I.A HËGKN'Ce
affaires de France ü Londres, en lui ordonnant de montrer cette lettre au roi Georges et de le prier de le recommander, lui üul>uis , auteur de la quadruple alliance, au régent pour le susdit archevêché. Destouches se présenta à l'audience, remit au roi Georges la lettre du Prétendant et exposa à Sa Majesté la demande de Dubois.
Le roi Georges se mit à rire.
— Sire, dit DestOuche-s, je sens comme Votre Majesté tout ce qu'il y a de singulier dans cette demande, mais il est du plus grand intérêt [lour moi qu'elle réussisse, attendu que si elle réussit, ma fortmieest faite, taudis qu'au eontrairesi elle é'choue, je suis perdu. — Mais, répondit le roi Georges, comment veux-tu qu'un prince prolcsIaiU se mêle de faire un archevêque en France , le régent rira de la recommandation et la mettra de cêté. — Pardomicz-inoi, Sire, dit Destouches, le régent rira, c'est vrai, mais il accordera : premièrement, par respect pour Votre .Majesté ; secondement , [«rcc qu'il trouvera la chose plaisante. — G:la te fera-l-il pkdsirî demanda le roi. — -.Oui . Sii-c. — Donne donc.
El il signa la demande qu'à tout hasard Destouclics avait préivirée, et qui le jour même, J]ul adressée au régent, en même lemjvs (pie Dubois recevait avis de l'envoi,
Le lendemain du jour oii le régent avait dû recevoir la recommandation du roi Georges', Dubois se présenki souriant au lever du duc d'Orléans.
— Qu'as-tu donc, et qui te donne celte joyeuse humeur? demanda le prince. — Ma foi. Monseigneur, un dnMe de rêve que j’ai fait. — El qu’as-tu rêvé? — J'ai rêvé<|ue vous m'aviez donné l'archevêché de Cambrai ([ui est vacant. — Par Dieu, l'abbé, dit le rt^'ent en lui tournant le dos, il faut avouer cpie tu fais des rêves bien ridicules. — Tiens, et jK>un|uoi donc ne me ■ feriez-vous pas archevêque comme un autre? — Alors c'est sérieusement <jue tu me fait cette denia?ideî — Très-sérieusement, Monseigneur. — Eh bien, l'ablw, voici ma réponse : ce n’csl pas celte nuit que tu as rêvé, c’est maintenant que tu rêves.
Et it tourna une seconde fois 1e dos à l'alibé.
L'abbc’; s’était trop pressé d’un jour, la dépêche du roi Georges
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LA RËUËNCe 100
adressée au régent avait été retardée, et n'arriva que le soir.
Le lendemain Did>ois se présenta comme la veille.
— Eli l)ien, Monseigneur, que rnneluons-nous à l'égard de cet archevêché que je vous ai demandé hier. — Ecoute, dit le régent, tu m'as bien étonné en me le demandant, ch bien, moi, je vais t'étonner plus encore , je te. l'accorde.
Dulxiis prit la main du régent et la lui baisa.
Cependant, une chose préoccupait Duhois au moment do recevoir les ordres. DuIkùs était marié. Demander le divorce à (ilémeni XI . à qui l'on comptait demander plus tard un cha|)c:ui de cardinal, c'était corapliiiuer la situation ; Dubois pensa qu'il serait plus court et plus facile de faire disparaître les preuves de ce mariage.
Dubois conlia son emliorras à M. de Breteuil, intendant de Limoges. M. de Breteuil , enchanté de rendre service 5 un homme qui tenait sa fortune entre ses mains, reçut de Duhois tous les renseignements dont il avait liesoin, sur le nom dosa femme, sur le nom du village où le mariage avait été contracté ; enfin , sur l'année et le jour du susdit mariage.
Bien ferré sur tous les points, M.' de Breteuil se mil en tournée, et prit si bien scs picsurcs, qu'il arriva A une heure fort avancée de la nuit d:uis le village où le mariage avait été célébré, et descendit chez le egré, successeur de celui qui avait marié Dubois.
