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La paresse du régent et sa dissipation lui firent bientôt abandonner les affaires aux secrétaires d’État, et il continua de se plonger dans sa chère crapule. Sa santé s'en altérait visiblement, et il était, la plus grande partie de la matinée, dans un engourdissement qui le rendait incapable de toute application. On prévoyait que, d’un moment à l’autre, il serait emporté par une apoplexie; ses vrais serviteurs tâchaient de l’engager a une vie de régime, ou, du moins, à renoncer à des excès qui pourront le tuer en un instant. Il répondait qu’une vaine crainte ne devait pas le priver de ses plaisirs ; cependant, blasé sur tout, il s’y livrait plus par habitude que par goût. Il ajoutait que, loin de craindre une mort subite, c’était celle qu’il choisirait.
Il y avait déjà quelque temps que Chirac, voyant à ce prince un teint enflammé et les yeux chargés de sang, voulait le faire saigner. Le jeudi matin, 2 décembre, il i’en pressa si vivement, que îe prince, pour se délivrer de la persécution de son médecin, dit qu’il avait des affaires urgentes qui ne pouvaient se remettre, mais que, le lundi suivant, il s’abandonnerait totalement à la Faculté, et, jusque-là, vivrait du plus grand régime. Il se souvint si peu de sa promesse, que, ce jour-là même, il dîna contre son ordinaire, qui était de souper, et mangea beaucoup, suivant sa coutume.
L’après-dînée, enfermé seul avec la duchesse de Phalaris, une de ses complaisantes, il s’amusait en attendant Theure du travail avec le roi. Assis à côté l’un de l’autre devant le feu, le duc d’Orléans se laisse tout à coup tomber sur le bras de la Phalaris, qui, le voyant sans connaissance se lève tout effrayée, et appelle du secours, sans trouver qui que ce fût dans l’appartement. Les gens de ce prince, qui savaient qu’il montait toujours chez le roi par un escalier dérobé, et qu’à l’heure de ce travail, il ne venait personne, s’étaient tous écartés.
La Phalaris fut donc obligée de courir jusque dans les cours pour amener quelqu’un. La foule fut bientôt dans l’appartement; mais il se passa encore une demi-heure avant qu’on trouvât un chirurgien. Il en arriva un enfin, et le prince fut saigné. Il était mort.
Ainsi périt, à quarante-neuf ans et quelques mois, un des hommes les plus aimables dans la société, plein d’esprit, de talents, découragé militaire, de bonté, d’humanité, et un des plus mauvais princes, c’est-à-dire des plus incapables de gouverner.
(Mémoires secrets sur les règnes de Louis XIV et de Louis XV, par Duclos.)