II. LES GLOSES MARGINALES
A sa traduction , Luther ajouta , comme auxiliaires , ses gloses marginales qui furent toujours réimprimées dans la plupart des éditions de sa Bible. Elles étaient destinées à servir de guide au lecteur dans son voyage à travers la Sainte- Écriture, à ramener sans cesse son esprit aux idées fondamentales du système luthérien, et à l'habituer à retrouver ces idées, même sous l'enveloppe d'un sens littéral différent ou d'un texte contradictoire. 11 comptait que la plupart des gens, lorsque la glose se serait bien identifiée dans leur mémoire avec le texte, verraient réellement tout ce qu'il y a dans la Bible sous le jour du nouveau système, et prendraient le parti de considérer ce dernier comme l'expression la plus pure de la doctrine biblique.
Pour le but historique que nous poursuivons ici, il suffît de prendre, parmi la masse des gloses marginales, quelques exemples propres à faire voir de quelle manière Luther savait, même avec des passages bien étrangers à son objet, se forger des armes pour attaquer « la doctrine des œuvres » et « les faiseurs d'œuvres, » et pour recommander la foi, qui consiste dans la confiance dans l'état de grâce personnel, et qui rend tout le reste superflu.
A ces paroles du Ps. v, f. 10 : « Car dans leur bouche (des impies) il n'y a rien de vrai » (suivant la traduction de Luther, rien de sûr), il ajoute cette glose : *<• C'est-à-dire que leur doctrine ne fait que des consciences inquiètes et troublées, vu qu'ils ne prêchent que les œuvres et non la grâce de Dieu. » S'il est dit au Ps. xvi, t. 4, en parlant des idolâtres : « Je ne fais point leurs aspersions de sang, et leur nom ne passe point sur mes lèvres, « la glose explique cela ainsi :