CHAPITRE XXXIV
§ I. — Élal anarchique de l'Europe au commencement du xv siècle
Si Ton veut embrasser el suivre avec précision les origines diverses et les causes générales do cette grande révolution qu'on appelle en Allemagne la Réforme, il faut remonter plus haut qu'on ne le fait d'ordinaire et, bien qu'elle ne paraisse éclater avec toute sa puissance qu'au xvr siècle, faire commencer son histoire au xv% à l'époque du dernier empereur de la maison de Luxembourg, Sigismond, et des trois premiers souverains allemands de la maison d'Autriche ramenée à l'Empire, avec les empereurs Albert I", Frédéric III et Maximilien I^"-. L'ordre dynastique des maisons impériales ne peut servir ici à distinguer les périodes ; il y a, à partir de ce moment, une puissance
1 Voir le tome VI.
TumeVII. 1
plus forte que celle des souverains. Mena agitât molem^ la pensée qui agite les masses emporte tout.
Sans remonter jusqu'au xii^ siècle, à saint Bernard qui avait déjà de son temps réclamé une réforme dans l'Église, ce n'était pas la première fois qu'on avait tenté d'apporter quelques remèdes aux plaies dont celle-ci souffrait et quelque adoucissement au malaise de la chrétienté. Des tentatives de réforme précèdent toujours les révolutions. 11 en a été ainsi de la révolution même du xvi° siècle qui a gardé plus spécialement le nom de Réforme ou Réformation. Dès le xv^ siècle déjà, quelques souverains, en Allemagne, en France, essaient de prendre cette œuvre en main, et de grands conciles, comme ceux de Constance et de Bâle, réunis à l'instigation des plus grandes Universités de l'Europe, entreprennent cette lourde tâche. On sentait bien que le vieux monde était à bout, et l'on n'entrevoyait pas clairement sur quelles bases construire le nouveau. C'est la période d'hésitation, d'essais, de tâtonnements du xv» siècle qui prépare le xvi".
Tout se tenait, tout adhérait étroitement dans les sociétés du moyen âge, la religion, la politique, la culture de l'esprit, l'Eglise, les gouvernements, les Universités. La Rome des papes avait accompli une grande chose, l'unité de l'Europe chrétienne par la communauté de la foi, le seul sentiment alors universellement puissant sur les âmes. La chrétienté européenne était la grande patrie religieuse qui couvait les germes des patries particulières. Mais aussi, comme la foi était le fond de l'homme au moyen âge, l'Église avait la main partout, même dans la politique et dans la science, pour assurer cet accord du monde chrétien dans le domaine moral et dans celui des affaires. On peut le dire sans craindre de trop se tromper : au moyen âge.
malgré des tentatives de résistance, malgré ({uelques exceptions et des luttes, la politique alors n'était pas moins que la science la servante de la théologie ; l'État était une dépendance de l'Église, et le droit divin, qui présidait à la culture des esprits, était presque aussi réellement la source du savoir, que celle du pouvoir. Point de monarchie chrétienne qui ne fut consacrée par la religion. Point d'Université qui ne reçut ses statuts de Rome. L'Église délivrait le privilège de la puissance : la papauté aux empereurs, en Allemagne et en Italie, et des archevêques, aux rois, dans les autres contrées de l'Europe, comme elle bénissait les fondations des Universités nouvelles. La déposition lui garantissait parfois l'obéissance des souverains, dans le champ de la politique; l'excommunication, le feu quelquefois, lui assuraient la dépendance des Universités qui vivaient sous la surveillance des dominicains, dans le champ de la pensée. Enfin, la foi sanctionnait, créait presque la science et le pouvoir qui, à leur tour, démontraient ou protégeaient la foi ; et la tiare pontificale, dominant les consciences et les volontés, était comme la clef de voûte de tout l'édifice ^•
Aussi la grande révolution désignée, au xvr siècle, en Allemagne, sous le nom de Réforme, n'est-elle pas une révolution exclusivement religieuse. Le rôle éclatant que les principaux personnages, Jean Huss de Prague, le docteur en théologie Martin Luther de Vittemberg ont joué, en accaparant toute l'attention, empêche souvent d'en reconnaître toutes les causes, d'en saisir tous les éléments et d'en mesurer l'étendue et la profondeur. Cependant, il ne
1 Ficher J. Dos deulsche Kaiserreich in seinen universalen und nalionalen Beziehungen. Insprudc, 18G1. Hœfler, Kainertlium und Papsthum , ein Beilrag zur Philosophie der Geschichle ; Prague, 1862.