Le curé, iuiquel .M. de Breteuil demanda amicalement l'hospitalité, fui enchante de recevoir chez lui l'in'lendant de la province, et 'mit tout sens dessus dessous au preshvtère. Il s'ensuivit un souper que W. de' Breteuil trouva excellent; à son avis surtout, les vins de son hétc étaient exquis. Il en résulta que les libations se succédèrent as-sez rapidement, de la part du curé du moins, pour i(u'au dessert celui-ci n'eiit plus la vue parfaitemént nette. En ce moment M. de Breteuil revcu.ani aux affaires du l)on curé, dit (pi'il ne doutait point que ses registres fussent en ordre; mais que, cependant, pour la forme , il ne serait (voint fiiché de les voie. Le curé, sùr de son exactitude à tenir ses livres au courant, se leva et posa ses registres pris de M. de Breteuil, qui remit la visite après la première bouteille bue; on déboucha donc la bouteille , mais en arrivant à la fin, les
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yeux du curé, qui étaient déjà troublés, se fermèrent tout à fait.
Ce que voyant M. de Itreteuil, il chercha dans le registre rannré du mariage; trouva l'année, puis l'acte ((u'il détarlia et mil daus sa poche ; puis , comme on était dans les beaux jours de l'élé , et que le jour commençait à poindre, M. de Itreteuil réveilla la servante,*' lui donna quelques louis, la chargea de remercier eu son nom le* curé , et [lartit.
Le tour était fait quant à l'acte de mariage.
Iteslait le conlrat.
Ce fut encore M. de Breteuil qui fut chargé de cette négociation difficile.
Ix' talicllion qui avait passé l'acte était mort depuis vingt ans, on lit venir son successeur, on lui laissa l'option entre une somme de !)0,000 livres ou une prison pi'iqiéluelle.
la* nolaire ii'liésita pas, il remit lu niimileù M. de Breteuil , qui la joignit à l'acte de l'état civil. Les deux pirées furcntaussitôt cnvoyi'es à Dubois qui les anéantit.
Kufiii, pour ne laisser aucune inqufélude au nouvel archeviVpic, M. de Breteuil envoya cherclicr' madame Dubois, et , dniis*ies termes qu'il avait enqiloyés vis-à-vis du nolaire, il lui lui^i l'oplinii toujours d'une somme de BQ, 000 livres ou d'une püson pej-|iéliicjle. Elle prit .les 50,000 livres, cl promit de garder, pour l'avenir, fe m^me secret qu'elle avait gardé.dans le [«issé.
Tout était donc arrangé pour le iiiiMix dans le meilleur des mondes possibles, comme devait dire plus lard Voltaire.
L'abbé se préoçcuiia de recevoir les ordres.
üii s'adressa au cardinal de ISoailIcs. Mais, sans hauteur, sans alfectalion, sans scandale, le cardinal refq^ purcinent etsfniplcnieiil, sans que ni promesses, ni*mcnaces, |iUsseiil le déterminer à revenir sur ce refus.
On s'adressa alors à M. de.Besons, frère du maréchal, cpii, de rarchcvéehé de Bordeaux, avail été transféré à celui de Bouen; celui-ci y mil plus de complaisance que .M. le cardinal de Noailles, et donna les |>crnnssioiis nécessaii'es jiourquc Duliois reçût le§ ordres dans le grand vicariat de l’oiiloise , qui apiwrlieiit au diocèse de Bouen.
LA BÉGeNCE
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Dubois, sous prétexte des affaiies importantes dont il était chargé, s’ôtait fait donner un bref jatur recevoir à la fois tous les ordi-es. Il alla donc un matin dans' une église piiroisoiale du grand vicariat do Pontoise, où M. l'évéque de Nantes, ainsi qu’il s’jf était engagé, lui conféra , dans la mcinc messe basse, le sous-diaconat, le diaconat et 1a prêtrise. A cette occasion , Iq régent lui fit ciideau d’un anneiiu [lastoral (pii valait plus de cqiit mille livres.
Puis il le uomina pléni|iOl(giliKirq au congrès de Cambrai avec MM. de Morville et de Saint-Coutest.
^ ciiAmnE XII. ,
LcSTOlème renversée! Liwen ftritc, il fallail songer à reraeltre les choses dans l'état où èllc's étaient aujaravant.*"
La prcinii're ^'hose qui fut faite^ fut d’ériger nneclinihb^ de justice, chargée d’un travail à peu prèjipareil à çclui (lui avait déjà été fait sur les U-ailants ,,au commcaccment d(j la llég^ec.
