Dieu, j'en ferai l'une et l'autre , une fausse clef et une bonne ; si je ne me repens pas, j'en fais une fausse clef. Autrement dit : Si je me repens, Dieu est véridique; si je ne me repens pas, Dieu ment. Voilà encore qui va bien ! Mais comment saurai-je que mon repentir et mon mérite seront satifaisants devant Dieu ? Regarderai-je le ciel et attendrai-je que je sois sûr de la suffisance de mon repentir? Quand donc cela aboutira-t-il à quelque chose ?

— Cela te regarde et c'est un soin que je te laisse *. »

Luther s'engagea donc également, touchant le repentir, sa nécessité et sa nature, dans une nouvelle voie où il s'écartait considérablement des doctrines de l'Église. Pour effectuer le passage de l'homme de l'état de damnation à celui de la justification et de la sanctification par le moyen d'un simple acte de confiance et de foi, pour rendre inébranlable la certitude infaillible de la foi spéciale ou de la confiance dans la rémission accomplie des péchés, il était indispensable, en effet, de faire subir une transformation essentielle à la doctrine, jusqu'alors établie, de la nécessité du repentir dans la conversion.

Dès 1517, Luther avança, dans un discours latin, que le repentir, qui consiste à rechercher, à examiner et à détester les péchés, et qui conduit à en peser la gravité, le nombre et la difformité, en même temps qu'à apprécier la perte du salut, que ce repentir ne fait que des hypocrites et qu'il aggrave même nos fautes, parce que nous ne concevons ce repentir que par crainte de la loi et par la douleur que nous ressentons en voyant notre salut compromise Plus tard, en 1533, voici ce qu'il prêchait :

« Le repentir n'est point un mérite, mais c'est le péché luimôme et le gouvernement du péché. — Lorsque le péché prend vie, au lieji de rester un péché dormant, lorsqu'il se fait sentir en assaillant le cœur et faisant frémir la conscience, cela ne saurait

* Voy. Lœscher, Acles de la Réforme, r, 567 : — Haec contritio facit liypocritam, imoinngis peccatorem, quia soliini liniorL' prircepli cl dolore dainni id facil.

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être appelé une œuvre bien méritoire; mais c*est, comme dit saint Paul , le véritable péché vivant, dans sa véritable fonction , faisant palpiter le cœur. Or, qui voudra dire que le péché mérile grâce? C'est pourquoi, dans la papauté, les gens ont été trompés et dupés, quand on les absolvait en vertu de leur repentir, comme d'un mérite et d'une bonne œuvre, ainsi que disent toutes les bulles du Pape, où on lit : contritis et confessis ; à ceux qui se sont repentis et confessés, on accordera le pardon des péchés : car le repentir, s'il est réel et véritable, n'est autre chose que le règne et la puissance du péché. — N'est-ce pas une lamentable abomination de nous avoir enseigné que nous devons obtenir le pardon de nos péchés par notre repentir, qui pourtant n'est rien autre chose que le péché lui-même, alors qu'il est le plus puissant et le plus détestable * ? »

En parlant ainsi , Luther avait pour but de représenter comme une invention tout-à-fait arbitraire et condamnable le repentir dont l'Égh'se avait jusqu'alors enseigné la nécessité et qu'elle exigeait du pécheur. Il alléguait donc qu'on avait fait du repentir un mérite, c'est-à-dire une œuvre par laquelle l'homme acquérait le pardon de ses péchés, non plus comme un acte de la grâce de Dieu, mais comme un acte de sa justice; le tout, afin de pouvoir combattre plus aisément la doctrine de l'Église et la rendre odieuse au peuple. Peu à peu , développant sa doctrine sur le repentir, il soutint : 1" qu'il précède la foi; 2^* que ce n'est pas une contrition active, c'està-dire le regret libre et volontaire du mal, éveillé dans le cœur du pécheur par un mouvement intérieur, mais une contrition passive, c'est-à-dire une terreur jetée dans l'âme par reflet extérieur des « foudres de Dieu ; » 3" qu'il fait partie non pas de l'Évangile, mais de la loi ; 4« qu'il n'est autre chose qu'un pressentiment et une douleur anticipée de la mort, un murmure contre Dieu, un chemin menant au désespoir, le péché et la mort môme, jusqu'à ce que le second élément essentiel de la pénitence, la foi spéciale, s'y joigne et vienne consoler l'homme.

« La fonction ou la qualité principale de la loi est de révéler le péché originel avec tous ses fruits et toutes ses conséquences, et de montrer à l'homme naturel la profondeur de sa chute et de sa

* Ed. Walch. xiii, 1194-4197.

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