s'agit pas seulement, au xvi" siècle, d'une nouvelle interprétation théologique du christianisme et d'une tentative de reconstitution de l'Église, qui engendrent les disputes et mettent les armes aux mains des hommes. Ce siècle tente aussi de refaire l'instruction et l'éducalion des esprits, pour renouveler les Lettres, les Sciences, les Arts; et il contribue à amener, dans les fondements et dans la constitution des États, des Gouvernements et de la Société d'alors, les changements qui caractérisent en Europe le passage du moyen âge aux temps modernes. Ce qu'on qualifie ordinairement du nom de Réforme est, dans l'histoire de la civilisation allemande et européenne, une révolution ou, comme on aime à s'exprimer aujourd'hui, une évolution à la fois littéraire, religieuse, politique et sociale.
11 en est ainsi à toutes les grandes époques de transformation où les sociétés humaines subissent ces profondes métamorphoses qui sont appelées à renouveler leurs destinées. Aujourd'hui, ne s'eflforce-t-on pas de montrer que la révolution religieuse, qui a fait succéder la religion chrétienne à la païenne, a été préparée par une longue et secrète fusion des doctrines philosophiques ou mystiques de l'Orient avec celles de la Grèce et de Rome, et que les révolutions politiques même de ce qu'on a appelé la décadence et la chute de l'Empire romain ont achevé la victoire chrétienne? La Révolution, en apparence bien politique du xix« siècle, en France, n'a-t-elle pas aussi été préparée par la philosophie du xviii"' siècle, et n'y surprendon pas, dès l'origine, des éléments destinés à affecter profondément le régime des religions établies et les conditions mêmes de la société actuelle?
Un véritable précurseur, savant et écrivain de génie, Nicolas de Cues, dès le milieu du xv« siècle, semble pressen-
tir le triple caractère de cette grande évoUUion'. Humaniste de la première heure, ami de l'anliquilè classique qu'il avait étudiée en Italie et qui réunissait « si harmonieusement, disait-il, la liberté à la mesure, l'esprit et la nature », il avait essayé, en parcourant l'Allemagne, de réformer l'instruction du clergé et l'éducation de tous sous cette inspiration, d'après un plan général qu'il avait soumis au pape Pie II. Témoin du désordre, de l'anarchie, où l'impuissance de l'empire, l'usurpation des princes et les résistances des villes plongeaient l'Allemagne, après avoir vu, dans la restauration du pouvoir impérial pourvu d'une armée permanente et entretenu par un impôt général, le remède à tous les maux, homme d'amour et de foi, apôtre de la piété et de la science, il aurait voulu associer la philosophie et la théologie « pour éclairer les esprits, améliorer les mœurs et opérer ainsi doucement, sans secousse, une réforme a où le divin, le vrai, eussent transformé l'homme et non l'homme la divinité ».
La déchéance du Saint-Siège, depuis sa translation à Avignon, et le grand schisme avaient, dans les principales monarchies européennes et dans les Universités déjà fondées chez elles, singulièrement ébranlé cette prédominance de la foi dans la politique et dans la science. Les souverains, depuis un siècle, en France et en Angleterre, montraient une indépendance à laquelle l'Église n'était point accoutumée; les Universités, à Oxford, à Paris, commençaient à opposer leurs résolutions aux décrets de la cour de Rome. Il n'en était point ainsi, il est vrai, en Allemagne où, la cause du Saint Empire romain et celle du Saint-Siège semblaient toujours aussi intimement liées. Maiscette union