L’invcsligatinn devait porter su?b ou jjOft inijiions d’actions qui, disait-on, avaient été éhnsef[sa^ aulurisationfoyalc.
En attendant quê^ette chaire fônctiortnùt, une prêiÿiére salisfacliOn futdOnnée aujieuple. ■* *
Les meubles deLaw furent vendus à Iqfriéc puMii^ic, ctses terres^ cÿiüsiiuées : ilïn avail'(|Uiitijp:e de titrées. - r-
Le '20 janvier 1721 ,pari^un£U'rèl qui ordonnait un visa général de tou|Jes elTljts dubaii(|Uc énii^ depuis un an. Les propriétaires de ces effets étaient obligés de ijpclàrcr de ([tfi ils les tenaient et à quel prix ils les avaient achetés^^
Il se fit alyrsiLcffravanles découvertes. La fortune de M. leblanc montait à 17 millions; célic de M. de fji Fayeà 18; celle de M. de • f qçgcs à 20 ; celle de M . do Verrue à 28 ; enfin , celle de M. de Chaumont à 127.
' Les lioimflîsd’Étalconsidcrablcsivoiirsuivis à cette occasion, furen^^
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112 I.A nÉCENCE
lo sccn-laire Ix'lilano, le comte cl le chevalier de Bclle-lsic, fils cl pctit-lils de Fou(|iiet, cl un sieur Morcait de Si-eiicllcs.
Eu outre , d'Argenson y avait perdu s;i place de chancelier, rendue à d'Aguesseau, homme esseuliellcuicnt populaire.
Il est vrai que sa disgrâce fut accompagnée de toutes sortes de distinctions : on lui conserva le litre dejjarde des sceaux, il eut la lil>erlé de veniraux conseils i|uand il voudrait, il resta l'ami cl le conseiller du duc d'Orléans;
Mais, quelque soin que l'on prit d'adoucir la disgrâce de l'exchancelicr, ce n’ctail pas moins une disgrâce, d'Argenson en fut jiro- ' füTulcmout alTecté, si profondcnKuit qu'il en tomba malade, traîna |)endaul un an , cl mourut cnliii le 8 avril 1721 .
La mort dupapeClcmcntXl,aulcurdela bulle Uniycniius, piaxtédé de quelques jours celle de M. d'Argenson.
Ix 1 8 mai suivant , le cardinal Conli fut élu comme son successeur, et prit le nom d'innocent Xlll. ,
La mort de Clément XI arrêta court les poursuites faites contre Albéroni, aiupicl, sur les demandes du roi et de la reine d'Es|iagne, on voulait ùlcr le cha{ieau. L'n tribunal ,dc caixlinaux avait été établi pour juger celle affaire, mais le triliunal, par .esprit decori», avait ' n'-solude traincrralTnirecplougu^r,cspérautquc Clément XI, qui avait vingt ans deiwnlilicat, mourrait avant que le jugement ne fiit rendu. Il arriva, selon les préviSons du tribunal, et, non-sculcmcnt All)éroni sc trouva déban-assé d'un procès, do;it trois ennemis terribles, le roi , la reine d'Eyvignc et le' (lapc , poursuivaient le résultat,mais il fut encore invitq, |ier ceu.v qui avaient totê' scs jugcs',!à siéger au conclave, allcndu (|u'il était toujours cardinal , cl <pie son absence pouvait amener une protestation, 'et même poüvait invalider la nomination du nouveau |ki|ic.
Ce nouveau pa|ic, la France désirait (|ue ce fût le cardinal (ionli.
Dubois ne comptait [las s'arrêter à l'archevêché de Gimhrai, il lui fallait le chapeau de «irdinal, et, encore, au delà du chapeau de cardinal, entrevoyait-il la liarç.
Deuxaflidêsù lui négociaient le chapeau à Itome; l'un tjgs deux était le jésuite Ld'fittcau, évêipie de Sisicron ; l'autre était l'abbé deTeiicin.
