I.A RÉGENCE
100 millions dont 60 à peine entrèrent dans les coffres du roi.
En effet, te voleurs étaient rançonnés par d'autres >0101111!, et il V avait moyen de s’arranger. I.es maitressesdn régent, les maiircsscs (te juges, les juges eux-mêmes vendaient des réductions. En traitant tu.xéà 1,200,000 fut visité jsir un seigneur cpii luiulfraitdc le faire décharger pour 300,000. — Ma foi, monsieur le comte, lui répondit-il ,.^vous arrivez troti faire mon marché
avec Madame pour I4i0,000 livres.
^ Chacun tirgit à lui pour em|X>rter la plus grosse part jwssible de cette magn^(|ue curée. M. dcFourqueux, pri'sidcntde la chambre de justice, s’élait spécialertKitt'eqiproprié la déqiuuille du fameux lîonrvalais; un jour on vit apparaître sur sa table les seaux d’argent dans lesipiels lioiirvalais, au temps de saf S|^enileur, faisait rafraichir ses vins; on lesreconnutj et d^iis on n’appela M. de Founpieuv (|ue le gyde des sceaux. La; triaripnsdc I-i Fare, gendre de Paiwrel, condamneà mort, lié iMi Adjuger Lesbiens de son lieau-iière, les mangea en débauches, sans mémo songer à envoyer un sccouni au pauvre diable de condamné dont le régent avait commué la ))eine, et qui était aux galères.
Li joie était grande parmi le j!onplc, tous te jours il y avait amende honorable au Parvis Notre-Dame, les traitants condaninésy allaient, conduits (sir le lx)urrcau, en ch.iiTettc et la corde au cou. Ia!s gravures du temps les représentent vomissaut. l’or dont ils s’étaient gorgés.
Les moyens que nous venons d’indiquer, un |ieu violents mais tr(-s-|)opulaires, firent donc face aux premiers besoins. Sur ces entrefaites était arrivé un homme ipii devait en peu de temps prendre une immense influence sur les alfaircsdii royaume.
Nous voulons parler de l’Écossais Jcsin Eiw.
La première fois (|ue Lavv était venu en France c'était sous le ri'gnc du feu roi, qui l’eût volontiers cnqilové s’il eût été catholique.
Liw était fils d orfévre, mais baron du fait de sa mère, propriétaire de la terre de lAuiriston, érigée en baronnie. On ne savait pas exactement son âge, ipi’il ne disait jamais. Jeune et déjà très-fort .dans la science des calculs, il vint à Eoudres, fit de grands béné-
ficcs au jeu, SC prit de dispute à propos d'une femme, avec M. Wilson , qu’il tua en duel, fut arrêté, s'enfuit de prison, passa en France,
• où il établit une baiKpie de pharaon cl réalisa des bénéfices considérables, si considérables même, que la police en prit ombrage et invita Law à quitter Paris.
Law alors visita Genève, Gènes, Venise, jouant et gagnant toujours, puis désirant exploiter plus en grand; il alla présenter un système de finance à Viclor-Amédée, duc de Savoie, lequel après l'avoir examiné se contenta de lui ré[)ondre : Je ne suis pas a.sscï puissant pour me ruiner. C'est alors qu’il revint |)Our la seconde fois en France, s'aboucha avec Desmarels, et fut reiwussé par la raison (pic nous avons dite.
Mais ce qui était un empêchement pour Louis XIV n’en était pas un pour Philippe d'Orléans. I,e régent reçut Liw, (icouhi l’cxposf’ de son système, vit un homme i(ui promettait de diminuer Icsimpùlsct d'augmenter les revenus, l’esprit du régeOt était un de ces esprits avenlui’eux (|iii recherchent l’inconnu, (pii désirent ('impossible.
Le projctétaitextraorclinaire, audacieux, et, par conséquent, devait plaire au prince; il l’adopta.
