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probable. Tout d’abord, le progrès matériel se développera sans doute à un rythme beaucoup plus lent qu'au siècle dernier. Le ralentissement même de la production de l’or ne suffira pas à rétablir l’équilibre. Celle-ci est à peu près de 8o millions de livres sterling par an. Le stock mondial pouvant être évalué à 2.200 millions de livres sterling, c’est dire que ce stock s’accroit chaque année de 2 % environ. Mais comme les moyens de circulation, par l’intermédiaire du crédit, croissent plus que proportionnellement à l'augmentation du stock de métal jaune, le pouvoir d'achat mondial s'élève dans une mesure plus forte, disons de 3 à 4 %. Etant donné qu'il est très peu vraisemblable que la richesse du monde aille en se développant d’une manière aussi forte, l'inflation qui s’ensuivra forcément compromettra la stabilité des prix.
Mais il y a un autre facteur qui introduit dans ces considérations un aléa formidable. C’est la réserve énorme de métal jaune accumulée depuis la guerre par le Federal Reserve Board. Les Etats-Unis détiennent à l'heure actuelle, près du tiers de l’or du monde. De lleur politique monétaire, en définitive, plus que de la production des mines de l'Australie et de l’Afri-
que du Sud, peut dépendre sa valeur. On sait que
jusqu'ici ils ont absorbé tout le métal jaune qu'on leur offrait, accroissant la couverture de leurs billets, au point de n’avoir plus, pour ainsi dire, de circulation fiduciaire. Ils ont évité par là la hausse des prix. Mais poursuivront-ils indéfiniment cette poli-
tique coûteuse ? N'est-il pas à craindre que les Banques américaines, saturées d’or et désirant trouyer dans l’émission de légitimes bénéfices, ne se servent de ces réserves considérables pour fonder sur elles une prodigieuse inflation P Essaieront-elles, au contraire, comme on l’a prétendu, appliquant alors une politique extrêmement habile et prévenant Îla pénurie de métal jaune qui pourrait se faire sentir en Europe avec le retour progressif de celle-ci à l’étalon-or, d'écouler peu à peu vers le vieux continent le stack inutile de métal jaune qu'elles détiennent et qui les congestionne? Et, à admettre que ce soit leur désir, l'Europe pourra-t-elle où voudra-t-elle l’absorber P La conduite si différente des principales Banques Centrales, certaines recherchant l’or, d’autres lui préférant les crédits étrangers, l’hésitation que nombre de pays semblent avoir à remettre le métal en circulation, l'habitude que les peuples ont prise de se servir de papier, l'adoption par beaucoup du Gold Exchange Standard sans avoir abandonné le dessein de revenir à l’étalon-or parfait, sont autant de signes divers inconciliables entre eux.
Dans ces conditions, il est extrêmement difficile de prévoir si, dans les années à venir, l’or sera abondant ou rare, les prix en hausse ou en baisse. Mais la conclusion qui se dégage de ce rapide examen, c'est qu'ils dépendront avant tout de la volonté ou du caprice du Federal Reserve Board et qu’en conséquence leur stabilité est douteuse. Or, les inconvénients gra-* ves des fluctuations des prix sont trop présents à nos
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mémoires pour qu’il soit besoin d’insister sur la nécessité d'y remédier.
Les répercussions internationales d’une variation de valeur de l'or, suivie ipso facto par une variation des prix, devait naturellement conduire à l’idée d’une réglementation internationale de cette valeur. Ce sera l'honneur de M. Hawtrey de l’avoir préconisée. Suivant ses propositions, la Conférence Economique de Gênes avait déjà recommandé « la pratique d’une coopération constante entre les Banques d’Emission et l'adoption d’une convention internationale dont l’objet serait de centraliser et de coordonner les demandes d’or afin de prévenir les fluctuations anormales de son pouvoir d'achat ». Le Professeur R. A. Lehfeldt a récemment repris ceite idée dans une série d'articles fort intéressants parus dans | Economist (11). Il propose le contrôle de la production de l'or. Celui-ci serait exercé par une Commission Internationale qui reproduirait, dans ses grandes lignes, l’organisation de la Société des Nations. Il y aurait un Conseil dont feraient partie de droit les Etats producteurs et les principales puissances. Cette Commission devrait acquérir progressivement la propriété des terrains aurifères. Elle réglementerait les quantités d’or mises en circulation, constituant des stocks les années de fortes productions pour les écouler dans les périodes où la production serait déficitaire.
(11) Voir l’Economist, n°" du 6 novembre, 13 novembre, 20 novembre, 27 novembre, 4 décembre 1926.
Quelque utopique que puisse paraître encore cette proposition, elle mérite d'être retenue comme significative d'une tendance. L'opinion des économistes s'accoutume de plus en plus à l'idée d'une monnaie dirigée. Et c’est bien, là nous semble-t-il, la dernière conclusion à tirer de cette étude. Le rétablissement en Angleterre de la monnaie or n’est pas, comme certains le pensent, un retour vers le passé, la résurrection d'une forme d’étalon qui a fait son temps. C'est une promesse d'avenir, c'est l’acheminement par l'intermédiaire d'une gold managed currency vers une Managed currency.
Vu : Le Doyen, Vu : Le Président, H. BERTHÉLENMY. Charles Risr.
Vu et permis d'imprimer :
Le Recteur de l'Académie de Paris, S. CHARLÉTY.