LA RÜGKNCE
Mais , quelques instances qu'ils déployassent , on trouvait dans Clément XI une sourde op|K>sition qui faisait croire que la négociation serait plus difficile qu’on ne l’avait jugé d’abord. En conséquence, Dubois proposa au cardinal de Rohan d'aller presser sa promotion à Rome, lui promettant en échange le premier ministère vacant à sou retour. Le cardinal de Rohan se disjiosait à partir quand on apprit la mort de Clément XI. La mission du cardinal de Rohan fut maintenue ; seulement , elle doubla d’importance , le cardinal partit dans le double but de faire nommer Conti pape et Duboiscardinal.
Le cardinal de Rohan avait un crédit illimité.
Chaque cardinal a le droit de prendre un conclavistc, le cardinal prit Tencin qui , avant de s’enfermer avec lui, passa un traité avec le cardinal Conti.
Le cardinal serait élu pape , grâce à l’influence de la France, et le pape ferait Dubois cardinal.
Ce traité fait , les lettres échangées , Tencin et le cardinal de Rohan furent enfermés dans le palais de l’élection.
Laffltteau resta dehors pour recevoir les lettres de Dubois.
On sait la rigueur de la captivité pour les membres du conclave; mais cette rigueur s’adoucit devant les millions apportés par le cardinal de Rohan. Le 5 mai, le jésuite Laffltteau écrivait à Dubois que, malgré la prétendue impénétrabilité du conclave, il y entrait toutes les nuits au moyen d'une fausse clé et pénétrait jusqu'au cardinal de Rohan et jusqu’à Tencin, quoiqu'il fallût, pour parvenir jusqu’àeux , traverser cinq corps-de-garde.
Le 8 mai , Conti fut élu pape , et s’imposa le nom d'innocent XIU.
Le procès d'Albéroni était termine par cette élection. Innocent XIII n’avait pas, pour poursuivre Albéroni, les mêmes motifs que Clément XL Albéroni au lieu d’être dépouillé de la pourpre et de subir l’exil, ce qui lui fût probablement arrivé si Clément XI eût vécu, Albéroni loua dans Rome un magnifique palais, s’y installa avec une dépense et une hauteur que soutenaient les millions qu’il avait mis de côté pendant le temps de sa grandeur en Espagne. Là, il vit mourir, l’un après l’autre, le cardinal del Gindicc et la princesse des Ursins, ses ennemis, habitant Rome comme lui. Nommé légat
LA RteKNCE
de h'errare, Albimiii mourut tionoré de ce litre à l’âge de 90 ou de 92 ans.
Keveiioosau cardinal de Conti, c’est-à-dire au nouveau pape.
Il avait 66 ans, et 14 ans de cardinalat. U avait été nonce en Suisse, en Eispagne et eu Portugal; enfin il était issu d’une des quatre piemières maisons de Rome , et marchait de pair avec les L’rsins, les Columie et les Savelli. C’était un homme doux, hon, timide , qui aimait fort la maison dont il était sorti, et chex lequel le rang avait bien fait de suppléer au mérite.
Le doute où il avait été de ce mérite insuffisant pour le porter au pontificat , lui avait fait passer avec Tencin le marché que nous avons dit, et qui, maintenant, lui était une chaîne.
La lutte fut longue, elle dura du 18 mai au 16 juillet. Conti, élu pa|ic, y regardait à deux fois d’inaugurer son pouvoir puiitiReal par une pareille simonie, mais, son traité à la main, Tencin le forçai de tenir sa parole. Une bibliothèque de douze mille écus que désirait le pape, et qui lui fut offerte au nom de Dubois, leva les derniers scrupules de Sa Sainteté.
Le 16 juillet, au grand scandale de la chrétienté, Dubois fut nommé cardinal.
Ce fut l’abbé Passerini, aumônier du pape, qui apporta la barrette.
On s’occupait fort de cette promotion , les jeux de mots et les quolibets pleuvaient autour du nouveau cardinal quand un événement inattendu, qui évoquait tout à coup toutes les vieilles calomnies rèjKindues autrefois contre le régent, fit tressaillir la France.
Le 31 du mois de juillet, le roi, qui s’était endormi jouissant d’une santé parfaite, se réveilla avec un grand mal de tête et de gorge, un frisson survint, et vers trois heures de l’après-midi, le mal de tète et de gorge ayant augmenté, l’enfant, qui s’était levé pendant deux heures, fut obligé do se remettre au lit.
La nuit fut mauvaise : à deux heures du matin , il y eut un redoublement assez fort, la consternation se répandit aussitôt dans le palais, et du palais dans la ville.