Ce projet avait deux objets bien distincts. ^ . -
t* bi crcxilion d'une banque d'escompte. ,
2" La formation d’une compagnie de commerce destinée à mettre en valeur des yiays annoncéscorame renfermant d’ immenses richesses.
Le 2 mai un édit fut rendu portant établissement d'une banque générale pour tout le royaume, sous la raison Law et compagnie.
En outre Law fut nommé directeur de la Compagnie du commerce, dite Compagnie d'Occident, parce qu’elle devait faire le commerce du Mississipi.
Cette compagnie avait la propriété duSénégal et le privilège exclusif ' (lu commerce de 1a Chine.
Nous suivrons ces deux institutions dans leui-s progrès et dans leiu' (l'cadence.
Quant à Law', achevons son portrait en quehpies mots : c’ètail, à l époque oii nous sommes arrivés, un homme de quarante-cinq à cin()uaute ans, de grande taille, de physionomie douce et placide,
LA BËGeNCE
qui parlait suffisamment le français pour démontrer clairement dans nuire langue les problèmes assez obscurs de son système.
0)mme tous les hommes de génie, pouniui l'existence n'a point été autre chose qu'une lutte , il s'embarrassait peu des ennemis (|u'il avait, les comparant aux mouches qui se posaient sur son visage et qu'il chassait avec la main.
Pendant ce tenqw, le- lègent, profilant des bonnes dispositions de l'Angleterre à son égard, avait envoyé Dubois à Londres pour y conclure le traité de la triple alliance.
Cette bonne intelligence avait failli être rompue par la fuite de Jacques III , qui avait quitté le duché de Bar, qui avait traversé Paris et <(ui avait été s embarquer en Bretagne.
La fuite du prétendant fil grand bruit, Louis \iV avait toujours soutenu ouvertement les Sluarts, et toujours nourri cette es[HTancc de les rétablir un jour sur le trône. Mais, à là mort du roi, la |x>litiquc avait changé, et le régent, à qui l'avenir pouvait réserver le sort de Guillaume d'Orange, avait vu dans l'Angleterre son alliée naturelle et dans l'Espagne son ennemie.
Déjà du temps de Louis XIV, Bolindbrog et le duc d'Orraonck étaient venus faire leur soumission <à Jac(|ues 111, qui habitait alor.-, Saint-Germain. Ces deux chefs du torysme, proscrits d'Angleterre, proposaient un débarquement en Ecosse. Le comte de Marr promettait l'insurrection des trois royaumes, et, en effet, le 20 septembre 17IÜ, il levait à Carlstovvn, à la tête de trois cents de ses vassaux, l'étendard royal de Jacques III d'Angleterre, qui était Jacques VIII d'Ecosse.
Il était impossible que le jeune prince laissât ses fidèles Ecossais se faire tuer pour lui, sans les soutenir par sa présence, il résolut de se mettre à leur tète , et , «aimine nous l'avons dit , il quitta Bar pour traverser la France.
Milord Staii-s avait su cedéiart, il comptait empêcher l'arrivée du prince en Ecosse, jMir'leux movens :
1^ pi cmicr ét;üt de prici- le ivgent, eh vertu des bonnes relations q^existaicnl entre lui et le roi d’.àngicterre, de faire arrêter le prétendaotà son |»ass;^cn France.
LA Rf.GEXCB
récent, mis en demciire prir lord Stairs, donna à M. deContades, major de scs gardes, l'ordre de partir à l'instaiit [ajiir Ctiileau- Tliierry. et d’y arrêter Jacques lit, à son passage; mais M. de Conlades était un grand seigneur (pii comprenait que le régent ne iiouvait pas faire arrêter Jacqiu-s lit. Un coup d'ieil échangé avec le prince lui suflit; il partit dans ta nuit du 0 novemhre, entra ù Cliàteau- Tliierry |>ar une porte, au moment même où le prétendant venait d'en sortir par l'autre.
Le 10 au matin, le prétendant arriva à Paris, descendit dans une petite maison ((ue .M. de l.auzun avait à Chaillot, y vit la reine sa mère, et le nunne soir partit pur la route d'Orléans, dans la cliaise de poste de .M. de Torcy.