1 Mcolaus de Cues, De concordanlia calholica.
t) ORIGINES DE LA REFORME
n'en semblait que plus funeste au Saint Empire qui participait au sort de la papauté, au commencement du xv« siècle, et qui, à la fin du triste règne de Venceslas ', tombait des mêmes ctiutes. On a vu comment, même une grande assemblée chrétienne, provoquée par les réclamations des Universités européennes, dont l'ensemble semblait former comme un nouveau pouvoir spirituel à la place de celui qui disparaissait, comment le grand concile de Pise, au lieu d'éteindre le schisme, n'avait abouti qu'à donner à la chrétienté trois papes au lieu de deux, Benoît XIII, Clément VII, Alexandre V. Les électeurs de l'empire allemand qui avaient, sans y réussir, voulu déposer Venceslas, étaient arrivés au même résultat, en divisant leurs voix entre les deux frères Jost de Moravie et Sigismond. Il y avait trois empereurs comme il y avait trois papes. Jamais l'Europe chrétienne n'avait paru plus menacée de s'abîmer dans l'anarchie et dans le désordre qu'au moment même où, après s'être longtemps partagée entre ces deux grands pouvoirs si souvent en lutte, elle n'avait plus su même les choisir et était retombée sur elle-même.
Le désordre était partout d'un bout à l'autre de l'Europe, comme en Allemagne. Tandis que les rivalités des rois d'Espagne retardaient l'expulsion des Maures de la péninsule ibérique et que les Ottomans, déjà maîtres d'une par tie de la péninsule hellénique, s'attaquaient à la Hongrie, boulevard de l'Allemagne, la division était dans toutes les contrées puissantes de l'Occident européen, cette réserve du monde civilisé, d'oii étaient si souvent sorties des armées qui avaient reporté l'invasion chez les Infidèles. L'Angleterre sortait à peine de la révolution dynastique qui
' Voir notre précédeut volume.
avait fait monter sur le trône le Lancastrien Henri IV aux dépens du malheureux Richard II. Enfin en France, à I3 guerre civile des Bourguignons et des Armagnacs, sous un roi atteint de folie, allaient s'ajouter, par de nouvelles invasions anglaises, les tristesses de la guerre étrangère.
A rechercher la cause la plus profonde de ce mal général, mais plus cuisant peut-être en Allemagne qu'ailleurs, il était impossible de ne pas l'attribuer à la décadence de la discipline ecclésiasti([ue qui avait présidé pendant le moyen âge au développement et au progrès de la société chrétienne. En effet, si, au moment où la papauté et la hiérarchie brillaient du plus vif éclat et exerçaient le plus de puissance, on s'était plaint parfois de leurs abus de pouvoir, de leurs exactions, ce cri de Réforme devait être plus menaçant, maintenant que les papes abdiquaient leur r(jle de directeurs de la conscience humaine et de gardiens de la morale publique, et que, à leur suite, les grands prélats de l'Église, nommés par eux, et le bas clergé môme, entraîné avec le reste, donnaient les plus fâcheux exemples.
On s'était souvent plaint dans l'Église de l'ambition de la cour pontificale et de l'avidité des prélatures, de leurs empiétements, de la facilité avec laquelle elles délivraient trop souvent à prix d'argent des indulgences, des rémissions de péchés, enfin de tout un ensemble d'abus qu'on appelait de deux mots fort mal sonnants dans l'Église : la simonie, et l'usage profane des choses saintes, la sécularisation. Mais, depuis que des papes rivaux, pour soutenir la lutte, maintenir et augmenter leurs partisans, recouraient à tous les moyens, exploitaient leurs anciennes prérogatives, les annates, les provisions, les réserves, les expectatives, et en inventaient de nouvelles, les plaintes étaient encore plus
acerbes et plus justifiées ^. Presque tous les évêqués, nommés ou confirmés par Boniface IX, lui avaient payé pour les annates une somme six fois plus forte qu'à l'ordinaire. Le système des commandes qui n'atteignait autrefois que les abbayes et les petits bénéfices s'était appliqué aux dignités les plus élevées. Urbain VI avait disposé de cette manit-re du siège d'Aquilée,un des archevêchés les plus riches et. les plus vastes de l'empire. Les habitants avaient protesté, refusé d'accepter le titulaire qui leur avait été imposé; il s'en était suivi une guerre qui durasept ansetoîi sombra la prospérité de la province. On avait établi à Roraç, à Avignon, dans les deux sièges rivaux et condamnés à se faire la guerre, un véritable encan des bénéfices ; tout s'achetait, emplois, dispenses, honneurs, indulgences. Les charges ecclésiastiques étaient devenues une monnaie courante et servaient à récompenser les services rendus aux deux papes ; des cardinaux, possédant des centaines de bénéfices, faisaient nommer curés leurs plus humbles servants ; on en arrivait à donner des bénéfices à des femmes et à des enfants.