Vers midi , M. de Saint-Simon, qui avait ses grandes entrées à la cour, pénétra jusqu’à la chambre du roi, elle était vide, M le
LA RÉGENCE i I 5
duc d'Orléans seul était assis au coin de la cliemini'c et fort triste.
En ce moment Boulduc, un des apothicaires du roi, entra avec un breuvage, madame de Li Ferté, sœur de madame la ducliesse de Ventadour, gouvernante du roi, le suivit. En apercevant M. de Saint-Simon qui lui cachait le rr'gent :
— Ah ! monsieur le duc, s'écria-t-elle, le roi est empoisonné.
— Mais taisez- vous donc. Madame, répondit le duc de Saint- Simon.
— Je vous dis qu'il est empoisonné, répliqua-t-elle.
Saint-Simon alla à elle.
— Ce que vous dites là est horrible. Madame, dit-il; taiséz-vous.
Et comme dans ce mouveoKnt qu'il avait fait, il avait démasqué
le régent , elle se tut.
Quant au duc d'Orléans , il se contenta de hausser les épaules en échangeant un regard avec Saint-Simon et Boulduc.
Le troisième jour, la tête du jeune roi commença de s'embarrasser, et les médecins commencèrent à la perdre eux-mémes. Helvétius, le plus jeune de tous, qui fut depuis le médecin de la reine, et le père du fameux Helvétius , proposa alors une saignée aux pieds ; mais tous les mixiecins se récrièrent, et Maréclial , premier chinirgien du roi, déclara que s'il ne restait phisqu'une lancette enFrance, il la briserait pour que le roi ne fût pas saigné.
Le régent, M. le duc, M. de Villeroy, madame de Ventadour et la duchesse de La Ferté , la même dont nous avons perlé tout à l'heure, étaient présents à la consultation , et au désespoir de ne pas voir plus d'unanimité parmi ces hommes qui tenaient dans leurs mains la vie du roi.
On appeb des médecins de la ville, c’étaient MM. Dumoulin, Silva, Camille et Falconnet.
Au bout de quelques instants de discussion, ceux-ci furent ramenés à l'avis d’Helvétius.
Mais les médecins du roi tinrent bon.
— Messieurs, dit alors Helvétius qui vit qu’il n’y avait que ce moyen de faire prévaloir son opinion , répondez-vous sur votre tète de la vie du roi si on ne le saigné pas T — Non , répondirent les mé-
(iecins, nous ne pouvons prendre sur nous une pareille responsnhilitc. — Eh bien ! moi, reprit Helvétius, sur ma tête, je réponds de sa vie si on le saigne.
Il y avait une telle conviction dans la voix du célèbre médecin , que M. le régent prit la parole et dit ;
— Faites, monsieur Helvétius.
Les autres médecins se retirèrent ; Helvétius resté seul saigna le roi .
Une heure après, la fièvre diminua; le soir, le danger avait disparu, et le surlendemain de la saigna le roi se leva.
Paris, qui était tombé dans la tristesse la plus profonde, Lrlata en chants et en fêtes. On chanta le Te Deutn dans toutes les églises de Paris, et le roi , miraculeusement sauvé, alla remercier Dieu de sa guérison à Notre-Dame et à Sainte-Geneviève.
La Saint-Louis arriva sur ces entrefaites.
Il y avait tous les ans, et nous avons vu cette tradition se conserver encore de nos jours , il y avait tous les ans un concert dans le jardin des Tuileries. Cette fois, le concert dégénéra en fête.
Le maréchal de Villeroy qui avait crié plus haut que personne que le roi était empoisonné, lemaréaïhal s'ébahissait devant cette affluence qui importunait le roi, lequel se cachait h tout moment dans un coin dont le maréchal le tirait par le bras iüin que tout le monde le vit. Enfin, voyant le jardin des Tuileries, les cours du Carrousel pleines de monde, les toits jonchré de curieux, il mena le roi au balcon. Aussitôt, celte innombrable foule [loussa le cri de : l'ire le roi! qui s'étendit dans les rues et sur les places en une acclamation universelle.
— Sire, dit alors M. de Villeroy à Louis XV, vous voyez tout ce monde, tout ce peuple, toute cette foule, tout cela vous appartient, tout cela est à vous, vous en êtes le maitre, vous pouvez en faire tout ce que vous voudrez.
