PAR LUTHER
chant de se purifier de la matière souillée de péché. Luther élague de ce texte le « culte des anges » (Opr.o/CE-a twv â-j'^îxwv), et y substitue •< spiritualité des angesy » entendant par ces mots une aspiration contemplative et ascétique vers une pureté et une abstinence à l'inslar des anges. Lorsque, dans sa polémique, il cite ce passage, il omet encore le plus souvent les anges, ou met « spiritualité angélique, « pour désigner ce dont l'Apôtre, suivant lui, voulait garantir les fidèles *.
Enfin, Luther traduisit aussi quelques passages conformément à son opinion sur le sommeil des âmes. Rejetant, en raison de sa doctrine de l'imputation, l'état intermédiaire de purification après la mort, comme une imposture introduite dans l'Église par Satan, et ne voulant admettre non plus que les âmes peuvent arriver immédiatement à la félicité éternelle, afin de couper court à l'intervention des saints et à leur invocation par l'homme, Luther conçut la singulière idée que les âmes des hommes, après leur mort et jusqu'au jour du jugement, demeurent dans un état où elles n'ont aucune conscience d'elles-mêmes, et qui serait analogue au sommeil du corps ^ « Nous savons, dit-il, que les âmes ne sortent pas »> ainsi tout- à-coup du corps, de manière à tomber dans le »> péril, le tourment, l'angoisse et l'enfer; mais qu'il leur est » préparé une chambre à coucher, où elles dorment et rey> posent en paix^. » — « Néanmoins elle vit, nonobstant » qu'elle soit appesantie par le sommeil, de telle sorte qu'elle » ne puisse exercer son action et son pouvoir^. »
Ce fut pour cette raison que Luther traduisit, I Cor.,ch. xv, y. 20 : « Jésus-Christ est devenu les prémices de ceux qui dorment, » au lieu de : « Jésus-Christ est devenu les prémices de ceux qui se sotit endormis (sont morts). •> Cette traduction donnerait même à entendre que Jésus-Christ lui-même se
' Par exemple, dans l'éd. Walcli. xn, Î2, où il fait mention de l'illustre Gerson, l'accusant de s'être aussi laissé tromper à la superstitieuse spiritualité angélique. Ensuite, 1. c. iv, 508; puis encore, éd. de Leipzig, x, 126, où il affirme que l'Apôtre a décrit dans le passage cité la future moinerie.
* Lutheri epp. éd. Aurifaber, ii, 44, b. De animabus tuis non satis habeo, quod libi respondeam. Proclive mihi est concedere tecum in eam sententiam, justorum animas dormire, ac usque ad judicii diem nescire ubi siut. In quaui sententiam me trahit verbum Scripturae ; Dormiunt cum patribui »ui«.
• Ed. de Leiprig, ii, 8W.--» L. c. m, 13J.