chapitre II
Pendant que tout le monde s’amusait à qui mieux mieux à la cour de France , on s’ennuyait fort à la cour d’Espagne.
Philippe V, ce roi à qui il ne fallait, au dire d’Albéroni, qu'un prie-Dieu et une femme, avait fini par se lasser de celui des deux objets que nous venons de citer, qui le rattachait au monde ; sombre, taciturne, faisant pour toute distraction quelques visites aux tombeaux de l'Escurial ; il ambitionnait , lui qui avait coûté à la France vingt-cinq ans de guerre pour le maintenir sur le trône, le calme, le repos et la prière du cloitre; enfin , le 15 janvier 1724, cédant à cette attraction vers la vie religieuse qui le tourmentait depuis longtemps. il résigna sa couronne à don Louis , prince des Asturies , et se retira dans son palais de Saint-lldefonse , sombre monument qui n'avait rien à envier au cloître le plus sévère.
Pendant que Philippe V se retirait momentanément du monde,
le pape Innocent Xm , en sortait pour toujours , après trois années de pontificat.
Le 28 mai, Vincent-Marie Orsini était élu [tape et s'imposait le nom de Benoit XUl.
Dix jours auparavant, la fameuse Culheriiie, celte orpheline qu’un pasteur luthérien avait élevée par charité, cette prisonnière que Tcheremetof avait faite en prenant Muriemhourg, celte femme d’un soldat suédois, disparu sans qu'on ait jamais su ce qu'il était devenu, cette esclave du favori Menzikoff, celte maitresse de Pierre I" que nous avons vu visiter Paris vers les derniers temps de la Régence, avait été couronnée impératrice de toutes les Russies.
Tels étaient les principaux événements de l'Europe, lorsque le roi Louis XV, qui était d'une faible santé, tomba encoreune fois malade.
Comme la première fois le mal se présenta avec des symptômes dangereux, fit des progrès rapides, m iii oéda à deux saignées. Pendant trois jours on avait craint pour son existence.
Mais l’homme qui avait éprouvé les plus vives angoisses pendant cette maladie, était M. le Duc, non pas qu’il eût à craindre comme le régent d’ètrc accusé d'empoisonnement, et par conséquent de voir son honneur périr avec le roi, mais avec le roi périssait sa puissance, et M. le Duc tenait fort à être premier ministre. Aussi, une nuit, — M. le Duc couchait au-dessous de la chambre du roi , — une nuit que M. le Duc crut entendre chez Sa Majesté plus de bruit et de mouvement qu’à l'ordinaire, il se leva précipitamment en robe de chambre, et monta à l'appartement du roi.
A cette apparition, l’étonnement de Maréchal, premier chirurgien, qui couchait dans l’antichambre, fut grand, il se leva et courut au-devant du prince , lui demandant ce qui l’effarait ainsi ; mais il n’en put tirer que des paroles entrecoupées et pareilles à celles qui sortiraient de la bouche d’un fou. J'ai entendu du bruit, levai est mahdet Que deviendrais-je! s’écriait le duc tout hors de lui. Enfin, Maréchal parvint à te rassurer; mais l’impression était si profonde, que tout en reconduisant M. le Duc, Maréchal entendit le prince qui sc-disait à lui-méme : Je n'y serai pas repris, et s’il en " revient, je le marierai.
LOUIS XV
Eln effet, on se rappelle que la future femme de Louis XV avait huit ans, ce ipii remettait le mariage du roi à six ans au moins. Dans sept ou huit ans seulement, le roi pourrait donc avoir un enfant. Or, en cas de mort du roi, il fallait un dauphin pour que ia couronne u'allàt point au duc d’Orléans, et que M. le Duc restàtau pouvoir. Dès lors, le renvoi de Tlnfante fut résolu dans l'esprit de M. le Duc, et le 5 avril 1723, celte grande résolution fut exécutée.
Mais ce n'était pas le tout d'avoir fait le roi libre en renvoyant l’Infante, U fallait remplacer l’Infante par une jeune fille. M. le Duc jeta donc les yenx sur la France et sur l’Europe , pour chercher une princesse qui pût devenir au plus vile 1a femme du roi.