Hélas! ees imprudentes paroles de son gouverneur ne se gravèrent que trop bien dans l'esprit du jeune prince. De ce peuple qui criait vive le roi en 1721, il avait fait un [leuplequi, 72 ans après, criait vive la guillotine.
Pendant ce temps, on faisait à Londres , sur des condamnés à
LA RiGETCCB
mort rexporienoe de l'inoculation. Cinq furent inoculés et tous les cinq cchap[)èrcnt à la mort.
De son côte, M. de Maulcvrier, envoyé à Madrid pour porter le cordon bleu pu dernier infant d'Espagne, et pour négocier le mariage du roi avec l'infante, et celui du prince des Asturies avec mademoiselle de Montpensier, n'avait pas perdu de temps.
Le 14 septembre tout était décidé, et une lettre du roi Philippe V au roi Louis XV était arrivée, qui annonçait non-seulement le consentement de Sa Majesté Catholique à cette alliance, mais encore la joie qu'elle en éprouvait.
Restait à annoncer le mariage au roi , à qui on n'en avait pas encore touché le moindre mot, et qui, malgré scs onze ans, ne serait peut-être jias disposé à épouser une petite fille de trois.
On choisit un jour du conseil de régence, afin que la nouvelle annoncée au roi, le fût presijue en même temps au conseil et qu'il n'y eût plus à revenir là-dessus.
Il fallait surtout, dans cette négociation, se défier de M. de Vil- Icroy, qui, ennemi déclaré du régent, ferait sans doute son [>ossihle pQur imprimer au roi de la répugnance contre la petite infante.
Aussi le régent commença-t-il par s'assurer deux auxiliaires: le premier, dans M. le Duc, surintendant de l'éducation royale.
Le second, dans M. de Fréjus, précepteur du roi.
M. le Duc reçut sa confidence à merveille et approuva fort l'alliance.
L'évêque de Fréjus fut plus froid. Il objecta l'àge de l'infante qui faisait de ce mariage un acte dérisoire. Mais cependant il dit qu'il ne croyait j>as que le roi résistât, promit de se trouver là quand on ferait la proposition au roi, et s'engagea à user de toute son influence sur le jeune prince pour le décider à seconder les vues du régent.
La communication fut remise au lendemain.
A l'heure convenue, le régent se présenta chez le roi; mais dans les antichambres, son premier soin fut de demanderai M. de Fréjus était près de son élève.
Contrairement à sa promesse, M. de Fréjus était absent. Le régent l'envoya chercher, bien décidé à n'entrer chez le roi que lorsque le précepteur serait arrivé. Un instant après il le vii accourir
comme un homme qui, s’étant trom[)6 sur l'heure, s'empresse de réparer son erreur. Le régent entra aussitôt avec M. de Fréjus, et trouva près du roi M. le Duc, le maréchal de Villeroy et le cardinal Dubois.
Alors le régent, de l'air le plus gracieux qu'il put prendre, annonça au roi la grande nouvelle, vantant les avantages de l'alliance et suppliant Sa Majesté d'y donner son consentement. Mais le roi suiqiris garda le silence, son coeur se gonlla et ses yeux devinrent humides. Le régent avait les yeux fixi'S sur l'évéquc, car il sentait bien ([ue c'était de lui que tout allait dépendre. L'évèijue tint sa promesse et insista, après le régent, sur la nécessitt'» que le roi tint les engagements pris en son nom, ce que voyant le maréchal, il se mit à presser le roi de son côté, disant :
— Allons, Sire, il faut faire la chose de bonne grilce.
Mais aucune itistahce ne pouvait rompre le silence obstiné du roi. M. de Fréjus lui parla tout bas, l'exhortant avec tendresse à ne |X)inl différer de voir au conseil déclarer son consentement. Mais le roi demeura, non-seulement silencieux, mais immobile. Ce|xaidanl, sans doute à la tin, lit-il un geste, un signe, un mouvement, car M. de Fréjus dit :
— Monseigneur, Sa Majesté ira au conseil, mais il lui faut un yieu de tem|)s pour s'y disposer.
Le régent s’inclina, répondit qu’il était fait pour attendre le bon pISisir du roi, et fit signe à Dubois et à M. le Duc de le suivre.