Naturellement, les titulaires du bénéfice ne songeaient qu'à rentrer dans leur argent, vendaient les charges dont ils disposaient, trafiquaient de leur pouvoir. « Ce sont des marchands avides de gain, dit Nicolas de Clémangis, ils vendent leurs produits. Si un de leurs subordonnés a commisune faute grave, ils lui pardonnent moyennant finances. » La contagion gagnait de proche en proche, et, comme les évêques suivaient l'exemple du pape, les prêtres imitaient leurs évêques. Les canons qui interdisaient, 'de rien exiger
* Dûîllinger J. Die Reformalion, ihre innere Enlwicklung und ihre Wirkungen. 3 vol. Ralisboaiie, 1846-1848.
pour les cérémonies religieuses étaient depuis longtemps oubliés. Le baptême, le mariage, la confession, la sépulture, étaient pour le clergé d'inépuisables ressources de revenus qu'il augmentait démesurément ; les pénitences et les dispenses dont la plupart des églises et des monastères avaient reçu pouvoir de disposer, étaient remplacées par des amendes, et un véritable tarif prévoyait toutes les fautes, depuis les plus vénielles jusqu'aux plus énormes. Les dîmes, plus lourdes, étaient exigées avec une rigueur inaccoutumée ; et, en même temps, les prêtres, peu à peu, s'affranchissaient de payer l'impôt. De leurs fonctions, Ils ne connaissaient plus guèi'e que les avantages et négligeaient tous les devoirs. Beaucoup ne résidaient pas; d'autres, ignorants ou paresseux, ne s'acquittaient pas de leurs fonctions, ne s'occupaient de leurs ouailles que pour les pressurer ; quelques-uns ne portaient pas le costume ecclésiastique, n'étaient pas tonsurés. Ces prêtres étaient trop nombreux ; dans les cathédrales, autour des évêques, on les comptait par centaines, trois cents dans la cathédi'ale de Prague, sans autre mission que de paraîti'e à quelques cérémonies et de guetter quelques bénéfices. Les fonctions ecclésiastiques, trop largement dotées, excitaient trop de convoitises; beaucoup entraient dans les ordres sans vocation réelle, et apportaient, dans leurs nouvelles fonctions, les habitudes les plus déplorables. Quelle inllueiice de ()aréils pasteurs pouvaientils exercer sur leui's troupeaux ? L'évèque de Prague, Ernest de Pardubitz, les accuse de corrompre leurs fidèles plutôt (\nc de les améliorer ; et les écrivains les moins hostiles à l'Église n'osent pas l'accuser d'exagération. L'usage s'étant introduit de permettre aux prêtres, moyennant une légère redevance, d'entretenir une concubine,
beaucoup avaient des enfants, les élevaient auprès d'eux: ce n'étaient pas toujours les plus mauvais. Dans le clergé régulier les mœurs étaient plus dissolues encore et plus grossières, l'ignorance plus complète, la paresse plus sordide.
Et c'était au moment même où le clergé scandalisait ainsi le monde, qu'il abusait le plus de sa puissance. Non seulement les prêtres s'étaient soustraits à la compétence des tribunaux ordinaires, mais ils prétendaient réserver aux tribunaux ecclésiastiques toutes les affaires où était mêlé un membre du clergé et toutes celles qui, de près ou de loin, touchaient à la religion, c'est-à-dire, bon nombre d'affaires civiles. Les excommunications étaient prodiguées pour les motifs les plus futiles. Les évêques entretenaient sous le nom de promotores, pour pousser au bien^ de véritables espions qui, sous tous les prétextes, dénonçaient les laïques et les amenaient à financer. Qui osait toucher à un prêtre ou à ses biens encourait les peines les plus rigoureuses, tandis que les ecclésiastiques échappaient trop souvent à la punition de leurs fautes ou en étaient quittes, tout au plus, pour une amende. Souvent ils se servaient de leurs franchises pour faire aux bourgeois une concurrence déloyale ; quelques-uns faisaient ouvertement le commerce de l'argenl, tenaient des cabarets ou des auberges, qui étaient quelquefois le repaire de la plus triste population.