Le second moyen trouvé par lord Stairs , d'empécher le prétendant d’arriver en Bretagne, était de le faire assassiner, et ce fut celui auquel il s’arrêta ipiand il s'aperçut de l'habile maladresse de M. de Conlades.
Il y avait à Paris un certain colonel Douglas, qui avait commandé un régiment d'Irlandais à la solde de France, et ((ui avait été réformé ; c'était un homme de Iwnnc compagnie, ayant de la politesse, beaucoup du monde, une répulation de courage; mais qu'on savait être Irisi-pauvre.
Lord Stairs le lit venir, s'ouvrit à lui, et lui proposa de délivrer l'Angleterre de ce dernier Stuart, qui, pour la seconde fois, venait réclamer le trône de ses pères.
Quelle fut la promesse faite à Douglas, à quelle condition se conclut le pacte régicide. Nul ne le .sait. Douglas accepta la mission terrible, prit avec lui deux hommes sûrs et bien armés, et s'en fut attendre le prince sur le diemin qu'il devait parcourir.
A Nonancourl, Douglas s'arrêta, mit pied à terre, mangea un morceau, s'informa avec un soin eviréme d’une chaise de poste qu'il dépeignit, et aunme on lui disait (pi'eile u'était pas encore passée, il s'emjKU'la en inveclivevi et en menaces, disant ((u'on voulait le tromper.
En ce moment un cavalier arriva couvert de boue et de sueur. Iæ cavalier prit Douglas à pari et lui parla tout bas: sans doute lui au-
LA BÉGENC*
nonçait-il qu'il nvait (lerdu la trace du prince, car la culèrr de Douglas redoubla.
\j: muilre de la poste , nommé l’HApital , était al>sent ; mais la femme se trouvait à la maison. C'était une brave et honnête femme ayant de l'esprit, de ta télé et du courage; elle reconnut dans Douglas un Anglais ou un Écossais, |icnsa <(u'it était ipicstinn du prétendant, devina que ces hommes avaient de mauvaises intentions contre lui, et résolut de le sauver.
Éii coiisi'-(|uence, elle se mit tout A la dis|iosilion de Douglas el de ses sbires, ne leur refusa rien, leur promit'de mettre tout le retard possible à livrer les chevaux aux voyageurs, et s'ils voulaient lui dire où ils seraient, de les prévenir (tendant ce lemps-lA.
Douglas était défiant, il se relini avec un de ses hommes, laissa les deux autres à l'bôtcl de la poste el alla s'embusquer sur la route; ses hommes connaissaient seuls le lieu de l'embuscade, et le cavalier (|ui était venu le rejoindi-e un instant au]>ardvant, devait le faire prévenir [tar le valet qui restait prés de lui, aussitôt qu'on apercevrait la chaise.
La (Kiuvre femme se trouva fort embarrassée lorsqu'elle se vit en face de ces deux hommes; heureusement elle réllécbit que l'un lies deux était arrivé au moment oii relui qui (laraissail être le chef delà trou|ie, se levait de la table, et que (lar conséquent, le nouveau venu n'avait rien (vris : elle lui otfrit à déjeuner; mais au lieu de lui servir du vin ordinaire, elle lui servit du bon vin, le tint à table le (dus loiigleinps qu'çlk ('ut, et alla au-devant de tous ses ordies.
Pendant oe tem|)s, un .maître valet à elle, dans lequel elle avait toute ronliance, était en sentinelle dans la rue ; il avait ordre de se montrer sur le .^euil de Ri ()orte, mais sans rien dire, dw que la chaise a|)paraitruit ; cependant la chaise tardait, le cavalier s'ennuyait à table; il était fatigué de la course qu'il venait de faire; inadamc rHô|)ital lu! (lersuada d'entrer dans une chambre, de se juter sur le lit et de com|)le{ sur idle et sur son valet. Le cavalier nxommanda à ce dernier de ne (las quitter le seuil de la porte, et de venir l'avertir qpssitôt que la cliaise (larailrait.