En effet, une demi-heure après, le roi entra au conseil, et sur la lecture qui lui fut faite de la lettre de IMiilipiie V, dt'x’lara qn'il donnait avec plaisir son consentement à ce mariage.
11 approuvait en même temps le mariage de mademoiselle de .Montpensicr avec le prince des Asturies.
Ias ennemis les plus acharnés du régent furent étourdis de ce coup inattendu. Par un chef-d’œuvre de |>olitique, le dur d'Orléans, non-seulement devenait l’allié le plus proche de celui qui un an auparavant demandait sa tête, mais sa fille mettait le pied sur les marches du trône d'Espagne.
Aussitôt ce double mariage approuvé par le roi, M. le duc de
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Siliiit-Simon fut nommé ambassadeur en Espagne pour aller faire la demande offieielle <le l’infanlc. Madame deVenbdour^it nommé’C sa gouveruanle et chargée d’aller la prendre à Madrid et de l’anuîuer <i Paris. Enfin, le duc d’Ossuna et le manjuis de Li Fare, se cruisi'renl à Bayonne, l’un vcnaiil présenter les eomidiments de Plulipi» V à Louis XV, l’autre allant pri-senter les compliments de Louis XV à Pliilipi>e V.
Pendant que l’aristocratie était toute à ces événements, le peuple cl la bourgeoisie avaient aussi leur spectacle :
Ou leur rouait Girlouche en Crève.
Emprisonné au ChAtelet, d’abord, puis conduit à la Conciergerie, Cartouche fut jugé et condamné le 20 novembre 1721, le 27 on l’applitjua à la question qu’il souffrit sans rien avouer, le 28, il fut conduit à l’échafaud.
Arrivé sur la place de Grève, Cartouche qui n’avait fait aucune révélation, dans la conviction que scs complices feraient au dernier moment une tentative pour le délivrer. Cartouche fouilla du regard la foule, les ruelles des rues, les portes des allées, et n’ajant rien vu de ce qu’il espérait voir, mais seulement l’échafaud terrible dominant toute cette population avide de son supiilice; Cartouche, au moment où le bourreau lui mettait la main sur l’é'paule, l’arrêta par cette parole :
— J’ai des révélations à faire.
On s’empressa de conduire Cartouche à l’Hôtel-de-Ville, et là, outre l’aveu de ses crimes qu’il n’avait jamais fait, et qu'il fit, C,artouche dénonça trois cent soiiantc-dix personnes, dont cent trentequatre femmes.
A l’iustanl même, des ordres furent donnf's, et comme Cartouche avait, en dénonçant ses complices, indiqué les repaires où ils étaient cacliés, ils furent arrêtés prestjue tous et conduits sur l’heure à l’IIôlel-de-Ville.
Là, Cartouche les attendait plutôt pareil à un juge qu’à un condamné.
Ils s’approchèrent pâles et suppliants.
— Ecoutez-moi , un tel, un tel, dit Cartouche en les nommant
LA Ker.ENCK
cliacun par son nom. Voici (lucllc a été ma conduite envers vous; je vous ai enrichis et soutenus tant que j’ai été libre. Prisonnier, j’ai subi une torture douloureuse, sans vouloir rien avouer, selon le serment que nous nous étions fait tes uns aux autres. Enfin je suis monté sur l’échafaud , confiant en vos promesses ; vous , au contraire, voici quelle a été votre conduite envers moi. L’un d’entre vous m'a vendu ; vous vous êtes cacbi's lors de mon arrestation, et le jour fixé pour mon exécution , vous m'avez abandonne. A mon tour je vous dénonce, nous voilà quittes. Quant à ceux qui, matériellement, n'ont pu me secourir, je les absous et ne les dénonce pas. Ceux-là , j'en suis sùr, me vengeront assez.
Il était tard, Cartouche fut conduit à sa prison et le supplice remis au lendemain.
Le lendemain , Cartouche fut rompu vif de onze coups de barre de fer; un des archers alors, au lieu de le laisser souffrir sur la roue, comme l'enjoignait l'arrêt, un des archers se glissa sous l'échafaud, et |)assant sa main |>ar les interstices des planches, attira la corde qui attachait le cou du |>alicnt, la serra et l'étrangla.
Ce fut l'événement important qui termina l'année 1721.