‹ La Réforme Monétaire en PologneChapitre 1 sur 36 · SITUATION ÉCONOMIQUE ET MONÉTAIRE EN NOVEMBRE · texte numérisé non relu

SITUATION ÉCONOMIQUE ET MONÉTAIRE EN NOVEMBRE

Lors de la constitution du Gouvernement provisoire le 11 novembre 1918, les frontières n’étaient pas encore délimitées, et sur un territoire formé de trois tronçons séparés depuis plus d’un siècle, — mais restés unis toutefois par des liens moraux et intellectuels, — circulaient diverses monnaies légales de papier, — pour un total de plus de 15 milliards — héritage des nations qui tenaient sous leur joug les débris de la Pologne, — sans compter les émissions allemandes au cours de l’occupation. C’est ainsi que l’on trouvait alors en Pologne : le mark allemand, la couronne autrichienne, les roubles russes (tzariste, Douma, Kerenski, soviétique), le Kriwuy et Karbowancie ukrainien, le mark lithuanien ou ost-mark émis par l’Allemagne pendant l’occupation contre garantie de marks déposés à Berlin — et 860 millions de marks polonais émis par les Allemands dans les mêmes conditions. Toutes ces émissions dont la garantie allait paraître minime ou parfaitement illu-

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soire le plus souvent, suivaient la dépréciation plus ou moins rapide propre à leur pays d’origine, lorsque le Gouvernement fit adopter comme monnaie légale ie mark polonais dès le 7 décembre 1918, et le fit substituer par des lois successives à ces diverses monnaies qui perdirent ainsi cours légal :

— Joi du 20 novembre 1919 : mark allemand;

— Joi du 15 janvier 1920 : couronne autrichienne;

— loi du 29 avril 1920 : rouble ;

— Joi du 30 novembre 1923 : marks dits polonais de l'occupation allemande.

Une fois ces opérations terminées, ainsi que la liquidation des avoirs revenant à la Pologne sur l’encaisse des Banques d'émission étrangères — au prorata de la circulation sur territoire polonais, — la garantie des marks polonais émis en remplacement apparut fort minime. La liquidation de la Banque d’Autriche- Hongrie ne laissa à la Pologne que 7,700 millions de couronnes or ; le traité de Riga du 18 mars 1921, entre la Russie, l'Ukraine soviétique et la Pologne, attribua à cette dernière 30 millions de roubles or à titre de part sur le fonds de réserve de la Banque d'Etat russe. Les marks émis par les Allemands n'étaient garantis que par des dépôts de marks à la Reichsbank dont la valeur tomba à rien, — et correspondaient aux opérations de prêt effectuées par la Caisse territoriale de prêts sous forme d’escompte et d’avances sur marchandises, —— opérations assez

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hasardeuses dans un pays inorganisé. Cette Caisse, ‘créée par les Allemands en 1917, reçut du Gouvernemert provisoire, le 7 décembre 1918, le privilège d'émission du mark polonais émis en remplacement et devint la Caisse Nationale de prêts (Polska Krajowa Kasa Pozyczkowa ou P.K.K.P.), autrement dit, la Banque d'émission du nouvel Etat. L’encaisse de cet organisme était donc extrêmement faible en face d’une quinzaine de milliards de marks polonais, et ce ne sont pas les six millions recueillis à la suite de donations nationales en métaux précieux et de la collecte de l’or, qui l’augmentèrent beaucoup.

La Pologne avait de redoutables problèmes à résoudre : unifier et construire l'Etat, édifier un appareil administratif, créer une armée, tout en soutenant de nouvelles guerres jusqu’en 1920. Elle ne disposait pour cela d'aucun moyen financier et l’étranger ne paraissait nullement disposé ou désireux d’apporter une aide suffisante à la renaissance de cette jeune nation. La vie économique, tant agricole qu’industrielle, était complètement entravée depuis longtemps, car le territoire avait été le théâtre d’opérations militaires depuis le début de 1914 et avait eu grandement à en souffrir : les dégâts matériels étaient multiples, les transports dans un état lamentable, l'outillage était anéanti ou démodé ; le manque de capitaux et de stocks était général ; les ressources de l'Etat étaient inexistantes du fait que les rares impôts per-

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