Les privilèges du clergé avaient été à l'origine le prix de sa mission religieuse et morale longtemps bien remplie ; ils devenaient odieux depuis qu'il ne les méritait plus ; et il ne justiliait que trop, dès le xiv° siècle, la puissance de ce cri de réforme, bien avant que celle-ci devint, un siècle plus tard, une réalité. La réforme est tentée en Angleterre, en Bohême, avant de l'être en Allemagne. Le saxon Martin
Luther a des précurseurs dans l'anglais Wicklif et dans le bohémien Jean Huss. Mais les temps n'étaient point mors, et il fallait attendre que l'opinion publique chrétienne trouvât des organes appropriés, assez puissants, pour faire valoir bon gré mal gré ses l'éclamations ; c'est le travail obscur qui se fait au xv« siècle, et ce sont les vraies origines de la Réforme.
g II. — Les Universités de Paris, d'Oxford et de Prague
Le mal, quelque profond qu'il fût, dans l'Église, n'était peut-être pas constitutif; il tenait aux circonstances et aux chefs, non à la nature même des choses. La foule, au moyen âge, restait profondément religieuse et chrétienne, tout en raillant le clergé avec un sens très fin et très juste de la réalité ; dès lors, les maux dont elle soufïVait et dont elle accusait la papauté et l'Eglise, ne lui enlevaient encore ni la foi, ni l'espérancC' chrétiennes. D'ailleurs, heureusement, dans la société chrétienne il n'y avait jamais eu, jusqu'alors, une grande corruption sans une prompte réaction et un effort de retour vers le bien ; c'est là un des ti^aits qui paraissent distinguer les temps chrétiens (les temps païens, -^nand l'Eglise oubliait sa tâche de dii^ectrice des consciences, il sortait, comme du fond du christianisme même, un immense cri de réprobation d'où naissaient immédiatement un désir plus puissant encore de réforme et des institutions et des hommes pour l'entreprendre. Au xi" siècle, dans un temps de pareille corruption, on se le rappelle, le clergé régulier avait commencé
12 ORIGlNIiS DE LA RÉFORME
la réforme du clergé séculier; et depuis, la papauté avait créé ordre sur ordre, enfanté les légions des franciscains et des dominicains, moins pour défendre l'Eglise contre l'hérésie que pour la corriger. Mais cette ressource précieuse semblait maintenant épuisée. L'ordre de Saint- François avait poussé trop loin l'ascétisme et élevé ses censures jusqu'à la papauté avec les fraticelles ; et la papauté avait sévi contre l'ordre de Saint-François. Les dominicains, à leurtour, s'élaientperdus parleurs rigueurs. Au xiv« siècle, le mouvement réformateur partit d'une institution qui était bien encore dans l'Eglise, mais qui n'était point l'Église elle-même, il vint des Universités, bien que les prédications du célèbre dominicain Jean Tau- 1er, de Strasbourg, en Allemagne, et le livre de Vlmitation du Christ qui appartient moins à un homme et à une nation qu'à la vie monastique où il est né, aient servi saiis aucun doute aussi à le préparer. Ce ne sont plus des moines qui se mettent à la tête du mouvement réformateur, ce sont des savants, des clercs, des docteurs. C'est un commencement de laïcisation.
Après les vieilles Universités italiennes de Bologne et de Naples qui s'occupaient peu de théologie, les deux plus célèbres Universités, en Europe, étaient celles de Paris en France et d'Oxford en Angleterre. Elles s'étaient rencontrées dans la pensée de commencer l'œuvre en s'efforçant de ramener la papauté à ses origines et, dans l'expression commune de leurs vœux, elles demandaient la réforme de rÉglise dans son chef et dans ses membres. Contre le schisme, contre les excès de pouvoirs et les abus engendrés par la rivalité de deux, maintenant de trois papes, contre la richesse, le luxe des prélats, l'ignorance et la dépravation de quelques ordres, leurs plaintes avaient beau jeu; mais