Ses yeux se portèrent d’abord sur mademoiselle de Vermandois, sa sœur. Ainsi il devenait beau-frèie du roi, et, en cas de régence, son ambition trouvait dans la veuve du roi un nouvel appui. M. le Duc consulta madame de Prie, sans l’avis de laquelle il ne faisait rien d important, et madame'de Prie fut pour mademoiselle de Vermandois.
Madame de Prie, en se déclarant pour mademoiselle de Vermaudois, espérait qu’une reine de sa façon n’aurait rieii à lui refuser.
Mais à la première entrevue que la marquise eut avec la princesse, elle vil qu’il ne fallait (las compter acquérir sur la sœur la dixième partie de l’influence qu’elle avait sur le frère. Aussi k {uitta-t-elle en se jurant, à elle-même, que mademoiselle de Vermandois ne serait pas reine de France.
La cliose n’ètail |ias difficile pour madame de Prie. Elle fil remarquer à M. le Duc une chose qu’elle n’avait pas, dit-elle, i-emai'quée elle-mcme d’abord ; c’est qu’en mariant sa sœur au roi , il se mettait complètement sons la dépendance de sa sœur et de sa mère. Le caractère absolu des deux femmes était au reste bien connu du prince, elle n’eut donc pas de peine, quelque bonneui' qui dût lui eo revenir, à faii-e renoncer .M. le Duc à cette illustre alliance.
Un instant les yeux du premier ministre se tournèrent vers k Russie. Au premier biiiil du renvoi de l’Infante, le prince Kourakin avait écrit celle nouvelle à la czarine qui venait de succéder à son mari , mort comme meurent les czare. Le 8 février 1 7 23, la crarino
^jçfibëd'BTGîïogle
ülTril sa fille Élisabeth pour remplacer l'iiifaiile ; maisM. le Duc voulut taire une obligation de sa nomination nu trône de Pologne à la mort du roi Auguste , et la négociation échoua.
Ce fut alors que nudame de Prie jeta les yeux sur Marie Leczinska, fille de Stanislas Leeziuski, i-oi de Pologne détrôné et retiré à Wissembourg en Alsace.
il était difficile de rencontrer un roi dan^- une |X)sition plus humble que celle où se trouvait Stanislas. Ëclia|i|ié avec sa femme et sa fille aux jioursuites du roi Auguste, il avait été proscrit, un décret de la diète de Pologne avait mis sa tète à prix , il s'était ri’fugié en Suède, en Turquie, puis aux Deux-Ponts. Enfin, Charles XII, son dernier appui, étant mort, toujours menacé, sans argent, sans sécurité, sans es|HTance , il avait exposé sa malheureuse ytosition au duc d’Orléans régent, qui, touché de compassion, lui avait yiermis de se retirer datis un village près de l.andawr. Enfin , ayant appris que même sons la protection de la France, il n’était point en sûreté, et qu'on menaçait de le faire enlever, il se retira à Wissembourg dans une vieillt! cominanderic, dont la moitié des murailles était ruinée.
Stanislas commençait à goûter quelque repus dans cette retraite, quand M. Sura vint porter plainte au nom du roi Auguste de l’hospitalité accordée par la France au souverain détrôné.
— Monsieur, dit le régent, mandez à votre maître que la France a toujours été l’asile des rois malheureux.
Ce fut là qu’un matin, par une lettre particulière de M. le Duc, il apprit le bonheur inouï qui lui arrivait, il se précipita aussitôt dans là chambre de sa femme et de sa fille en disant ; — Mettons- nous à genoux et remercions Dieu. — Oh I mon père, s’écria la princesse Marie, Dieu vous rend-il donc votre trône de Pologne? — Non, ma fille, il fait mieux que cela, dit le roi , il vous fait reine de France.
On était pressé des deux parts de conclure le mariage.
Quinze jours après, Marie l.eczinska arrivait à Fontainebleau, et le 4 septembre le cardinal de Rohan, en lui donnant la bénédiction nuptiale, la faisait reine de Franco.
M. le duc de Uicbclieu ne put assisterai! mariage, depuis le 8 juillet il était nommé ambassadeur à Vienne.
LOUIS TV
Nous avons parlé en son temps du procès de Leblanc, du chevaliei et du comte de Belle-Isie, l'instruction ne trouva rien contre eux, et pleinement justifiés de toute accusation , ils sortirent des châteaux de la Biistillc et de Vincennes où ils avaient été enfermés.
