‹ La regence et Louis 15Chapitre 28 sur 88 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Le samedi 15 février 1710, Louis XIV avait été réveillé à sept heures du imtin, c’est-à-dire une heure plus tôt que d'huhiludc, parce que madame la duchesse de Bourgogne éprouvait les douleurs de l'enfantement.

Le roi s'habilla diligemment et se rendit auprès d'elle. Cette fois encore, Louis XIV n'attendit pas, ou du moins attendit peu.

A huit heures trois minutes trois secondes , la duchesse de Bourgogne mit au monde uu prince qui reçut le nom de duc d'Anjou.

Le cardinal de Janson ondoya le nouveau-né. Il fut emporté sur les genoux de madame de Ventadour, dans une chaise à [lorteurs. M. deBoufflerset huit gardes du corps escortaient la chaise. A midi, M. de La Vrillière lui apporta le cordon bleu, et, dans la même journée, toute la cour le vint voir.

Cet enfant , qui venait de voir le jour, avait déjà un frère aîné qui portait le titre de dauphin , comme nous l'avons dit , lui , reçut le titre de duc d'Anjou.

Le 6 mars 1711, les deux enfants tombèrent malades de la rougeole. Louis XIV en fut instruit aussitôt. Les deux petits princes n'étaient qu’ondoyés ; le roi ordonna qu'Us fussent baptisés sur-le-champ. Madame de Ventadour eut permission de prendre pour [larrains et marraines les premières personnes qui lui tomberaient sous la main. Tous deux devaient recevoir le nom de Louis, àladanie de Ventadour

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tint le petit dauphin sur les fouis de baptême avec le comte de La Molle. Le duc d'Anjou eut pour parrain M. le marquis de Frie, et pour marraine madame de La Ferlé.

Le 8 mars, l'ainé des deux enfants mourut, alors le duc d'Anjou succéda à son frère, et prit à son tour le titre de dauphin.

Nous avons vu Louis XV emmené à Viucennes, à la mort du roi Louis XIV ; nous l'avons vu revenir à l’arls pour tenir le lit de justice qui annulait le testament de son aïeul, et faisait M. leducd'Orléans régent. Nous avons dit les principes qu* lui donnait .M. de Villeroy, son gouverneur, son amitié pour son précepteur, M. de Fleury ; son anti|Kilhie pour Dubois ; nous avons raconté les craintes de la France , et l’anxiété de .M. le duc d’Orléans, quand unenouvelle maladie le mil aux portes du tombeau. EnGn nous avons raconté comment la fermeté d’Helvétius lui sauva la vie.

Nous avons ensuite assisté à la déclaration de sa majorité, puis à son sacre, puis à la mort de M. le duc d’Orléans, firappé d’apoplexie dans les bras de madame de Phalaris, le 2 décembre 172.’); La Vrillière, fds de Châteauneuf, secrétaire d’état sous Louis XIV, le même qui avait tant scandalisé mademoiselle de Mailly, sa femme, quand elle avait su qu’elle n’épousait qu’un petit bourçeois : La Vrillicrc, qui était devenu secrétaire du conseil de régence, quand la régence avait un conseil; La Vrillière fut le premier averti de la mort de M. le duc d’Orléans.

Il courut d’abord chez le roi , puis chez M. de Fréjus^ puis enfin chez M. le duc de Bourbon, et, dans la pensée que ce prince pourrait bien hériter des titres de premier ministre, il sc hifci d’en dicsser, à tout hasard , la patente sur le modèle de celle de M. le duc d’Orléans.

L’évéque de Fréjus aurait pu, dès lors, s’emparer du ministère, ses amis le lui conseillaient, et peut-être y songea-t-il un insLant. Mais c’était un homme de patience et d’ambition que M. de Fréjus, assenililage rare, et qui rend si difficile h renverser les hommes politiques qui le possèdent. D’ailleurs, il savait sc contenter de la réalité du iwuvoir, en laissant aux autres les apprences; chose rare encore. Il ne crut |tas devoir manifester silét le désir qu’il réalisa plus tard,

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et se déclara le premier pour le duc de Boiicbnn, dont il connaissait la profonde incapacité.

I.a mort du prince connue , tous les courtisans se rendirent chez le roi ; M. le Duc les précédait.

Louis XV était fort triste ; à ses yeux rouges et humides, on voyait qu'il avait versé des larmes.

A peine la porte fut-elle refermée sur M. le Duc et sur les courtisans , que l'évéque de Fréjus dit tout haut au roi que , dans la grande |)crte qu'il faisait de M. le duc d’Orléans, dont l'éloge se trouva fait en deux mots. Sa Majesté ne pouvait mieux faire que de prier M. le Duc, là présent, de se charger du poids de toutes les affaires, et d’accepter la place de premier ministre , que venait de laisser vacante M. le duc d’Orléans.

Le roi regarda M. le duc de Fréjus , comme pour lire dans ses yeux ; puis s’apercevant que ses yeux étaient d'accord avec ses paroles, il consentit d’un signe de tète à la proposition.

Tout aussitôt, M. le Duc fit son remerciment. Quant à La Vrillière, transporté d’aise de la prompte réussite de cette grande affaire , il tira de sa poche le serment de premier ministre, copié sur celui de M. le duc d’Orléans, et proposa tout haut à M. de Fréjus de le lui faire prêter sur-le-champ.

M. de Fréjus se retourna, dit au roi que c’était une choee convenable, et, de suite, M. le Duc prêta le serment. Presque aussitôt le serment prêté, M. le Duc sortit du cabinet. La foule le suivit, de aorte qu'une heure après la mort de H. le duc d’Orléans et avant que son fils, qui était à Paris, ne fdt même averti de cette mort, tout était consommé.

Consacrons quelques lignes au prince à qui La Vrillière et Fleury venaient de donner, d’une façon si leste, l’héritage de M. le duc d'Orléans.

U était fils de Louis de Bourbon-Condé ,.au père duquel Louis XIV avait donné, en <660, le duché de Bourbon, en échange du duché d’Albret. Sa mère était cette spirituelle mademoiselle de Nantes, fille de Louis XTV et de madame de Hontespan. Elle aussi avait hérité de l’esprit des Mortemart.

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M. le Duc avait donc, à l'époque uii nous sommes arrivés, (rente et un ans sonnés. Il était grand et maigre comme un éclat de bois, il avait le corps voûté comme un bossu , les jambes longues et grêles comme une cigogne, les joues creuses, de grosses lèvres, et le menton si singulièrement pointu qu’on eût cru , disait la duchesse sa mère , que la nature lui avait fait ce menton pour qu'on le prit par là.

Voilà pour le phvsique de M. le Duc ; quant à son moral , c'était un homme poli , sachant bien vivre, ayant de la grandeur, peu d'esprit, peu d'instruction , mais beaucoup de politique et d’avarice. Il avait gagné, de compte à demi avec sa mère, plus de 250 millions.

l'n jour qu'il montrait une liasse d’actions du Mississipi à Brancas dont il croyait exciter ainsi la cupidité :

— àlonseigneur, dit Brancas, une des actions de votre aïeul vaut mieux que toutes celles-ci.

L'aïeul, c’était le grand Condé.

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