CH.4PITRE V
Maintenant que la)ilus grande partie des personnages qui doivent jouer un rôle {tendant la régence de M. le duc d'Orléans, et {tendant les {tremiéres années du régne de Louis XV, est posée devant nos lecteurs, suivons le lil des événements.
Le 2 janvier 1716, le roi revint aux Tuileries; il était reste quatre mois à Vincennes.
rr. GooSle
On se rap[)cllcqiic 'I. tl'Argeiison avait dit, le jour où le cadau-e de Ijiuis XIV était déposé Saint-Denis, (pie l'on traitait le feu roi de liampieroutier. ,
En effet, l’état des finances était déplorable.
Depuis prèsdeiiuaranteans, c'ctail unclKPiir lugubre de misères, chœur non pas chanté, mais pleuré par le jwuple, et dans Icipiel chaque ministre venait tour à tour jeter un lamentable récitatif.
C'est Colliert qui, en 1681 , dit : — On ne |)cut [dus aller. — El, en effet, comme Collicrt ne peut plus aller, CadlK-rt meurt.
En 1698, le dur de Bourgogne dnnaiKle un rapport aiiv intendants, et les intendants répondent que la France va se déiiciiplaid par la misère, qu'un tiers de la population a disparu, et que les paysans n'ont plus de meubles à saisir.
Ne dirait-on pas un cri d'agonie. Eh bien! en 1707 , Le Normand de Boisguillicrt regarde cette année de 1698 comme une année heureuse. — .yoiii, dibil, alors il y avait encore de rimile dans la lam|ic. Aujourd’hui tout a pris fin, faute de matières; aujourd'hui, ajoute-t-il, le procès va rouler entre ceux (pji paient et ceux qui n’ont fonction ([uc de recevoir.
Que dit rarchevèque de Gnnbray, le précepteur du petit-fils de Louis XIV : — Les peuples no vivent plus en hommes, il n'est plus {vermis de compter sur leur patience; la vieille machine achèvera de se briser au premier choc; on touche au bout des forces, et tout sc réduit, de la part du gouvcrnemcid, à fermer les yeux et à prendre toujours.
Aussi se réjouit-on, comme nous l’avons dit, à la mort de Louis XIV, qu’on appelle Ivanqueroulier. En effet, au moment oii Louis XIV dépose son bilan entre les mains de la mort, il doit deux miiliaids et demi.
— Si j’cl.ais sujet, disait le régent, je me révolterais à coup sur.
Et comme on lui p.irlait d'une émeute qui était instante : — l.c peuple a raison , dit-il , il est bien bon de tant souffrir.
C’est qu'aussi, le iK’uplc était bien malheureux; dès 1098 il n’a plus de meubles à saisir, depuis ce teuqvs, on a donc été (ddigé de saisir ce (jui restait, c’est-à-dire le bétail ; sans bétail, plus d'engrais,
plus d’agrinilture. C’est la terre qui souffre à son four, c'est la terre qui jeûne, et (|ui, en jeûnant, s'épuise. I^i terre, cette mère nourricière, meurt de faim comme ses enfants. .
Et cependant riiomme lutte encore. Heureusement, les anciennes lois défendent le sol comme une chose sacrée. Le lise n'a pu saisir la charrue; hommes, femmes et enfants s’attélent aprt-s la charrue; mais on a beau faire, l’année ne nourrit plus l’annee.
A la mort du roi, outre les deux milliards et demi de dettes, il y avait, sur les dépenses courantes, un déficit de 77 millions; en outre, on avait déjà mangé une partie de l'année 1717.
Le dernier contrôleur général Dc'smarcts avait fait des merveilles, mais ce gouffre était devenu un ahime; il n’y avait plus moyen de le combler.
Faire face aux besoins iit'cuniers, infiltrer un peu d'or dans la grande machine [xilitique, c’était la première nécessité du nouveau règne.
On pourvut aux paiements des troupes et des rentiers, en tirant des receveurs généraux cf des fermes géné-ralcs les sommes nécessaires. Ou supprima une multiludc d’offices ridiculement privilégiés et onéreux au peuple et au roi ; la finance en fut liqiiidéie à quatre pour cent d’intérét, et l'on y trouva un protit des trois cinquièmes ; enfin on ordonna la ré'vision des comptes , que des entrepreneurs avides avaient, dit le duc de Noaillcs, couverts des ténèbres de leur friponnerie.
Une lettre circulaire fut écrite, le .foclohre, aux intendants des provinces. On y trouve celte parcelle d'or que rien n’a pu corrompre chez le prince, — un bon cœur.
— Comme il est, disait-il, de la piété d'empêcher f oppression des taillahles, je crois ipi’il n'est [viint de jieinc assez forte pour punir ceux qui voudraient s’opposer au dessein de les soulager. Vous tiendrez donc la main à ce que les collecteurs, procédant par voie d’exécution contre les taillahles, n’enlèvent point les chevaux et bœufs servant au labourage, ni les lits, haliits, ustensiles et outils avec lesquels les artisans gagnent leur vie.
En outre, on demandait des mémoires exacts qui pussent servir à
LA RÉCENCS
régler l’imposilion de la taille avec toute l'égalité jiossihle; on aceorda des remises sur le dixiéme et la capitation de 1 7 1 0 ; enfin , on diminua les tailles de l'année 1 7 10 de plus de 3, iOO, 000 livres, et l'on défendit de. lever aucmie imiMisition , si elle n'était ordonnée par arrêt et en connaissance de cause.
Le premier moyen que l'on employa pour faire face an déficit de l'autre règne et aux réductions de tailles du nouveau, fut une lefonte des espèces. la; gouvernement déclara qu'au l"janvierl716,leslouis d'or vaudraient vingt livres au lieu de quatorze, et les écus, cinq livres au lieu de trois et demie. On reçut à la Monnaie les écus d'or pour seize livres et les écus d'argent pour quatre. Le bénéfice fut d'environ 72 millions.
I*uis vint fédit sur les traitants.
O Le 1 2 mai , dit le piésident de Lévi , une chambre de justice fut établie [lour la recherche et la punition de ceux qui avaient commis les abus de finances.
n Elle ne corrigea personne, mais elle produisit beaucoup d’argent. »
l.’établis.semcnt de cette chambre réjouit bien autrement le peuple’ que les petites diminutions ipi'oii lui avait fuites. Le peuple comprend mieux la justice qui s'exerce sur les autres, que la bienfaisance qui se répmd sur lui-niéme.
Il y a une chose curieuse , c'est de suivre des yeux cette liste de gens Uixés, de voir d'où ces hommes étaient sortis, et où ils étaient arrivés.
11 y a un Ferlet ipii est yvorté pour 900,000 livres, un François Aubert, ancien intendantducliancelicrPhilippeaux, pour 700,000, un Jean-Jaciiues d'Availly yiour 887,000, un Pierre Maringuc pour 1,300,000, un Guillaume Hureau de licrally pour 1,123,000, un Romane! pour t,'lü'î>000, un Gourgon, ex-intendant de Rouen, pour 1,349,372, un AntoineCrozatyiour 0,090,000, un Jean-Pierre Chaillon pour 1,400,000, un Jean Remy-Hénault, petit-fils du laboureur et père du président au Parlement, yiour 1,800,000, un Duchauffour, qui fut roué dixans plus tard en place de Grève, pour 137,000.
Le tout produisit, ou dut produire, 3.17,333,433 francs. Nous disons dut produire, parce qu'en réalité la taxe ne produisit ijue ,