Ce fui le premier coup porté au pouvoir de M. le Duc et à l’inlluence que la marquise de l*rie avait sur lui.
Bientôt une accusation grave commença de planer sur eux.
L'année 1725 avait été mauvaise, à |>eine si pendant les plus be-aux jours du printemps et de l'été , le soleil avait paru ; en échange les terres étaient détrempées par des pluies incessantes, il en résultait que les moissons noyées n'avaient pu mûrir. L'élat des récoltes menacé ainsi, fit donc craindre une famine, cette crainte amena une hausse dans les blés et dans les farines, et, chose inouïe jusqu'alors, le pain monta à neuf sous la livre. Alors on accusa ouvertement madame de Prie et son conseil d'avoir monopolisé les grains.
Heui’cusemcnt on s'était trompé sur le résultat des récoltes, le lieau temps revint, le soleil reparut et sécha les plaines, la récolte fut abondante, et même, comme le blé trop imprégné d'eau, n’était pas de garde, les froments tombèrent bientôt au plus bas prix. Avec la famine l’orage s’était amassé, avec les bons jours l'orage dis|wnit, M. le Duc échappa donc à ce premier danger qui avait menacé sa fortune.
Pour faire un meilleur exemple à la France, M. le Duc devait tomlier par lui-méme, et cette chute devait être amenée par l’insati.ible avidité de madame de Prie.
Lelle-ci ne s'était pas trompée en faisant donner la couronne à celle pauvre Marie Leezinska, elle avait trouvé dans la jeune reine un creur droit et reconnaissant, si reconnaissant, que passant pardessus l'étiquette , la reine recevait familièrement la marquise, quoiqu'elle fût fille de M. de Pléneuf et maltresse de M. le Duc.
Il est vrai que pour diminuer l'inconvenance ou pour rendre l'inconvenance plus grande, on lui avait donné une charge à la cour.
Gvmptant sur cette protection , madame de Prie crul |Miuvoir ris- ■picr ntl petit coup d'Ftat.
Sa haine pour .\L de Fréjus datait du commencement de l’admi-
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Ttr. I. a«ne
La ruine )laric Lcck^insca.
LOI IS XV
nislr.ilion de M. le Duc. En atlcndant les contributions que sous les dilTérents prétextes que son active imagination devait lui fournir, madame de Prie comptait tirer de la France, elle s'était d'abord em|Mrée de la pension de quarante mille livres sterling que l'Angleterre faisait à Dubois pour qu'il lui fût favorable; comme cette subvention était réclamée au nom de M. le Duc, comme au bout du compte M. de F réjus était plus avide de pouvoir que d'argent , l'évèque les laissa faire ; mais il n'en fut pas ainsi quand madame de Prie voulut mettre la main sur la feuille des bénéfices.
L'évêque prit ÜL le Duc à part, et très-religieusement, très-respectueusement, mais aussi avec beaucoup de fermeté, il lui fit entendre qu'en se soumettant à ses lumières à l'endroit des affaires temporelles, sa conscience ne lui permettait pas d'abandonner les spirituelles, il ajouta même que cette réserve qu'il faisait était un soulagement pour le prince, déjà écrasé de tant d'affaires qu'il pliait sous le poids ; or, les affaires de l'Eglise étant très-nombreuses et très-compliquées, ce n'était pas trop d'une personne qui s'en occupÂt uniquement. M. te Duc savait bien l'importance de l'abandon qu'on lui demandait; mais il n'osa mécontenter M. de Fréjus, il laissa en conséquence le précepteur du roi s'emparer complètement de cette branche d'administration. À partir de ce moment les ministres jugèrent la position , M. de Fleury était le collègue invisible, mais réel de M. le duc de Bourbon. Aussi avant d'aller chez le roi, ne manquaient-ils point de lui porter secrètement leurs portefeuilles, et lui , aussi secrètement que le portefeuillelui était apporté , il en prenait connaissance, et les guidait dans la marche qu'ils devaientsuivre et qu'il se chargeait de faire approuver par le roi. M. de Fleury était donc en réalité, comme on le voit, plus que le premier . ministre, puisque croyant tout diriger, M. le Duc ne faisait qu'obéir.
