‹ La regence et Louis 15Chapitre 12 sur 88 · I,A RÉGENCE · texte numérisé non relu

I,A RÉGENCE

ép(V|Up de vertigineuse dissolution, lui a valu de la part des historiens et des annalistes une mention toute particulière.

Madame de Berry, à la suite de ses discussions avec madame la duchesse d’Orléans sa mère , cl [tour être plus libre de scs actions sans cesse contrôli'cs au l’alais-Kojal iwr la princesse Palatine sa grand’mére, avait demandé au régent la permission d'habiter le Luxemlxvurg , permission qu’en bon père le régent s'était hâté de lui accorder.

A peine madame la duchesse de Berry fut-elle au Luxembourg, que tous ces terribles instincts physiques qu’il y avait en elle se développèrent.

Son premier caprice fut d’avoir une compagnie de gardes.

Le duc d'Orléans, qui ne savait rien refuser à sa fille hieii-ainu'C, la lui accorda, mais en même tcm|)s il voulut que sa mère, la princesse Palatine, en eût une avissi.

C'cbnt une chose sérieuse i>our madame la duchesse de Berry, que le choix des gentilshommes qui devaient former celle compagnie et qui, attachés à sa personne , seraient continuellement à ses ordies, le jour comme la nuit. *

C'était surtout une chose importante que le choix de leur capir tainc, de leur lieutenant et de leur cornette.

La place de capitaine fut donnée au chevalier de Roye, marquis de La Rochefoucault.

Et la place de cornette au chevalier de Courtaumer.

Restait la lieutenance.

l’n malin que madame de Pons, dame d'atours de madame la duchesse de Berry, présidait à la toilette de la princesse, elle lui demanda cette lieutenance pour M. de Riom.

— Ou'est-ce que M. de Riom ? demanda la princesse en cherchant dans .ses souvenirs à ipiel visage pouvait se ralhicher ce nom.

— Mais, madame la duchesse, c'est un fort l>on gentilhomme, cadet de la maison d’Aydie , fils d’une sœur de madame de Biron et par cons(''quent neveu de .M. de Lauznn.

— Je tic vous demande point cela, ma chère; vous savez que j’aime les figures agréables, les gens bien faits : comment est-il bâti?

LA aïneNCE

— Mais cniiinie il convient à un militaire, Madame, c'est un homme de cinq [lieds quatre pouces , à la poitrine cU'acée , à la jambe bien faite.

— Le visage?

— Je suis obligée d'avouer à Son Altesse que M. de Riom n'rst pas précisément ce qu'on appelle un beau garçon; ce que je puis dire c'est <pie c'est un homtne sur.

— C'est bien, Pons, faites venir le comte à Paris, je le verrai.

Madame de Pons, comme on pense bien, se hâta d'éaàrc à son

cousin, qui de son cote se hâta d'arriver.

Madame de Pons avait bien fait de ne i>as vanter par trop le visage de .M. de Riom.

— C'était, dit Saint-Simon, un gros garçon court , joufflu , js'de, qui avec force bourgeons ne ressemblait pis. mal à un abcès.

Seulement le comte de Riom avait de bdin dents, il était doux, respectueux, poli et honnête garçon, il n’avait jamais imaginé pouvoir causer une passion (pielconquc, aussi «juand il s'aperçut que la princesse avait du goût pour lui, fut-il tout ébouriffé de son bonheur et counit-il trouver son oncle M. de Lauïun'.

Le duc réllMhit un instant, puis se voyant revivre dans le fils de sa sœur :

— Tu me demandes conseil ? dit-il.

— Oui, mon oncle.

— Eh bien ! il faut faire ce que j'ai fait.

— Que fqut-il faire?

— Il faut être souple, complaisant, respectueux, tant que tu ne seras pas l'amant de la princesse, mais d<>s que tu te seras, il faut changer de Ion et de manières , avoir des volonti's comme un maitre, des caprices comme une femme.

