LES UNIVERSITÉS AU XV« SIÈCLE
elles ne s'étaient point accordées dans le choix des moyens propres à remédier au mal.
Ce fut en Angleterre, pays depuis longtemps récalcitrant à la primatie pontificale, et alors mécontent, que la papauté d'Avignon fut au service de la France, que le mouvement fut le plus accusé. Un docteur de l'Université d'Oxford, Jean Wikiif, esprit ardent et radical, qui s'éleva d'abord contre les abus de détail dans l'Eglise, en était arrivé bientôt à penser qu'il ne fallait rien moins que refaire à nouveau le dogme et la discipline, en ramenant le christianisme où il en était après la promulgation de l'Évangile, et la monarchie pontificale et la hiérarchie sacerdotale, à l'égalité des premiers jours. Il avait opposé l'Evangile qu'il traduisait en langue vulgaire à la tradition romaine et la méditation de la sainte parole aux œuvres pies, à la confession, aux sacrements prônés et soutenus par l'Eglise. Bien que condamnées par les principaux prélats d'Angleterre réunis en un concile en 1382, les opinions de ce docteur, qui se ratlachaient à celles de saint Augustin et aux tentatives précédentes des Vaudois et des Albigeois, avaient trouvé un grand nombre de partisans dans l'Université d'Oxford, et, tandis que Wikiif vieillissait dans sa cure, sans être inquiété, elles étaient passées sur le continent où on les retrouvait aux Pays-Bas et le long du Rhin, dans les sectes des Béguins et des Lollards, mais sans faire plus de progrès. On désirait une réforme et non encore une révolution. D'ailleurs les troubles qui vers cette époque agitèrent l'Angleterre et son éloignement à l'extrémité de l'Europe affaiblissaient l'influence de ses docteurs.
Tout, au contraire, désignait au premier rôle l'Université de Paris : son antique illustration, le nombre de ses élèves, son dévouement éprouvé à l'Église, et, malgré ses
malheurs, le prestige de la France, qui exerçait alors dans le monde une sorte d'hégémonie morale. Très sensible aux abus dont souffrait directement le clergé gallican et très respectueuse des droits de la papauté qui avait rendu à la royauté française des services éminents, dévouée au bien public et aux droits de l'Église, l'Université de Paris apportait dans ses désirs de réforme cette modération et cet esprit de hardiesse pratique et contenue qui ont toujours été un des traits distinctifs du caractère national. Elle ne pensait pas que le meilleur moyen de réparer l'édifice fiit de le détruire. Elle eut la bonne fortune de trouver des chefs dignes d'elle dans Gerson, chancelier de l'Université de Paris, Pierre d'Ailly et Nicolas de Clémengis. Fort instruits, corrects et pieux dans leur conduite, commandant le respect par la hauteur de leur raison, la dignité de leur vie, la calme fermeté de leur pensée, ils appartenaient à celte catégorie de sQges politiques à laquelle la France n'enleva jamais pour longtemps sans danger la direction de sa destinée. Us avaient vu des révolutions et s'en défiaient. Us jugeaient nécessaire de limiter la puissance du Saint-Siège et de rendre un peu plus d'indépendance aux églises nationales, mais à condition que l'Unité chrétienne n'en fût pas affaiblie. Us admettaient qufi, dans un moment de crise, l'Église, représentée par des conciles généraux, reprîtun moment l'autorité suprême ; mais ils ne contestaient pas en principe la suprématie pontificale. Gerson et d'Ailly, celui-ci plus peut-être par tempérament et celui-là par réflexion, n'avaient pas moins horreur des audaces imprudentes que des faiblesses coupables. Une des principalescauses du malaise général était, pensaient-ils, la déchéance du pouvoir pontifical mis en question par le schisme; et ils songeaient à le restaurer en rétablissant l'unité, à le fortifier en le débarrassant d'attributions plus