Madame de Prie avait été furieuse de voir la feuille des bénéfices échapper à ses mains, cependant elle avait compris d'abord que seule et isolée comme elle était, il lui fallait prendre patience et joindre au pouvoir deM. le Duc un autre pouvoir, aussi puissant, s'il était possible. C'est dans cette intention qu’elle avait manœuvré en faisant Marie Leezinska reine de France.
150 loüis XV
Il y avait bioii des ténèbres dans le cœur de cette femme de vingtquatre à vingt-cinq ans.
Arrivée au but qu'elle voulait atteindre, forte à la fois de l’amitié de la reine pour elle et de l'indifférence du roi |V)ur les affaires, elle pensa que si elle pouvait éloigner M. de Fréjus du travail, tout pouvoir lui était acquis. En elTct, à l’exemple du régent, M. le Duc allait tous les jours travailler avec le roi, ou plutôt travailler en sa présence. Or, l’évéque de Fréjus ne manquait jamais d’assister à ce travail, ce qui gênait, non pas M. le Duc, seul il se fiU à peu prés accommodé de tout, mais ce qui gênait madame de Prie. En const'iqrience , madame de Prie avisa un moyen de se débarrasser de ee témoin incommode : c’était de persuader au roi de faire faire le travail chez sa femme, comme Louis XIV le faisait faire chez madame de Maintenon ; le précepteur n’ajant point de leçons à donner au mari, mais seulement au jeune prince, ne le suivrait probablement pas chez la reine, et là, elle, madame de IVie, remplacerait ,M. de Fréjus.
Le projet une fois arrêté, l’exécution ne se fit point attendre; à la première occasion que M. le Duc eut de voir le roi, il l’engagea de venir travailler chez la reine, le roi accepta, et M. de Bourbon prévint Sa Majesté qu'il se rendrait directement au nouvel endroit assigné pour le travail.
M. de Fréjus, qui ignorait toute cette petite niacbinalion, se rendit à l’heure ordinaire au cabinet du roi, le roi s’y trouvait encore, mais au bout de dix minutes il sortit et passa chez la reine ; l’évêque, sans s’inquiéter d’avance de cette sortie, attendit quelque temps, puis ne voyant pas arriver M. le Duc à l'heure accoutumée, il se douta de ce qui se passait, s'informa et apprit que le roi travaillait chez sa femme avec M. le Duc. Aussitôt il rentrachez lui, écrivit à 80n élève une lettre pleine de douleur, et ceiicndant tendre et affectueuse, dans laquelle il lui annonçait qu’il se retirait de la cour et allait finir ses jours dans la retraite. Niort, premier valet de chambre, fut chargé de remettre cette lettre au roi.
Dix minutes après M. de Fréjus parlait pour Issy, se rendant à la maison des Sulpiciens dans laqiK-llc il athiil quelquefois se délasser.
LOUIS XV
Le roi en sortant du travail, rentra cliex lui assez iii({uiet de la façon dont la chose allait se passer avec M. de Fréjus. Mais au lieu de l’évèque, il trouva sa lettre.
La retraite avait dijà réussi une première fois à M. de Fréjus , et le succès lui avait indiqué que le moyeu était bon. Louis XV ne fut pas moins affligé cette fois que la première, il pleura, et pour dérober ses larmes et son chagrin à tous les yeux, s'enfuit dans sa garde-robe. Mais Niert, qui avait sans doute ses instructions, courut instruire de ce qui se passait M. le duc de Mortemart, premier geulilboinme. Dix minutes après M. de Mortemart était près du roi.
Le roi était encore dans sa garde-robe et continuait de pleurer.
— En vérité, Sire, dit Mortemart, j’en demande pardon à Votre Majesté, mais je ne comprends pas qu'un roi pleure; une intrigue éloigne M. de Fréjus de vous, dites tout simplement je veux revoir M. de Fréjus et envoyez-le cherclier. — Mais par qui, qui osera se charger de cet ordre, se brouiller avec M. le Duc ? — Qui l'oseraî moi. Sire, faites une ligne et vous verrez. — Eh bien! va, Mortemart, dit le roi, tout ce que tu feras sera bien, pourvu que .M. de Fréjus revienne. Mortemart ne se le fit pas répéter deux fois. Fort des pleins pouvoirs du prince il alla droit à M. le Duc, et lui signifia la volonté du roi, non comme un désir, mais comme un ordre. M. le Duc essaya d’abord de résister, mais Mortemart sentit que s'il ne faisait pas plier cette résistance , il était perdu : il exigea donc au nom du roi que l'exprès qu) devait aller chercher M. de Fréjus à Issy , partit devant lui , et il ne sortit de chez M. le Duc que lorsqu'il eut vu le courrier s’éloigner au galop.