Riom s'inclina devant celte vieille expérience, et se retira.

Pendant la première année de la Régence, c’est-à-dire |>endaiit l'époque dont nous nous occupons eu ce moment, le duc d’Orléans, ardent au travail comme tous les hommes d'imagination et d'énergie, avait, [lour chaque sorte de besogne, une heure fixe. Il commençait le travail seul dans son lit, avant de s'hubilkr; voyait du monde

LA RISGENCE

il son lever, qui était court et toujoui-s suivi et précédé d'audiences qui lui faisiiient |x>rdrc lieaucoup de tenqw; les chefs des conseils le tenaient alors successivement jusqu'à deux heures; à deux heures au lieu du diner auquel il avait coinpléleinent renoncé, il prenait le chocolat; puis M. de La Vrilliére s'emi>arait de lui; puis lyO illanc, dont il se servait |x)ur scs espionnages; puis ceux qui venaient lui (lai-- Icr de la Bulle, dont nous parlerons nous-niémes hienlôt , et (pie l'on apjiclait ta ConsliUitinn ; puis M. deTorcy, avec Icrpiel il décachetait les lettres, et au((uel il donna plus tard la direction des postes; puis M. de Vilicroy, pour rien, pour piaffer, coinnic dit Saint- Simon ; puis une fois la semaine les ministres étrangère , et quelquefois les conseils. On gagnait ainsi sept ou huit heures du soir.

Les dimanches et têtes, le duc d'Orléaus entendait la messe dans sa chapelle en (larticulier.

Après le chocolat, une demi-heure était donnée à madame la duchesse d'Orléans, sa femme, et une demi-heure à la princesse Palatine, quand celle-ci haliitait le Palais-Royal, c'est-à-dire l'hiver ; la princesse Palatine passant l'été à Saint-Cloud.

Qucl(|uefois le matin avant le travail et cpiclquefois le soir, quand le travail était fini, le duc d'Orléans allait cher, le roi. Alors c'était fête pour Louis XV, car prescjue toujours le régent lui apporüiit quelque charmant joujou, ou lui racontait quelque histoire amusante (|ui faisait attendre une nouvelle visite^avec grande impatience. Jamais le prince, d'ailleurs, ne quittait le roi (ju'avec nombre de révérences et les marques du plus profond respect.

Le jour où il n'y avait |>as conseil, la journée était finie à ciri(| heures du soir, et, à partir de ce moment, il n était plus (picstion d'affaires, mais d'aller à l'OptTa, ou à la campagne, et de souper soit au Luxembourg, soit au Palais-Royal.

Ce sont ces fameux soupers dont on a tant parlé avant nous , et dont, à notre tour, nous allons dire (piehiues mots, après avoir parlé des convives ordinaires qui y assistaient.

C’étaient d'abord la maîtresse ou les maîtresses du régent, puis ses compagnons habituels, auxquels il donna le nom de lioiiés, nom qui fut aecueilli par la chroniipio scandaleuse du Jpnqis, et transmis

r.A RIÎGEXCE

à la poslcrilù comme faisant liomieui' à la sagacité de l'illustre IKirrain.

C'élail aussi (|ueli|ucfois l'ablH’ Dubois, quand sa santé le lui permettait.

— .Mon lils, disait la princesse l’alatine, a Itcauconpdn roi David : il a du cfTur et de l'esprit; il est musicien, («lit, courageu.x, et aime Ixaucoup les fcnimos.

An moment où nous sommes arrivés, su maiti-csse en titre était madame de Parabére.

Ce qui n'enn)«''cbait |>as le duc d'Orléans d'avoir en même temps qu'elle, mais moins assidûment, madame d'Averne, madame de Sabran cl la duchesse de Pbalaris.