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Son Ik'iIc conduit dans la chambre la plus retirée do la maison, madame l'Hiipilal sort par une porte de derrière, court chez une de ses amies*, qui demeurait dans une rue détourm^ , lui conte son aventure et ses soupçons, s’assure d’elle |)our recevoir chu/, elle le voyageur, envoie chercher un ecchsiasticpic , son p<nent, le dé ponille de sa perru((ue et de sa robe , reprend le chemin de sa maison, trouve lè ^alet sur le seuil, lui (lersuade de boiie un coup avec son postillon, tandis qu'elle veillera laiurlui; leposlillon prévenu, verse rasade sur rasiide, et couche à la troisième bouteille le valet ivre-mort sous la table. Aussitôt il ap|ielle s:i maîtresse, celle-ci rentre , va écouter à 1^= porte du cavalier, reconnaît à son soufllo ([u'il dort, donne im tour il la clè, et vient se mettre en sentinelle à la porte de la rue.
Au bout d un quart d’heure, la chaise parait, madame l’Hôpital court au-devant d’elle, lui fait prendre une rue détournée, conduit le voyageur chez son amie, et là, elle se jette aux pieds du roi Jacques 111, le supplie d’avoir confiance en elle, Ini dit qu'au cas contraire il est perdu ; lui raconte ce qui s’est jwssé , et tandis que le roi se déguise en abbé, ci s’inshdic dans celte maison oii tout le monde ignore sa présence, elle fait prévenir la justice, lui déclare les sou|içons ipi’elle a conçus, fait arrêter le valet ivre et le cavalier endormi, et expédie un de scs postillons à M. de ïorcy, dont le roi lui a donné le nom et l'adresse, pour faire savoir au minish'e ce qui est arrivé.
Pendant ce temps, un grand hiaiil se fait à l'IuMel de la poste ; le cavalier réveillé en sursaut crie qu'il appartient à l’imibassade d’Angleterre, et que comme tel il est inviolable. On lui demande la preuve de ce <pi'il avance, il ne peut la donner, nomme Douglas, m.ais refuse de dire où il est. Enfin, après un long débat, lui et le valcl encore chancelant, sont conduits en prison.
G; que devint Douglas, à la suite de cette arrestation, n’a point été su. Sans doule le bruit que fit l’arrestation de ses deux complices, parv int jusqu’à lui . On le vit sur la roule, courant en désespéré, mais courant en vain.
Ix‘ roi Jaajues demeura trois jours caché à Nonancourl , chez
LA BËCENCB
l'amie de madame l'Hdpital , puis, en |iartant sous son déguisement, il lui remit une lellrc pour sa mère, gagna le port de Bretagne où il devait s'emhartpicr, et arriva sans accidentel! Écosse.
.Vprèshuit joiu-s de courses inutiles, Douglas revint à Paris, cria à la violation du droit des gens, avec une audace et une ini|tudcncc exIrOnies. De sonci'ité lord Stairs alla clicz le régent pour se plaindre de celle même violation, mais le régent lui raconta son projet dans tous ses détails, l'invita à se taire, et consentant à laisser là l'instruction commencée , lui rendit ses deux assassins arrêtés à Nonancourt.
Douglas, fort de l'appui de lord Stairs, demeura quelque temps encore à Paris, se montrant avec afl'ectation dans les fêtes et dans les spectacles. Mais comme le régent ne le recevait plus, comme les honnêtes gens lui avaient fermé leurs portes, il disparut pour ne plus re|Kiraitre.
La reine d'Angleterre fit venir madame l'Hôpital à Saint-Germain, la remercia, la caressa comme elle méritait de l'être, et finit par lui donner son portrait , avec la conscience d'avoir rempli son devoir. Ce fut tout ce que lui rapporta sa bonne action.
Elle mourut maîtresse de poste à Nonancourt.