Dès que Mortemart l’eut quitté, M. le Duc appela madame de Prie. La situation était pressante. On émit l'avis d’enlever l’évèqne sur le chemin d'Issy à Versailles, et de l’emmener dans quelque province éloignée, où une lettre de cachet le tiendrait en exil. Quand le roi le demanderait , on lui répondrait que l’évéque avait refusé de revenir. Alors on emploierait toutes les séductions de la r^ne, on ferait de grandes chasses, on inventerait, s'il était possible, des plaisny; nom veaux pour distraire le roi. I-e jeune homme oublierait son vieux précepteur, l'absent aurait tort.
LOUIS XV
Le projet était audacieux , mais à cause même de son audace, il pouvait réussir. Mais l’exprès faisait plus grande diligence qu'on ne s'y était attendu, l'évêque de son cété, au lieu de se faire prier, partit tout de suite, de sorte que M. de Fréjus était déjà chez le roi que l’on discutait encore sur le meilleur moyen de l’empêcher de revenir.
Pendant sa retraite d’une demi-journée à Issy, Horace Walpole, qui depuis le 25 mai 1724 résidait à Paris comme ambassadeur de la Grande-Bretagne, était le seul que M. de Fréjus eût vu venir ; à peine avait-il su le départ de l’évêque qu’il était parti, et arrivant presque aussitôt que lui, lui avait fait ses protestations d'amitié.
M. de Fréjus n'oublia jamais cette visite.
De retour à Versailles, on le comprend, la lutte était entre M. le Duc et M. de Fréjus, aussi M. le Duc eut-il beau marquer au prélat toutes sortes d’égards et madame de Prie se modeler sur M. le Duc, le renvoi du premier ministre fut résolu.
Cependant, M, le Duc et madame de Prie tout en se sentant menacés, ne croyaient pas leur chute si proche, M. de Fréjus continuait de rendre à M. le Duc tous les honneurs dus à son rang. Quant à madame de Prie il ne la voyait |ias plus ni moins qu’auparavant, ne paraissant aucunement s’occuper d’elle, ni avoir gardé de ce qui s’était passé le moindre ressentiment.
Le 1 1 juin, le roi devait partir pour Rambouillet et M. le Duc était nommé pour le suivre, le roi partit le premier, en recommandant au prince de ne pas se faire attendre.
On le voit, Louis XV ne jouait pas mal non plus «on petit rôle.
M. le Duc s’apprêtait à partir, lorsqu’un capitaine des gardes entra chez lui, et, au nom du roi, lui signifia de se retirer à Chantilly et d’y demeurer jusqu’à ce qu’il plût au roi de lui donner des ordres contraires.
Quant à madame de Prie, une lettre de cachet l’exilait à sa terre de Courbe-Epine.
La pauvre disgraciée crut d'abord à un malheur d’un instant
Aussi elle partit souriante et promettant à ses amis un prochain ro^ tour, car effectivement elle ne croyait pas à la longueur de cet exil.
Mais sou espoir ne tint pas contre la nouvelle qu’elle apprit à peine
LOUIS XV
«rrivéedans si s terres, que sa place de dame du palais kii était ôtée et donnée à OMdamc d'Halaincourt ; alors, elle vit clairement qu’elle était chassée de Versailles à n'y Jamais re|nrailre , et toute cette philosophie qu’elle avait affectée disparut avec l'espoir.
Le chagrin la prit si tenace, si obstiné, si violent, qu'elle commença de maigrir à vue d’œil, sans que les médecins pussent attribuer à son mal d’autre cause que les nerfs et les vapeurs. Alors elle vit bien que tout était fini pour elle, puisque après la faveur, la beauté la quittait; elle résolut en conséquence de s’empoisonner, et fixa d’avance le jour et l’heure , bien décidée à ne rien changer à cette résolution.
Alors, elle annonça sa mort comme une prophétie, disant que tel jour, à telle heure, elle aurait cessé de vivre, et, en effet . elle mourut à l'heure et au jour dits.