‹ La régenceChapitre 2 sur 15 · CALMANN LÉVY, ÉDITEUR, 3, RUE AUBER · texte numérisé non relu

CALMANN LÉVY, ÉDITEUR, 3, RUE AUBER

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J" Le cercueil du roi. — Insultes de la populace. — Les trois pouvoirs. — Madame de Maintenon. — Les princes légitimés. — M. le duc d'Orléans. — Portraits du duc et de la duchesse du Maine. — Portrait du comte de Toulouse. — Portrait de Philippe U d’Orléans. — Madame la duchesse d’Orléans. — Enfants légitimes et bâtards du duc d’Orléans. — Retour aux événements de l’époque.

Le 9 septembre 1715, vers sept heures du soir, un char funéraire, suivi de quelques voitures de deuil, sortait silencieusement de Versailles, traversait ie bois de Boulogne, gagnait la plaine Saint-Denis, par des chemins détournés, et entrait dans la vieille basilique de Dagobert, portant un cadavre qui venait prendre, sur le premier degré de l’escalier des tom-

beaux , la place que son prédécesseur, étonné sans doute d’une si longue attente, y tenait depuis soixante et treize ans.

Ce cadavre qui, à son tour, devait attendre son successeur pendant cinquante-neuf ans, était celui du roi Louis XIV.

Pourquoi la dernière dépouille d’un des plus grands rois que la France ait eus, avait-elle suivi cette route détournée? Pourquoi autour d’elle cette absence de pompe royale? Pourquoi ce mystérieux acheminement vers la dernière demeure?

C’est que la majesté de la mort, d’ordinaire la plus puissante de toutes les majestés, était cette fois aussi insuffisante que la majesté du rang pour protéger Louis XIV contre l’outrage.

En effet, quand la nouvelle de la mort du roi se répandit autour de Versailles, Paris tressaillit de joie comme s’il sentait se briser un long esclavage; le peuple, si longtemps malheureux, opprimé, ruiné, méprisé, presque haï, le peuple battit des mains, dansa, chanta, alluma des feux par la ville : de sorte que le lieutenant de police, M. d’Argenson, qui avait fait d’inutiles efforts pour s’opposer à ce torrent d’impiétés, déclara qu’il ne répondait de rien si le cortège mortuaire traversait Paris.

Voüà pourquoi le convoi suivait, dans sa course nocturne et mystérieuse, la route que nous avons indiquée

Mais le peuple n’y perdit rien : ce peuple avide de spectacles et qui depuis si longtemps n’avait plus que celui des processions religieuses, ce peuple jura que celui-ci ne lui échapperait point; et, comme Saint- Denis était le but où devait inévitablement tendre le cadavre royal, ignorant du jour où Louis XIY se rendrait à sa dernière demeure, il alla, dès le 6 septembre, bivaquer dans la plaine qui sépare Paris du tombeau de ses rois.

Vers dix heures, le cortège apparut.

Chose étrange ! pas un prince du sang, pas un des princes légitimés, pas un des pairs créés par ce roi, pas un des courtisans qui, de génération en génération, s’étaient relayés dans les antichambres de Versailles pour attendre son lever, pas un de ces hommes n’accompagnait ce pauvre cadavre isolé, qu’on semblait bien plutôt traîner à quelque gémonie inconnue que conduire à une sépulture royale.

M. le duc, seul, jeune homme de vingt-trois ans, petit-fils du grand Condé, accompagnait le corps.

Était-ce par pitié? était-ce pour s’assurer que la porte du caveau funèbre serait bien refermée sur. lui?

Aussi, le peuple, qui attendait tout le long de cette route, le peuple, qui, comme dans un champ de foire, qui, comme sur une place de marché, avait ses restaurants, ses jeux, ses baladins, aussi le peuple, que la vue d’une certaine pompe, ou, à défaut de cette pompe, une douleur vraie et sincère eût peut-être contenu, te peuple, en voyant cet isolement, compritil qu’on lui abandonnait ce cadavre pour qu’il en fît à son plaisir et qu’il se vengeât de l’oppression par l’insulte.

Aux portes de Saint-Denis, le tumulte qui, pendant toute la route, avait accompagné le cortège redoubla encore; on voulait renverser le char funèbre; on voulait mettre en morceaux et cercueil et cadavre; la troupe fut obligée d’intervenir. Un homme sortit la tête par un des carrosses de la suite, et cria :

— Je ne croyais pas que le carnaval fût en septembre.

Un autre repoussa deux Parisiens ivres qui roulèrent dans un fossé plein de fange, et s’éloigna en disant :

— Crapauds I cela vous apprendra à chanter quand le soleil se couche.

En effet, la foule chantait; elle chantait des noëls en réjouissance, des épigrammes contre le roi; elle

chantait des menaces contre les jésuites. Or, quand les chants du peuple se font entendre sur un pareil ton, ils ressemblent fort à un rugissement.

Le cadavre, en entrant dans la basilique, n’échappa point aux insultes de ces misérables. Le lendemain, on lut sur les murailles de l’église :

A Saint-Denis comme à Versailles,

11 est sans cœur et sans entrailles.

Les effigies du roi ne pouvaient échapper à une pareille proscription; les statues de pierre et de marbre furent mutilées; la statue de bronze de la place des Victoires, sur laquelle les dents ni les ongles ne pouvaient mordre, reçut cette inscription :

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