Madame d'Averne était femme d'un lieutenant aujt gardes. Les amours du n'^gent et de madame d'.Vverne dataient d'une fêle donnée par madame la maréchale d'Eslréa-s, c'était une charmante jeune femme, toute faite de grâces, ayant des cheveux blonds, fins et légers, en somme les plus jolis cheveux du monde, une peau d'une blancheur éblouissante, une taille qu'on eût enfertnée dans une jarretière, une voix douce et tendre, à laquelle un léger défaut de prononciation provençale donnait une gn'icc de plus : sa physionomie, jeune et mobile, devenait charmante quand elle s’animait et quand, dans une douce cl tendre rêverie, scs yeux bleus se voilaient d'une va|xuir humide, quand sa bouche froide et rougissante tout à la fois laissait entrevoir entre la légère si’paration de scs lèvres un fil de [verlcs. ce n’ètait plus une femme , c'était le génie de la volupté.

Quelques tètes de Greuze, peuvent donner une idée de ce qu'était madame d'Averne.

Madame de Sabraii. qui toute jeune avait déjà les dispositions qui firent plus tani sa réputation galante, madame de Sabran s’était échappé'C des mains de sp mère pour épouser un homme d'un grand nom mais (pii n’avait rien ; ce mariage l’avait mise eu liberté' et c'était tout ce (pic voulait madame de Sabran.

C'était une charmante femme, belle d inie parfaite beauté, beauté à la fois régulière, agréable et touchante, ayant l'air naturel, les manières simples; insinuante, spirituelle, un jieu débauchée, telle

LA niiGENCE

enfin qu’il fallail être iiour plaire au régent. Le ivgcnl lit M. île Sabrai! son niailre d'Iiütcl avec deux mille écus de rcnie iiue madame de Sabran trouvait Iwn de toucher elle-même.

Ce fut elle qui à l'un des soui>ers du régent liasarda, à la grande joie des convives, cet aphorisme devenu célèbre depuis :

« Dieu, après avoir formé l'homme, prit un reste de boue dont il pétrit l'àme des princes et des laquais. »

Madame de Phalaris était une grande femme sérieuse , toujours couverte de mouches, empanachée de plumes, fière de son crédit à la cour, prude et affectant tout haut des principes auxquels [lersonne ne croyait, auxquels elle seule avait l'air de croire.

Quant à madame de Parabère, la favorite que le prince ap|Xilait son petit corbeau noir, elle était |ietite, comme l'indiquait son surnom, gracieuse, svelte, hardie et prompte à la repartie, elle buvait et mangeait à merveille, et par toutes ces qualités et quelques autres que nous ne mentionnerons pas ici, elle s’était ù peu pris emiiarèe de l'esprit du régent.

Au reste , toutes ces femmes avaient peu d'influence sur Philippe qui ne se ruinait pas pour elles , et ne leur laissait prendre aucune iwrt aux affaires de l’État.

lin jour madame de Parabère insista pour que le duc d’Orléans lui fil (xirt de je ne sais quel projet politique, mais le duc d'Orléans la prit |vir la main et la conduisant devant une glace .

— Madame, lui dit-il, regardez-vous dans le miroir et dites-moi si c'est ù un pareil minois que l'on jieut (larler d'alTaircs.

Les Roués de monseigneur étaient surtout le duc de Brancas, 1e marquis de Canillac, le comte de Broglie et le comte de Nocé.

Le duc de Brancas était un charmant voluptueux, un épicurien parfait , qui effleurait la vie sans accepter d'elle aucun des devoirs qui pouvaient déranger son égo'isme , ou des ennuis qui pouvaient le distraire de sa paresse.

Le régent ouvrait-il la bouche |K)ur lui faire une confidence :

— Chut, Monseigneur, disait-il, je n’ai jamais su garder mes propi'es secrets , ce n’est point (lour garder ceux des autres.

Voulait-on lui parler des allaircs de l'Etat :

SO LA BËULNCii

. — Tout beau, disail-il, les allaircs iii’ciiiiuieiit et la \ie n'est faite que pour se divertir.

