‹ La Réforme Monétaire anglaiseChapitre 14 sur 31 · TORRES · texte numérisé non relu

TORRES

public. Il s’agit de voir maintenant si cette absence de déflation a réellement gêné la baisse des prix et si le pouvoir d'achat extérieur de la livré sterling est resté supérieur à son pouvoir d'achat intérieur.

Pour ce qui est du premier point, les index-numbers de l’Economist nous montrent que Îles prix de gros, comme le coût de la vie, n’ont cessé de baisser en Angleterre pendant la première année du retour à l’étalon-or et que, dès janvier 1926, les prix de gros anglais étaient au-dessous des prix de gros américains. Une légère disparité entre ceux-ci et ceux-là s’est manifestée à nouveau pendant 1926, à la suite de la grève générale et de la crise minière, qui, en diminuant sensiblement la production, avaient fait hausser le coût de la vie. Maïs, avec 1927, la baisse des prix reprend, et, en mai, l’Economist donne, pour le coût de la vie, le chiffre de 163, inférieur de 10 points à ce qu'il était deux ans auparavant. Quant aux prix de gros, ils sont à nouveau presque ajustés avec les prix américains, et le maintien de la livre au pair n’est donc pas incompatible avec la théorie de la parité des pouvoirs d’achat.

Il ressort de ce rapide examen que l’absence de déflation n’a pas empêché les prix de baisser. Le phénomène, du reste, n’est pas particulier à l’Angleterre et il est facilement explicable. Le volume de la circulation n’est pas le seul élément dont dépendent les prix. Variant avec lui, ils sont aussi proportion- ‘ nels à la vitesse de cette circulation, ou, ce qui revient au même, inversement proportionnéls à la quantité

es

de pouvoir d’achat que les individus gardent inemployée à un moment donné, ce que les auteurs anglais appellent l’unspent margin. Si l’on désigne par N le volume de la circulation, par P les prix, par K cette quantité de pouvoir d’achat sports on a l'équation :

= PK

ou, en remarquant que K se subdivise en argent liquide et en dépôts en banque libérables par chèques, en appelant K les uns et K’ les autres, et en désignant par R la proportion de leur dette que les banques conservent liquide :

N=PK+RK),

N d'où P — K+RK

Il est clair que, dans ces conditions, N restant constant, il suffit d’une augmentation de K ou R K pour faire baisser les prix. Et il semble bien que, précisément, l'importance de ce dénominateur ait été trop négligée par les déflationistes et que, justement pour l’Angleterre, la baisse des prix que nous avons constatée soit due principalement à cette augmentation du pouvoir d'achat liquide, gardé inemployé par les individus, dans cette diminution de vitesse de [la circulation de la monnaie, qui correspondait, logiquement et psychologiquement, à une confiance plus grande du public dans une monnaie revenue à l'or.

À ce raisonnement, les déflationistes peuvent objecter, il est vrai, qu’une déflation en réduisant N, aurait accentué la baisse des prix. C’est possible. Ce n'est pas certain. Comme nous l’avons déjà dit, si l’on examine le processus des crises de baisse des prix, ce n'est jamais la déflation, ‘mais l'arrêt de l'inflation, qui, par son effet psychologique, provoque la baisse des prix. Dans l'attente de celle-ci, les individus, préférant une monnaie qui se réapprécie, augmentent leur pouvoir d’achat liquide, K et R K’ augmentent, les prix baissent et N ne suit que pour consolider cette baisse. |

Ceci admis, que reste-t-il des critiques adressées à la politique monétaire britannique ? Nous venons de voir que, sans déflation, elle a obtenu une baisse des prix appréciable, suffisante, à ce qu'il nous paraît, pour légitimer le retour au pair de la livre sterling. Que peut-on lui reprocher encore ? Son caractère artificiel P C’est bien peu de chose à notre avis. Sans doute aurait-il été souhaitable que l'équilibre della balance des comptes fut réalisée avant tout par une réduction du déficit de la balance du commerce. Mais ce résultat dépendait-il, autant qu'on le croit, de la politique monétaire choisie ? La crise économique dont souffre l'Angleterre n’a-t-elle pas des causes plus profondes et sur lesquelles l’action des dirigeants anglais est beaucoup plus limitée ? S'il en est ainsi, n’était-il pas plus sage de prévoir ce déséquilibre et de chercher à y remédier, voire pat des artifices ?

Au reste, peut-on traiter d'artifices les procédés employés par la Banque d'Angleterre et par le Trésor ? Ce reproche nous paraît immérité. Il nous semble que nombre d’économistes s’illusionnent et sur la simplicité des méthodes d'avant guerre et sur le machiavélisme des méthodes d'aujourd'hui. Il y aurait déjà beaucoup à dire sur le soi-disant automatisme de l’ancien étalon-or (14). Quant à prétendre que le Gold Exchange Standard, tel qu’il fonctionne actuellement en Grande-Bretagne, ne soit que le simulacre d’une monnaie d’or, c’est ne pas comprendre, à notre avis, l’évolution présente de la technique monétaire, c’est fermer les yeux sur les multiples tendances qui nous poussent irrésistiblement vers une monnaie dirigée.

En somme, et s’il nous faut la juger, la politique suivie par les dirigeants britanniques, nous semble exempte de tout reproche grave. Elle à réussi à maintenir le change stable par des procédés qui nous paraissent normaux. Du point de vue monétaire, elle

fait honneur, à notre sens, à l’habileté de la Banque

d'Angleterre et du Trésor, à l'esprit de coopération loyale des grandes banques anglaises, qui, par leur

soumission libreméht consentie la dictature de

(14) Les conséquences des sorties d’or, notamment, ontelles été clairement analysées? La baisse des prix provenailelle, comme on l’affirme souvent, de la contraction de la circulation? Et non pas, plutôt, de l'effet psychologique de la hausse du taux de l’escompte, qui, en faisant prévoir une baisse des prix, déclenchaït tous des phénomènes avant-coureurs de la baisse, et la baisse elle-même ?

l’Institut d’'Emission, ont rendu la tâche de celuici plus aisée.

Pouvons-nous en dire autant au point de vue économique P Ses effets, dans ce domaine, ont-ils été désastreux, comme certains l’ont affirmé ? La crise que traverse l’Angleterre en est-elle la conséquence directé P Question obscure et controversée, que nous essayerons d’éclaircir dans le chapitre suivani.

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