Ses aniis le priaient-ils de demander quelque chose au prinee,

— C'est inutile, faisait Ifrancas, j'ai l>eaucoup de faveur, mais aucun crédit.

Au reste, au bout de deux ou trois ans de cette vie qu’il menait, il prit à Brancasun remords, il se lit dévot, se retira à l'abbaye du Bec, et écrivit au duc d'Orléans pour l’inviter à se retirer du monde, comme lui, et à faire [wnitence avec lui. Le duc d’Orléans se coutenta de lui ré[X)ndre par le refrain d’une chanson à la mode à cette épo<iue.

Reviens. Philis, en faveur de tes charmes Je ferai grcice à ta lOgèrclc.

Bnmeas était un des plus lieaux hommes de la cour.

Après Brancas venait Canillac.

Canillac était capitaine tl’une compagnie de mousquetaires du Boi, il avait la ligure douce, l’esprit agrétdde, la conversation courtoise; il conbiit avec une facilité («rliculièremeut gracieuse linordaul avec des dents maguili(|ucs, il plaisait tout en déchirant; (lassiouné pour les plaisirs et la Iwnne chère, il alîet tait une rigidité austère dont parfois il lui arrivait de plaisanter lui-mènic.

Au moment où la banque d’Occideut comraein'u à s'embarrasser dans ses alfaires, Ginillac dit à Liw :

— Monsieur Law, je fais des billets cl je ne les [laye pas , vous m’aveï volé mon système.

Le duc de Broglie ressemblait à la fois à une chouette et à un singe; joueur, lilierlin, criblé de dettes, il passait sa vie dans les triiiots , ce qui pendant le jour le rendait assez triste ; mais le soir le verre en main, sa conversation pétillait comme la mousse de la lii|ueur qu’il |H>rtait à ses lèvres, avec une frè(|uence qui faisait l’admiration des plus rudes convives; alore c’étaient de sa part de ces plaisanteries sans tin et de ces folles chausons qui font d'un repas une orgie.

Kocé était grand et brun, ou plutôt, comme disait la pi-inccsso Palatine, vert, noir cl jaune; il avait de grandes manières et une

LA RfiOENCE

haiilc im|X'rlinence, son esprit débordait en saillies amères qui emportaient la pièce. Élevé avec le régent, dont son père avait été le sous-gouverneur, il avait une grande influence sur lui. Quand le régent sortait la nuit, c’était toujours avec Nocé.

Nocé était le Gialîar de ce nouvel Âroun-al-ltascliild.

Les autres convives habituels étaient Ravannes, qui a laissé des mémoires curieux sur ces petits soupers dont nous parlerons, et Cossé de Brissac, chevalier de Malte, qui apportait jusrpi'aux moments extrêmes d'une extrême orgie, les manières chevaleresques de ses pères.

C’est avec ces hommes, c’est avec ces femmes, auxquelss’adjoignait parfois sa fliie, la duchesse de Berry, que, dix heures arrivées, le régent se renfermait. Alors, et une fois les portes closes, Paris pouvait brûler, la France s'engloutit , le monde crouler, il y avait défense, défense positive, instante, absolue, de venir troubler le régent.

Ce qui se passait dans ces soirées, c’est tout ce que (touvait imaginer la folie de gens ivres, riches et puissants, ce sont des choses comme en raconte Pétrone, comme en rêve Apulée.

Il y avait au milieu de tout cela un domestique du régent , brave homme qui avait vu naître le prince, et que le princoavait fiüt concierge du Palais-Royal. R se nommait Ihagnct, aimait sincèrement son maître et lui parlait avec la liberté d’un vieux serviteur. Le régent avait pour Ibagnet une sorte de respect ; jamais il n’aurait osé; le charger d’une de ces missions honteuses que ses ministres ou ses roués remplissaient volontairement pour lui. Le soir, Ihagnct, un bougeoir à la main, conduisait son maître jusqu’à la chambre où se célébrait l’orgie, là il s’arrêtait. Un jour, le duc d’Orléans l’invita d’entrer, mais le brave homme secouant la tête :

— Monseigneur, dit-il, mon service finit ici. Je ne vois pas si> mauvaise compagnie.

Cette vie que menait le régent était si terrible que Chirac, son premier médecin , chaque fois qu’on venait le chercher pour le prince, tic manquait pas de s’écrier ;

— Oh! mon Dieu ! a-t-il eu une attaque d’apoplexie!

Enfin, à force d’instances, Chirac obtint du régent qu’il s’ab»-

LA KtUENCE

licndrail de diiier, et stdisliliiei ail an relias de deii\ lieures, une simple tasse de choenlat ; mais ectte tasse de clKa ulat était tellement chargée d'ambre, qu'au lieu de lui être salutaire, elle iie pouvaitquc lui être nuisible. Le duc d'Orléans crevait rainbrc un puissant aphrodisiaque.

Jetons, mainleuant, les ycuv sur la litlér.dure de l'eixiquc.

X l'exception de C'haidieu et de Fouleuelle. ces deux duvens de la littérature, toute la brillante pléiade de Louis XIV avait disisiru. Corneille, qui était le doyen de l'Académie rnmçaise, était mort en 168-t; Roli-ou, eu 1691 ; Molière, eu l(i7o; Racine, eu 1099; 1^ Fonliiine, en 1095, Regnard, en 1709; Roileau, en 1711.

La littérature du XYUI" siècle, la littérature philosophique plutôt que la littérature littéraire, était née à peine ou encore a naître. Jean- Jacques Rousseau, né en 1712, était encore enfant. Voltaire, né en 1694, faisait scs premiers vers. Marivaux, né en 1688, ne devait donner sa première comédie qu'eu 1 721 . Civbillon lils, né en 1707, avaitdixans. Piron, né en 1689, ne devait venir à Paris qu’en 1719. Montes(|uiou, né eu 1689, conseiller en 1714, prè-sideut à mortier au Parlement de Bordeaux, ne devait faire [Kiraitre ses icMrcs Persanes, sou premier ouvrage, (pi’en 1720.

Tout se pas.siitdonc, ou allait se [lasser entre (Jiaulieu, qui avait 77 ans; Fontenelle, qui eu avait 59 ; Lesage, qui eu avait 48 ; Crébillon, ((ui en avait 43; Destouches, ipii eu avait 37 ; .Marivaux, qui en avait 28, et Voltaire, qui n’en avait fuis encore 20.

Chaulieu, septuagénaire, avait vu se dérouler sous ses yeux tout le siècle isissé' ; il eu avait mesuré la grandeur et la misère, les splendeurs et les di'sastres ; presque avetiglc, il avait conservé celle gaieté, qui est le privilège des aveugles. Hélas! dans ce soleil qui se couchait, il y avait plus de gaieté, plus de foi, plus de croyance que dans tous les astres qui allaient se lever; C.haulieu, uii pied dans la tombe, riait d'un rire moins grimaçant que le jeune Arouctdans son berceau.

Fontenelle, qui devait vivre cent ans, était la pcrsonnirication de l'égoïsme, ce fautômevivaut (|ui (Visse à Iravcis le tenqis sans penser ùautre chose qu’àsoi-méme; Fontenelle, homme d’esprit, écrivain charmant, |ihilüso()hc (lauthéisle, se vantait de n'avoir jamais ni ri

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LA RËGE.VT.E

ni pleuré. Fniiteiielle lia un sÜH'le i>ar ses deux Iwiils, sans avoir en une nmitresse ni un ami. Voulez-vous prendre une idée exacte de ce qu'est Fontenellet écoutez :

Fontenelle entre avec un de ses compatriotes chez un restauraleur; tous deux demandent des asj>ergcs : seulement Fontenelle les aime mieux à l'huile, l'autre à la siucé. Tandis (jue le garçon sort pour exécuter les ordres donnés, le convive de Fontenelle est frapité d'une apoplexie foudroyante qui le tue sur la place. Foidenelle le secoue, le tùtc, s’assure qu'il est bien mort, fait emporter le cadavre, puis rappelant le garçon :

— Toutes lesas[)erges à l'huile, dit-il.

Une seule anecdote est parfois plus complète «pi'une biographie.

I-e Sage, comme nous Tavuns dit, avait donné, en 1709, Turcarel, c'est-à-dire une des plus charmantes comédies iiui existent.

Kn outre, il avait fait iiaraitre, en 1707, son roman du üiiiblc- Boiteux, et venait, en 1715, de publier la première partie de üil- Blas.

Crébillon arrivait aprt's les grands maitres : Corneille, Rotrou, Racine. Il avait un reste d’inspiration tragique, quelque chose de sombre et de drapé dans la conception , mais (eu d'art dans 1a composition, pas de style surtout; son Cah/ina tourmenta si fort Voltaire , que VolUiirc n’eut jias de repos qu’il n'en eût fait un autre. Un eut deux mauvaises pi^cs |iour une , voilà tout.

Crébillon appelait lui-méme son genre le genre terrible. Après la représentation d’Alrée, on lui demanda pourquoi il entrait dan» cette voie :

— Je n’ai pas eu à choisir, répondit Crébillon ; Corneille avait pour lui le ciel, Racine la terre, il ne me restait plus que les enfers ; je m’y suis Jeté à corps perdu.

Crébillon, à l’éporpie où nous sommes arrivés, après avoir été, en 1 7 U , à l’apogée de s;i réputation , commençait à descendre de ce faîte glissant. Xerxès, en 1 7 1 i , l'avait poussé sur cette pente rapide de la chute; enfin, il allait donner 5émiram/s, qui devait lui faire faire un [vas de plus vers ce profond abîme d'oubli où il est tombé- de nos Jours.

Deslouches avait débuté par une tragédie des Macchabées , dont l'histoire dramatique n'a pas conservé de trace. Puis il avait fait jouer, en 1710, le Curieux impertinent, puis, en 1713, Y Irrésolu, qui se termine par ce vers charmant :

J’.iurais mieuï fait, je crois, il’épouscr Célimènc.

Enfin, en 1715, il venait de faire représenter le Médisant.

Marivaux , nous l'avons dit , n'avait encore rien fait.

Voltaire, qui allait être poêle de l'époque par sa tragédie d'OEdipe, n'était encore connu que par les J’ai vu, qui l’avaient fait mettre à la Bastille.

Pendant ce temps , le jeune roi grandissait aux mains de madame de Ventadour, qui essayait de lui donner l’éducation la plus royale qu’elle pouvait, mais qui n’y réussissait pas toujours.

Un jour l'enfant , jouant avec un louis, le laissa échapper ; comme il se baissait jKiur le ramasser, la duchesse de Ventadour le releva :

— Sire, dit-elle, tout ce qui tombe des mains d’un roi ne lui appartient plus.

,.Et elle donna le louis à un laquais qui passait.

Un autre jour, on présentait au roi M. de Coislin, évéque de Metz, dont la figure était assez peu avenante ; aussi , en apercevant le prélat, Louis XV s’écria-t-il :

— Oh ! que vous êtes laid !

— En vérité, répondit le prélat en tournant le dos au roi, voici nn petit garçon bien mal appris.

El il sortit sans autrement saluer Sa Majesté.

Sa Majesté avait bonne envie de se fâcher, mais madame de Ventadour intervintel dit au roi : Que ce qui, de la part d’un autre enfant, n’eùt été qu’une naïveté, était de sa part une grossière impolitesse.

Louis XV, hom.aie, est assez bien peint dans ces deux traits de Louis XV enfant.

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